Chronique d’Abigaël de Magda Szabó

Chronique d’Abigaël de Magda Szabó

Magda Szabó (1917-2007) est une des autrices hongroises les plus traduites dans le monde. Ses premiers textes paraissent au lendemain de la seconde guerre mondiale. Après ce conflit puis la montée en puissance des communistes, elle se fera plus discrète et n’écrira pas pendant plusieurs années. Touche-à-tout, elle publie au cours de sa vie des pièces de théâtre, des poèmes et romans pour lesquels elle a d’ailleurs remporté plusieurs prix littéraires.

Abigaël

Publié en 1970 en Hongrie, Abigaël est traduit et publié par les éditions Viviane Hamy à l’occasion du 100ème anniversaire de la naissance de Magda Szabó.

Gina, 14 ans a tout pour être heureuse. Elle vit à Budapest auprès de ceux qu’elle aime : son père avec qui elle est très proche, sa nourrice française qui l’élève depuis sa naissance, sa tante extravagante mais néanmoins attachante. Elle a même un prétendant plus âgé qu’elle, avec qui elle danse aux bals organisés par sa tante. Alors qu’elle s’apprête à faire sa rentrée scolaire et ainsi retrouver ses deux meilleures amies, son monde s’écroule.

La Seconde Guerre Mondiale fait de plus en plus rage et Gina commence à en subir les conséquences.  En effet, sa nourrice est obligée de rejoindre la France mais lui promet de revenir une fois le conflit terminé. Cette séparation est douloureuse, d’autant plus qu’elle était pour Gina comme une mère de substitution… Un malheur n’arrivant jamais seul son père – d’habitude si expansif – lui annonce sans autre forme de procès qu’elle doit partir le lendemain en pension.

N’ayant même pas pu faire ses adieux ni à son prétendant, ni à sa tante et encore moins à ses amies, Gina quitte son foyer sans réponses à ses questions.  « Ne dis au revoir à personne, amie ou connaissance. Tu ne dois pas dire que tu quittes Budapest. Promets-le-moi ! » lui demande son père. La route est longue et elle réalise bien vite que ce dernier l’emmène le plus loin possible de Budapest, à Árkod, près de la frontière. Totalement désemparée et meurtrie elle n’a d’autre choix que d’accepter son sort lorsque son père la laisse dans cette grande bâtisse aux airs de prison qu’est Matula. L’institution calviniste est très stricte et reconnue pour la qualité de son enseignement, Gina devra y passer la fin de sa scolarité. Elle n’a même pas le temps de jeter un dernier regard à son père que déjà, Zsuzsanna la préfète la pousse vers ses quartiers.

Elle doit alors oublier son ancienne vie et jusqu’à sa personnalité en se séparant de ses effets personnels et en revêtant l’uniforme terne de l’institution. Habituée à être choyée et à faire uniquement ce qu’il lui plaît, Gina a bien du mal à se plier aux exigences du pensionnat. De même, elle se brouille instantanément avec ses camarades de classe et s’apprête à vivre une scolarité faite de brimades et solitudes. Mais de nombreux événements vont venir rythmer ses jours dont l’énigmatique Abigaël. Antique tradition matulienne, il s’agit d’une statue qui aurait le pouvoir de venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin…


Un roman jeunesse initiatique qui aborde la Seconde Guerre Mondiale du point de vue de son héroïne Gina qui se montre tantôt égoïste tantôt généreuse, puérile puis étonnamment mature. Magda Szabó nous plonge dans une ambiance si spéciale où le quotidien aseptisé et rude de Matula se confronte aux personnalités et frasques joyeuses de ses jeunes résidentes. Bien que sévère, nous avons nous aussi envie de faire partie de cette institution, d’en arpenter les couloirs, de suivre les cours de ses professeurs, d’assister aux cérémonies religieuses. La fin un peu trop abrupte peut laisser un sentiment de frustration lié au fait que Gina et son entourage nous sont devenus si sympathiques et attachants. Abigaël est prenant de bout en bout, ses mystères et leurs résolutions sont bien amenés et il est quasiment impossible de le lâcher jusqu’à la dernière page. Un coup de cœur qui donne envie de découvrir l’intégralité des œuvres de son autrice !


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2 réactions au sujet de « Chronique d’Abigaël de Magda Szabó »

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