L’aile des vierges de Laurence Peyrin

L’aile des vierges de Laurence Peyrin

Quand j’ai vu que Babelio proposait la lecture de L’aile des vierges suivie d’une rencontre avec son autrice je n’ai pas hésité longtemps. Le résumé était très alléchant et promettait des héroïnes féministes, un extraordinaire portrait de femme libre, le tout dans l’Angleterre de l’après Seconde guerre mondiale.

Maggy qui vient de perdre son mari a du mal à joindre les deux bouts. Le Docteur Heady dont elle est très proche lui parle d’un poste vacant de bonne dans le majestueux domaine de Sheperd House chez la famille Lyon-Thorpe. Elle y serait nourrie, logée et payée en échange de ses services ce qui se trouve être une aubaine au vu de sa situation. Petite-fille de suffragettes, fille de sage-femme féministe, elle-même possède des idées modernes et accepte ce travail tout en sentant peser sur elle le poids de l’héritage maternel. Tout ne va pas se passer comme prévu puisqu’elle va y rencontrer des personnes de tous les horizons et faire la connaissance de John Lyon-Thorpe, l’énigmatique maître des lieux

La critique semble unanime, les coups de cœurs des lecteurs et lectrices pour le roman de Laurence Peyrin se multiplient et pourtant dès les premières pages, certaines idées, tournures et expressions me font tiquer. Je m’explique :

D’abord, nous ouvrons le roman avec Talia, jeune fille qui se rend à un gala en l’honneur de ses grands parents. Parée pour l’occasion, elle déclare « détester faire la belle, comme ça ».

Ensuite, Maggy la jeune veuve se voit contrainte de travailler au service d’une famille d’aristocrates. « […] elle n’aurait jamais cru que la complicité féminine puisse être aussi écœurante. À cet instant, précis, elle ne savait plus ce qui la retenait d’aller vendre ses charmes sur le port plutôt que de vider des pots de chambre en glorifiant le travail bien fait. Peut-être aurait-elle exercé davantage de pouvoir sur les marins qu’elle ne subirait d’aplatissement dans ce gynécée de domestiques. »

Enfin, Maggy peine à se souvenir du prénom de la représentante d’une association « peut-être parce que l’alcool lui était monté à la tête […] et que cette poule blonde n’avait pas arrêté de caqueter depuis leur départ de Greenwich Village ».

Il ne s’agit là que de quelques exemples les plus flagrants. Pour les autres passages, je me suis contentée de lever les yeux au ciel et de soupirer sans les retranscrire ici. Petit rappel loin des clichés et de la notion péjorative, être féministe peut aller de pair avec l’envie saugrenue de parfois « faire sa belle » et même d’admirer celles qui le font. Tout comme se prostituer ne va pas à l’encontre des principes féministes et ne constitue pas pour une femme ou un homme le dernier palier de la déchéance. Quant à comparer une autre femme à une poule qui caquette… Dois-je vraiment souligner ce qui ne va pas ?

Il est dommage d’avoir donné ce côté féministe à ses héroïnes et de promouvoir le livre en tant que tel, surtout lorsque ce n’est pas maîtrisé. Cela donne l’impression d’un prétexte et le récit s’en voit desservi et peu crédible. Maggy aurait très bien pu ne pas être cette pseudo-féministe sans que l’histoire en pâtisse. Ces détails – qui ont leur importance – m’ont empêchée d’apprécier la lecture. Je suis cependant persuadée que son univers agréable à la Downton Abbey, son côté léger et son histoire à l’eau de rose saura conquérir bon nombre de lecteurs et lectrices.

Pour ne pas finir sur une note négative et si vous souhaitez découvrir un profil profondément moderne et féministe, je vous invite à vous tourner vers Modesta, l’héroïne de L’art de la joie de Goliarda Sapienza. Et si vous voulez travailler votre militantisme ou tout simplement vous documenter sur les grands sujets féministes, vous pouvez lire l’essai King Kong Théorie de Virginie Despentes.

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2 réactions au sujet de « L’aile des vierges de Laurence Peyrin »

  1. Ce livre me tentait justement par ses portraits de femmes libres mais, après avoir lu ton avis (et tes remarques), je ne suis pas certaine de le lire (ou, peut-être, par curiosité) 🙂
    Par contre, King Kong Théorie est dans ma liste de livres à lire !

    1. Oui ça reste mon avis après tout mais c’est vrai que si le féminisme est un sujet qui te tient à cœur tu vas sûrement lever les yeux au ciel ! Ou pire ahah.
      Super, tu me diras pour King Kong Théorie ça a vraiment été une lecture importante pour moi.

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