Chronique d’Ankara de Yakup Kadri Karaosmanoglu

Chronique d’Ankara de Yakup Kadri Karaosmanoglu

Ankara aux éditions Turquoise m’a été envoyé dans le cadre de la masse critique Babelio. C’est à Ankara que bat dans les années vingt le cœur de la Révolution Turque menée par Mustafa Kemal. Jeune patriote idéaliste, Selma est alors prise dans la tourmente. La ville devient le théâtre de ses ambitions, de ses amours exaltées. Et si au lieu d’être une femme émancipée, elle n’était qu’une femme égarée dans le tourbillon de l’Histoire ?

Naissance de la capitale de Turquie

Plus connue pour ses chèvres donnant la laine mohair et ses chats au corps couvert d’un duvet apparenté à celui du cygne, ce n’est que plus tard qu’Ankara deviendra la capitale de la Turquie. Il faudra attendre la fin de l’Empire ottoman, des guerres et l’arrivée de Mustafa Kemal. Ce dernier, accompagné d’un gouvernement révolutionnaire fondent une « nouvelle Turquie » et proclame la République.

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Panorama de la capitale de la Turquie Ankara, de nos jours

De nombreux intellectuels sont appelés à donner un nouvel élan à cette ville et au pays tout entier. C’est notamment le cas de Yakup Kadri, auteur déjà acquis aux idées du mouvement national et qui découvre la ville dans les années 20. Ses œuvres sont fortement influencées par les réalités de son pays et de son histoire. Depuis la fin de l’Empire ottoman jusqu’à la République des années cinquante.

Construire une capitale qui incarnerait les valeurs de la modernité européenne au cœur de l’une des plus vieilles provinces de l’Empire ottoman […] où les Turcs seldjoukides avaient posé les fondements d’une civilisation brillante qui faisaient la synthèse des savoirs et des cultures arabe, turque et persane. Et surtout élever une capitale contre la vieille Istanbul qui avait été la ville de deux puissants empires, byzantin et ottoman.

Ces changements vont entraîner de nombreux bouleversements tant sur le plan géographique que religieux mais également faire naître certains clivages…

Ankara : entre traditions et modernité

Basée sur l’exemple de grandes nations modernes, la nouvelle capitale se heurte toutefois aux pièges et dérives de l’occidentalisation. Ankara creuse le fossé entre la Turquie de villes et celle des campagnes et dévoile la contradiction de cet Orient rêvé.
Nous découvrons tout cela à travers les yeux de l’héroïne du roman Selma, fraîchement débarquée à Ankara. Cette dernière salut la libération des femmes que la Turquie moderne a dévoilées mais s’inquiète que certaines soient réduites au rang de dames de maison et de décorations dans les fêtes de la République.

N’avez-vous donc dévoilé les femmes que pour les faire belles et les faire danser ? dit-elle. A quoi bon une liberté aussi futile ?

En quête d’absolu et de bonheur, Selma reste animée d’un esprit patriotique. Elle vit libre et veut travailler pour son pays et profiter des nouvelles opportunités offertes par la Révolution.


Ankara sonne comme une lettre d’amour destinée au pays de l’auteur. Ce dernier qui a profondément rêvé la capitale turque aurait aimé lui voir prendre l’essor qu’il espérait tant pour elle que pour le pays entier et mettre en branle « l’Orient en marche ». Ecrit il y a plus de 80 ans, son roman nous offre une bonne approche historique de la Turquie mais également du quotidien et espérances de ses habitants.


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