D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

D’après une histoire vraie a fait une entrée remarquée dans le monde littéraire lors de sa parution en 2015. Il rafle d’ailleurs plusieurs prix : le Goncourt des lycéens et Renaudot en 2015 et le prix Audiolib en 2016.

Difficile donc de passer à côté de ce roman maintes fois lu et chroniqué et d’en garder le mystère intact. Je savais déjà que l’histoire nous laisserait dans le flou quant à sa nature : est-ce une autobiographie ou une fiction ?
Il est le premier roman de Delphine de Vigan que j’ai lu et avec le recul, j’ai la certitude que c’était une bonne chose. D’après une histoire vraie étant en fait la suite directe de Rien ne s’oppose à la nuit. Ma méconnaissance de ses œuvres n’a alors fait que renforcer l’ambiance brumeuse que l’autrice instaure au fil des pages.

L’intrigue est plutôt simple et dépeint la rencontre entre l’héroïne du roman et une autre femme, la dénommée L. Très différentes l’une de l’autre elles vont pourtant tisser les liens d’une amitié exclusive et fusionnelle qui va s’avérer malsaine.

Le processus de création

Delphine de Vigan l’annonce dès les premières pages : alors qu’elle est en pleine écriture de son prochain livre, elle se trouve à ne plus pouvoir rédiger un seul mot. Ce n’est pas tout à fait le Syndrome de la page blanche mais bien un mal qui prend ses racines en amont : l’autrice ne peut même plus tenir un stylo, répondre à ses emails ou encore s’approcher d’un clavier d’ordinateur sans en ressentir des nausées.

Elle revient peu à peu sur les causes de cette incapacité et replace les événements dans leur chronologie. À nous, lecteurs, de comprendre pourquoi elle ne peut plus exercer son métier, sa raison d’être. Quoi de pire pour une femme de lettres que d’être réduite au silence, à une auto-censure totale ?

D’après une histoire vraie évoque à plusieurs reprises le processus de création de l’autrice dans tout ce qu’il a de personnel, d’éprouvant et cathartique. Sa position d’impuissance et de fragilité ne fait d’ailleurs qu’augmenter l’empathie ressentie à son égard. Le roman offre également une réflexion intéressante sur ce qu’est la fiction et la part de réel dans cette dernière. C’est d’ailleurs son amie L qui va questionner l’essence de son travail, sa manière d’écrire et ses choix de création jusqu’à ce que Delphine de Vigan doute et remette en question ses projets et envies.

Tu n’as pas besoin d’inventer quoi que ce soit. Ta vie, ta personne, ton regard sur le monde doivent être ton seul matériau. L’intrigue est un piège, un traquenard, tu crois sans doute qu’elle t’offre un abri, ou un pilier, mais c’est faux. […] Que cela soit clair, l’intrigue est un vulgaire trompe-l’œil, elle n’offre aucun tremplin, aucun appui. Tu sous-estimes tes lecteurs.

D’après une histoire vraie ?

En tant que lecteur crédule, il est facile d’entrer dans cette histoire en partant du postulat prôné par le titre : les éléments rapportés le sont d’après une histoire vraie.

La construction ne dément pas cela en respectant d’ailleurs chacun des codes de l’autobiographie. Delphine de Vigan suit à la lettre le fameux Pacte autobiographique qui lie les auteurs aux lecteurs dans un pacte – explicite ou non – afin de se montrer tels qu’ils sont et à s’engager à ne dire que la vérité. Elle utilise le « Je », nous livre des détails sur sa vie personnelle, nous décrit avec franchise et recul sa personnalité, ses relations avec les autres, son travail, etc.

Pourtant, des indices nous indiquant qu’il peut s’agir d’une fiction sont distillés dès les premières pages. Parmi eux, des citations du maître de l’horreur Stephen King ouvrent chaque partie du livre, et pour cause ! L’auteur est connu pour ses multiples noms d’emprunt et ses romans qui – bien souvent – oscillent entre fiction et réel.

Delphine de Vigan prend son temps pour mettre en place l’ambiance et les enjeux si particuliers de son roman. Elle prend tellement son temps que l’on a du mal à voir où elle veut en venir et que la lecture se fait parfois laborieuse. Cela est équilibré par une écriture agréable et addictive où l’on se prend à essayer de déceler le vrai du faux de ce roman psychologique.

FIN*

Commando Culotte, les dessous du genre et de la pop-culture par Mirion Malle

Commando Culotte, les dessous du genre et de la pop-culture par Mirion Malle

Je vous propose aujourd’hui un article un peu spécial puisqu’il prend place dans le cadre du projet Femini-Books créé par Les Carnets d’Opalyne. Le but de Femini-Books est de mettre en avant les combats féminins et le féminisme en général à travers des lectures marquantes. Jusque là, le projet se déroulait uniquement sur Youtube mais les blogueurs peuvent désormais y participer ! Vous pouvez d’ailleurs retrouver l’ensemble des ouvrages présentés sur les réseaux sociaux et notamment sur le compte Twitter Femini-Books.

J’ai pour ma part trouvé le concept génial (et indispensable !) et ai voulu participer pour le mois de novembre. Je n’ai pas longtemps hésité quant au choix de ma lecture à vous présenter puisqu’elle m’est apparue comme une évidence. Je vais en effet vous parler de Commando Culotte de Mirion Malle. Cette bande dessinée s’attache à déterminer quelles places ont les femmes dans les blockbusters et les séries télé et quel en est l’impact sur la société. Paru en janvier 2016, j’avais déjà présenté Commando Culotte sur mon compte Instagram, mais ce livre est une petite mine d’informations et de réflexions qui méritent qu’on s’y attarde toujours plus. Pour moi, il fait office d’ouvrage de référence en la matière et est toujours (plus que jamais) d’actualité !

Mirion qui?

commando culotte mirion malle label 619 anama les dessous du genre et de la pop culture vulgarisation didactiqueMirion Malle est la jeune autrice de Commando Culotte. Intéressée depuis toujours par le féminisme, elle décide de faire un master de sociologie et d’études féministes après avoir étudié la bande dessinée. Son truc à elle c’est de faire de la BD didactique et de la vulgarisation : instruire/informer/enseigner un public non expert à travers ses dessins et ainsi toucher le maximum de personnes sur les thèmes qui lui sont chers. Son blog Commando Culotte reprend d’ailleurs ces postulats. Elle y décortique note après note une série TV, un film, un phénomène de société ou tout simplement son quotidien. Bien souvent, elle le fait en parlant de représentation, par exemple : comment sont représentées les femmes / les hommes noirs / les personnes transsexuelles / les bisexuels, etc.

commando culotte mirion malle représentation féminismeElle est par ailleurs à l’origine de la (très bonne) note L’impunité des hommes célèbres. Il y est question d’agressions sur des femmes par des hommes en position de pouvoir, d’opinion publique, de cette fameuse notion de savoir séparer l’homme de l’artiste (coucou Polanski, Weinstein, Louis CK et les autres !). Une note plus que jamais d’actualité donc, que je vous invite chaudement à aller lire si ce n’est déjà fait !

De manière générale, ses productions permettent de poser un regard différent sur ce qui nous est montré, ce qu’on nous dit, ce qu’on nous oblige à penser parfois. En tant que lecteurs, elles nous font nous remettre en question et même construire notre féminisme. La lecture de ses planches est en cela parfois difficile tant sur le fond que sur les remises en question qu’elles occasionnent.

L’autrice s’est également insurgée contre le manque de reconnaissance des femmes dans le milieu de la bande dessinée et plus particulièrement lors des remises de prix au festival d’Angoulême. Un collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme a par ailleurs vu le jour, dont la charte a rassemblé plus de 200 signatures.

Bref, Mirion Malle c’est cette fille cool et badass qu’on rêverait tou·te·s d’avoir comme amie.

Les stéréotypes féminins ont la vie dure

commando culotte mirion malleAvant de parler plus en détail du contenu de Commando Culotte, faisons un bref détour du côté des études et statistiques. L’étude qui va suivre concerne les programmes français et étrangers diffusés entre le 1er janvier et le 15 mai 2014 et ayant réalisé les meilleures audiences.

En 2014, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel publiait une étude sur les stéréotypes féminins qui peuvent être véhiculés – entre autres – dans les séries de fiction. Cette étude, a été menée dans le but de créer un projet de loi visant à veiller à l’image des femmes dans les programmes audiovisuels en luttant contre les clichés sexistes.

Parmi les stéréotypes relevés, nous avons tout d’abord la place qu’occupe la femme dans le milieu professionnel : elles occupent moins de poste à responsabilité, sont moins payées que leurs conjoints et exercent des métiers perçus comme féminins.

Du côté de la sphère privée, le CSA a constaté que la majorité des femmes représentées sont mariées ou en couple et mènent une relation sous le signe de la fidélité. De plus, elle sont beaucoup plus montrées que les hommes en train de réaliser les tâches ménagères qui incombent au foyer.

Enfin, la sexualisation des femmes est importante puisque la majorité des premiers rôles féminins peuvent être perçus comme séduisants et apparaître nus pour 9% d’entre eux (contre 0% pour les premiers rôles masculins…). De plus, ce sont les femmes qui le plus souvent subissent les rapports de séduction au lieu de les exercer.

Commando Culotte : « petit » blog deviendra grand livre

livre commando culotte mirion malle les dessous du genre et de la pop culture anama label 619Commando Culotte, les dessous du genre et de la pop-culture reprend les publications du blog concernant – comme son nom l’indique – le genre et la culture populaire. Il renferme également des planches inédites (7 chapitres exclusifs et 2 redessinés à 100%).

Voici son sommaire afin de vous faire une idée de ce qu’il contient :

  • L’importance de la représentation dans les médias
  • Game of Thrones (saison 1 – 2 – 3) en duo avec Tarmasz
  • Pourquoi dire « les filles ne sont pas drôles » fait de vous un(e) énorme idiot(e) ?
  • School of Rock
  • Barbie versus He-Man
  • American Pie
  • La culture du viol
  • Sixteen Candles
  • Friendzone / Girlfriendzone : deux faces d’une même pièce pourrie
  • What if ?
  • Les hommes peuvent-ils être féministes ?
  • Jacky au royaume des filles
  • Le slut-shaming
  • Easy A
  • Flingue ou Rouge-à-Lèvres : un personnage féminin doit-il forcément être viril ?
  • Legally Blonde
  • Six Feet Under
  • Pourquoi choisir Love Actually comme film cucul de Noël ?
  • Starship Troopers
  • Obvious Child ou la question de l’avortement dans les comédies américaines
  • Game of Thrones (saison 5)

 

commando culotte mirion malleEn plus de s’être entourée de l’illustratrice et tatoueuse Tarmasz pour la réalisation des planches sur Game of Thrones, Mirion Malle a fait appel à Mar_Lard pour sa préface. Créatrice de jeux vidéo, joueuse et féministe comme le signale sa bio Twitter, elle publie en 2012 un papier sur le sexisme dans ce milieu qu’elle connait bien. Elle se penche d’ailleurs plus particulièrement sur un test (puant) de Joystick faisant l’apologie du viol sur le personnage de Lara Croft. Comme preuves de ce qu’elle y dénonce, ses articles ont engendré bon nombre de commentaires emplis de haine et de menaces (de meurtre et de viol, rien que ça). Je vous invite à retrouver les articles en question à la fin de celui-ci.

Elle écrit dans la préface en question  « Si l’on peut éviter le sexisme omniprésent, on peut au moins en prendre conscience, lui donner moins de prise sur notre esprit. C’est l’objectif de Commando Culotte : via la bande dessinée et l’humour, rendre accessibles des outils d’analyse féministes pour voir les médias qui nous entourent d’un autre œil, développer son esprit critique, décortiquer la pop-culture dans laquelle nous baignons au quotidien ».

Vous l’aurez compris, il y a bien un avant et un après lecture de Commando Culotte. La bande dessinée lève le voile posé sur nos yeux et nous laisse entrevoir les mécanismes qui participent au sexisme ambiant. Ces quelques pages nous offrent les outils nous aidant à analyser ces situations qui ont pu – dans des séries, des films ou notre quotidien – nous mettre mal à l’aise sans qu’on puisse déterminer pourquoi. Impossible après ça de revenir en arrière et subir passivement ce qu’on voit à l’écran ! À nous désormais de discerner bons et mauvais médias selon ce que nous en attendons.  Attention tout de même, comme son autrice le souligne, tout n’est pas toujours tout blanc ou tout noir

mirion malle commando culotte

Si vous aimez le travail de Mirion Malle, vous pouvez également découvrir Les règles… Quelle aventure ! petit guide à l’intention des 10-13 ans écrit par Elise Thiébaut et qu’elle a illustré.

Toutes les illustrations proviennent du blog Commando Culotte.


 Les sources + de la lecture pour aller plus loin


Les règles… Quelle aventure ! Par Elise Thiebaut et Mirion Malle

Les règles… Quelle aventure ! Par Elise Thiebaut et Mirion Malle

Elise Thiébaut est journaliste et œuvre à l’émancipation de la femme, en participant notamment à Clara Magazine qui couvre l’actualité féministe. Elle n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai avec le guide Les règles… quelle aventure ! puisqu’elle publiait déjà en janvier dernier Ceci est mon sang, petit histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font (éditions La découverte). Dans ce documentaire, elle présentait les menstrues sous différents axes, aussi bien social, religieux qu’historique. Forte du succès et de l’accueil réservés à cet ouvrage, elle décide de rendre ces informations accessibles au plus grand nombre en s’adressant cette fois aux adolescent·e·s de 10 à 13 ans.

Pour cela, elle décide de s’entourer de Mirion Malle, dessinatrice de BD qui parle bien souvent féminisme sur son blog Commande Culotte. Elle est également l’autrice d’un ouvrage sur Les dessous du genre de la pop culture, où elle décrypte la place et l’image réservées aux femmes dans les séries TV et films.

Les règles… Quelle aventure !

Elles concernent la moitié de la population, reviennent chaque mois et durent en moyenne 40 années et pourtant elles sont entourées de mystères (au mieux), de non-dits et restent bien souvent tabou.

Il n’y a qu’à se pencher sur l’actualité pour s’en rendre compte. Il aura en effet fallu attendre 2016 et 2017 pour qu’une publicité britannique pour des protections hygiéniques montre la vraie couleur du sang des règles qui est bien – attention, spoiler alert – rouge (et non bleue).

Pourtant, avoir ses règles n’est ni sale, ni honteux, ni dangereux. Au contraire, il n’est rien de plus naturel et gage de bonne santé. Elles sont certes contraignantes, parfois douloureuses et demandent un minimum de préparation, mais rien d’insurmontable ! Et c’est ce que cherchent à démontrer les autrices, en dédramatisant le tout.

Je me rappelle très bien le jour où j’ai eu mes règles et la honte qui en a découlé. Par pudeur, il m’était impossible de l’annoncer à ma mère et j’avais chargé ma grande sœur de le faire à ma place. Je me souviens également des souvenirs que ma mère m’a rapportés qui elle, avait été amenée chez un gynécologue qui lui a expliqué ce que sont les règles. Nous ne sommes pas loin de la scène où Carrie découvre sous la douche, mortifiée, qu’elle perd du sang…

Les règles… Quelle aventure ! se veut décomplexant et informatif, le tout sur un ton léger et teinté d’humour. De nombreuses notions sont à découvrir au fil des pages, dans des encadrés, à travers les illustrations et sont classées par chapitres. Voici un aperçu des titres de ces derniers afin de vous donner une idée des sujets abordés :  Les règles du jeu, du game et des gamettes / Des superstitions bien saignantes / L’endométriose / Les Anglais débarquent ! Choisis ta protection rapprochée / Gynéco : les règles du jeu.

les règles quelle aventure élise thiébaut et mirion malle bd féminisme

Pour en finir avec le manque d’informations, les tabous, les dissimulations, Les règles… Quelle aventure ! est un ouvrage nécessaire à offrir aux adolescent·e·s se posant des questions sur cette époque charnière. Jamais infantilisant, il aborde le cœur du sujet, prône l’ouverture d’esprit et l’acceptation de soi. À offrir, prêter, recommander, avoir dans sa bibliothèque de toute urgence !

Vous pouvez également retrouver ma chronique sur Commando Culotte,
réalisée dans le cadre du projet #FeminiBooks.


Disponible depuis le 02/11/2017 – 12 Euros (éditions La ville brûle)

Lectures BD de septembre et octobre : coups de cœur et déceptions

Lectures BD de septembre et octobre : coups de cœur et déceptions

corps sonores julie maroh éditions glénat lectures bd septembre 2017Corps sonores, Julie Maroh 

Glénat (2017)

Si l’amour touche tout le monde, il n’est pas toujours représenté de manière égale. Dans cette BD, Julie Maroh décide de donner de la visibilité… à tous ceux qui aiment. Les histoires; drôles, tristes, toujours émouvantes sont représentées à travers de courtes saynètes de quelques pages seulement mais qui ne manquent pas de force !

L’autrice de Le bleu est une couleur chaude retranscrit les rencontres, rendez-vous manqués, etc; bref tout ce qui fat le quotidien des gens en mal d’affection à la recherche du grand amour ou simplement d’une histoire d’un soir. C’est beau, vrai. La bande dessinée est réalisée à Montréal et emprunte donc les expressions typiques irrésistibles pour la lectrice française que je suis. Le tout est poétique et les textes soignés.


ice haven daniel clowes éditions cornélius lectures bd septembre 2017Ice Haven, Daniel Clowes 

Cornélius (2006)

Dans cette bande-dessinée, Clowes est parti d’un fait divers qui s’est déroulé en 1924 dans sa ville natale. Par ennui, deux étudiants assassinèrent leur jeune voisin.

Partant de cet événement, le dessinateur recréé l’ambiance de la ville et les habitants qui la peuplent avant, pendant et après le drame. L’oeuvre est très rythmée puisque nous découvrons le quotidien de chacun en passant de l’un à l’autre de ses habitants. C’est la solitude, la mélancolie, l’absurde de tout Ice Haven qui sont dépeints ici.


mister wonderful daniel clowes éditions cornélius lectures bd septembre 2017Mister Wonderful, Daniel Clowes 

Cornélius (2011)

Marshall est un cynique célibataire qui compte bien donner une dernière chance à l’amour et aux rendez-vous organisés. Grand bien lui en a pris puisque nous allons assister à l’histoire d’amour naissante entre nos deux héros, personnages de losers attachants dont Clowes est friand. Étrangement compatibles et semblant être faits l’un pour l’autre, le couple nous offre une intrigue où se mêlent humour, tragédie et romantisme !


Ma vie est un best-seller - Corinne Maier et Aurélia Aurita éditions casterman lectures bd septembre 2017Ma vie est un best-seller – Corinne Maier et Aurélia Aurita 

Casterman (2015)

Nouvellement employée dans une grande firme, Corinne Mayère décèle aussitôt les failles et absurdités du monde de l’entreprise. C’est à propos de la sienne qu’elle va écrire un livre et y décrire son quotidien. L’œuvre va aussitôt être remarquée et entraîner un tourbillon médiatique dans lequel son autrice a bien du mal à se retrouver…

Ma vie est un best-seller est plutôt fade et ne laisse pas un souvenir impérissable. Le roman à l’origine de toute l’histoire contient sûrement plus de profondeur et intérêts.


Joker - Benjamin Adam éditions La Pastèque (2015)Joker – Benjamin Adam 

La Pastèque (2015)

Chaque dimanche depuis des années, trois cousins se retrouvent pour jouer aux cartes et parier. Pour Herb, Jed et Hawk, le pari est de taille puisque celui qui pose un joker peut échanger sa vie entière jusqu’au dimanche suivant. Nouveau travail, nouvelle famille et nouvelle maison pour une semaine entière ! Malheureusement, tout ne se passera pas comme prévu pour cette famille…

Une BD superbement construite, drôle et très bien réalisée. Une réussite !


Petites coupures à Shioguni - Florent Chavouet éditions Philippe Picquier (2014) bande dessinée bd mangaPetites coupures à Shioguni – Florent Chavouet 

Philippe Picquier (2014)

Kenji avait emprunté de l’argent à des gens qui n’étaient pas une banque pour ouvrir un restaurant qui n’avait pas de clients. Forcément, quand les prêteurs sont revenus, c’était pas pour goûter les plats.

En l’espace d’une nuit, Florent Chavouet résout (tout en flash-back) l’incident qui secoue une petite ville du Japon. Un peu brouillon et pas toujours lisible, l’œuvre reste une prouesse graphique admirable.


Mon ami Dahmer - Derf Backderf éditions Ça et Là (2013) bande dessinée bd comics serial killer tueur en sérieMon ami Dahmer – Derf Backderf 

Ça et Là (2013)

Mon ami Dahmer est le récit de l’enfance de Jeff Dahmer, serial-killer ayant sévi aux États-Unis dans les années 1970. La bande dessinée s’attache à retracer la vie de l’adolescent avant qu’il ne commette son premier crime. Sans jugement, elle cherche à comprendre ce qui a fait de lui « le cannibale de Milwaukee ».
Retrouvez ma chronique complète sur la BD de Derf Backderf.


dans les bois emily carroll éditions casterman bd bande dessinéeDans les bois – Emily Carroll 

Casterman (2016)

Dans les bois regroupe plusieurs contes. Les contes n’étant pas toujours pour enfants, cet album ne peut leur convenir (comme l’on m’avait posé la question sur Instagram)  car contient de nombreux monstres et (beaucoup) de sang. Graphiquement, il y a assez peu de détails en arrière plan et l’on se concentre sur les personnages, couleurs et mouvements. Un album agréable à lire et plutôt effrayant. Parfait pour le mois d’octobre et Halloween !


shit is real aisha franz éditions l'employé du moi 2017 bande dessinée bdShit is real – Ashia Franz 

L’employé du moi (2017)

Du jour au lendemain, Selma se retrouve célibataire et sans emploi. L’occasion pour elle de prendre un nouveau départ !

Cette fascinante BD possède un très fort univers qui lui est propre et le lecteur – s’il se laisse embarquer – doit accepter de ne pas tout saisir à la première lecture. Shit is real se déroule dans un Berlin futuriste et mêle romance et science-fiction, imaginaire et réalité. Cela étant, les questionnements restent les mêmes et notre héroïne s’interroge sur sa sexualité, le poids de la société, ses convenances, etc.


bd comics charles burns fleur de peau éditions cornéliusFleur de peau – Charles Burns 

Cornélius (2005)

L’auteur de Black Hole nous offre ici trois histoires indépendantes mais plus ou moins liées, ne serait-ce que dans l’impression qu’elles nous laissent à la fin de leur lecture. Je ne vais pas vous en dévoiler trop car ce serait gâcher le plaisir et la lecture de Fleur de Peau en recèle beaucoup.


punk rock et mobile homes derf backderf éditions ça et là Punk Rock & Mobile Homes – Derf Backderf 

Ça et Là (2014)

L’auteur nous conte ici les prémices du Punk Rock à travers son personnage emblématique du « baron ». Beaucoup d’humour dans cette fiction qui aurait très bien pu ne pas en être une. En bonus, Backderf nous offre en début d’ouvrage une liste de morceaux punk à écouter pour une immersion encore plus totale !


ed the happy clown chester brown éditions cornélius bd comics roman graphiqueEd, the happy clown – Chester Brown 

Cornélius (2014)

Sortie originalement en 1989, l’oeuvre de Chester Brown n’a rien perdu de sa superbe. Totalement barrée, scatologique, absurde BREF à ne pas manquer ! En plus, l’édition Cornélius offre à la fin un dossier passionnant sur le processus de création de Brown pour cette BD.


la page blanche pénélope bagieu gilles roussel boulet bd bande dessinée roman graphique amnésie éditions delcourtLa Page blanche – Pénélope Bagieu et Boulet 

Delcourt (2012)

Une jeune femme reprend ses esprits sur un banc sans se rappeler ni son nom ni ce qu’elle fait là. Menant l’enquête tant bien que mal, elle tente de retrouver la mémoire et son identité. Mais que va-t-elle découvrir ? Un passé romanesque fait de drames et de romances ou l’existence banale d’une femme ordinaire ? Et dans ce cas, saura-t-elle devenir quelqu’un après avoir été quelconque ?

Une bande dessinée sans grand intérêt qui nous offre une fin des plus facile voire vaguement moralisatrice… Grosse déception pour cette lecture au scénario faible. Si vous aimez Pénélope Bagieu, préférez la lecture de California Dreamin’ !


s'enfuir guy delisle écit d'un otage bd bande dessinée roman graphique éditions dargaudS’enfuir, Récit d’un otage – Guy Delisle 

Dargaud (2016)

En 1997, alors qu’il est responsable d’une ONG médicale dans le Caucase, Christophe André a vu sa vie basculer du jour au lendemain après avoir été enlevé en pleine nuit et emmené, cagoule sur la tête, vers une destination inconnue. Guy Delisle l’a rencontré des années plus tard et a recueilli le récit de sa captivité – un enfer qui a duré 111 jours.

La BD qui a nécessité des années de travail est très immersive, notamment au niveau de l’ambiance étouffante et claustrophobique . On vit ces 111 jours en parfaite empathie aux côtés de l’otage et cela sans ressentir un quelconque ennui durant la lecture


l'été diabolik alexandre clérisse thierry smolderen éditions dargaudL’été diabolik – Smolderen & Clérisse 

Dargaud (2016)

Antoine revit ses souvenirs et plus particulièrement celui de l’été 1967 qu’il passe seul avec son père avant de ne plus jamais le revoir.

Un album à l’ambiance 60′ très bien retranscrite, bourré de références et aux nombreux rebondissements qui tient en haleine, jusqu’à la dernière planche.


charlotte et moi bd bande dessinée tome 1 makaka éditions olivier clertCharlotte et moi – Olivier Clert 

Makaka éditions (2016)

Les parents de Gus divorcent et il doit emménager avec sa mère dans une ville qu’il ne connait pas. Comme si cela ne suffisait pas, le voilà privé de TV et l’ennui est total. Il sortirait bien découvrir sa nouvelle vie mais la voisine du dessous lui fait peur et de toutes façons il n’y a rien à faire…

Une suite d’événements va le mener à partir à la recherche de son père à Paris. Un premier tome prometteur et plein de tendresse.


comment je ne suis pas devenu moine jean-sébastien bérubé éditions futuropolis bd bande dessinéeComment je ne suis pas devenu moine – Jean-Sébastien Bérubé 

Futuropolis (2017)

Depuis son plus jeune âge, Jean-Sébastien Bérubé rêve de devenir moine bouddhiste, se sentant proche des préceptes de cette philosophie. Il saute le pas en 2005 en débarquant à Katmandou mais ses attentes vont difficilement se confronter avec la réalité.

Un témoignage courageux, écrit avec beaucoup de recul et totalement passionnant.


Dans ma boîte aux lettres – Octobre 2017

Dans ma boîte aux lettres – Octobre 2017

l'atelier mastodonte tome 5 éditions dupuis bd bande dessinée dans ma boîte aux lettresL’atelier Mastodonte

Les Éditions Dupuis m’ont envoyée une bande dessinée qui me tentait énormément car elle regroupe plusieurs auteurs dont j’apprécie tout particulièrement le travail. Entre autres dessinateurs, ce sont Guillaume Bianco, Lewis Trondheim, Fabien Toulmé qui se sont regroupés pour mettre en forme 128 planches humoristiques.

L’atelier Mastodonte nous plonge au cœur de la création bédéphile, à travers le quotidien (fictif ou réel) des uns et des autres. Un joyeux melting-pot qu’il me tarde de découvrir !

L’atelier Mastodonte Tome 5 – paru le 06/10/2017


la maison d'à côté lisa gardner éditions le livre de poche grand prix des lectrice elle policier thrillerLa Maison d’à côté -Lisa Gardner

Grâce à un concours gentiment organisé par Charlotte du compte Instagram biblioo.philia, j’ai remporté La Maison d’à côté. Voici le résumé :

« Un fait divers dans une banlieue résidentielle de Boston passionne les médias. Sandra Jones, jeune maîtresse d’école et mère modèle, a disparu. Seul témoin : sa petite fille de quatre ans. Suspect n°1 : son mari Jason. Tente-t-il de brouiller les pistes ou cherche-t-il à protéger sa fille ? Mais de qui ?

Après Sauver sa peau, une nouvelle enquête particulièrement surprenante de la non moins surprenante D.D. Warren. Vous ne regarderez jamais plus une porte déverrouillée, une fenêtre entrouverte ou une page Web de la même façon… »

La Maison d’à côté (2009) – Livre de poche


La passe-miroir – Les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos

La passe-miroir – Les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos

Christelle Dabos relève son premier défi littéraire en participant au Concours Gallimard Jeunesse. Grande lauréate, son premier roman Les fiancés de l’hiver sort en 2013.

la passe miroir les fiancés de l'hiver roman jeunesse éditions gallimard jeunesse

Après La Déchirure, un nouvel univers a vu le jour et avec lui plusieurs arches. Ophélie est une jeune femme vivant sur Anima et est une « liseuse ». Cela ne veut pas dire qu’elle passe ses journées le nez dans les livres (quoi que…) mais plutôt qu’elle peut lire le passé des objets. Elle peut ressentir tout ce que les gens ont éprouvé au contact de l’objet en question. En plus de cela, elle peut – comme le titre de la saga l’annonce -, passer les miroirs. Il lui suffit de visualiser l’endroit où elle veut se rendre et traverser un miroir à l’autre bout de la ville pour y être en un instant. Pratique et finalement assez commun puisque sur Anima, tout le monde est plus ou moins doué de pouvoirs magiques.

Chaque arche obéit à des lois qui lui sont propres et est dirigé par un Esprit de famille. Sur Anima, il s’agit d’une société matriarcale fondée par Artémis. Ses devoirs fondamentaux sont de « veiller à ce que chacun mangeât à sa faim, eût un toit pour s’abriter, reçût une instruction, apprît à faire bon usage de son pouvoir ». L’ensemble de la communauté dépend des mères de famille, des matriarches et des doyennes qui ont tout pouvoir décisif. Dirigé par les femmes donc, mais pas pour les femmes. En effet, Ophélie se voit obligée d’épouser un homme qu’elle ne connaît pas et qui vit sur une autre arche : Le Pôle. Un mariage arrangé entouré de mystères et censé apporter beaucoup aux deux communautés. Si Ophélie a déjà refusé plusieurs mariages, elle se voit dans l’obligation d’accepter celui-ci sous peine d’être bannie d’Anima.

la passe miroir les fiancés de l'hiver christelle dabos au clairdelune

Plutôt solitaire, la jeune fille travaille dans un musée et ne se sépare jamais de son écharpe vivante et rapiécée qui lui fait office de compagnon. Elle fait peu de cas de son apparence et est très maladroite (la faute à un accident de miroir il y a des années de cela). Son quotidien tranquille s’écroule lorsqu’elle se voit promise à cet inconnu qui se trouve être à l’image de l’arche sur lequel elle va vivre : glacial. Thorn est l’archétype de l’homme taciturne à la Heathcliff, complexe et ambivalent, inspirant la haine à son entourage mais toutefois capable d’aimer…

En plus de Thorn et d’un nouvel environnement, Ophélie va devoir composer avec sa belle famille et en particulier Berenilde, la tante de son fiancé. Sous son physique gracieux et doux, cette dernière se révèle être très autoritaire et va lui rendre la vie impossible. Ajoutez à cela des complots, des tensions familiales, une bonne dose de magie et vous avez une bonne idée de ce qu’est Les Fiancés de l’hiver.


L’écriture de Christelle Dabos est très fluide mais le roman peine tout d’abord à se mettre en place. Ce n’est qu’à partir de la moitié du livre que les choses deviennent réellement prenantes avec notamment l’arrivée de nouveaux personnages. Un début prometteur qui donne envie de découvrir la suite (deux autres tomes sont d’ores et déjà disponibles). En espérant que le personnage d’Ophélie va être plus creusé et ses pouvoirs utilisés plus souvent…


No home de Yaa Gyasi

No home de Yaa Gyasi

No Home (éditions Calmann Lévy) est le premier roman de Yaa Gyasi.  Née au Ghana, elle part s’installer avec sa famille aux États-Unis à l’âge de 2 ans. Elle y reviendra plusieurs années plus tard et ce voyage fera naître en elle l’envie d’écrire cette histoire.

Esclavage et châtiments

Au 18ème siècle sur la Côte-de-l’Or, nous suivons les prémices de la vie d’Effia et Esi, deux demi-sœurs. Sitôt devenue femme, Effia est mariée à un officier britannique. Elle vit avec lui au fort de Cape Coast tandis qu’aux niveaux inférieurs, des prisonniers attendent d’être vendus et emportés comme esclaves par des bateaux. En parallèle à cela et à la suite d’une guerre de tribus, Esi est faite prisonnière et vendue au fort, attendant d’être envoyée en Amérique.

Ainsi commence le récit de No Home. Entre Afrique et Amérique, Histoire et fiction, nous suivons la descendance des deux femmes. En tout, c’est avec 14 protagonistes que nous faisons connaissance. Les chapitres sont finalement assez courts et entraînent d’abord une sensation de frustration. Les personnages sont si travaillés, profonds et ont tellement de choses à nous transmettre qu’il est difficile de passer à un autre. Et si au début cette sensation de privation ne fait que croître, elle se change finalement en gratification. Les pièces du puzzle se mettent peu à peu en place, tous les membres de cette immense famille ayant leur pierre à poser à l’édifice.

Je suis trop vieux pour aller en Amérique. Trop vieux aussi pour la révolution. En outre, si nous allons étudier chez les Blancs, nous apprendrons seulement ce que les Blancs veulent que nous apprenions. Nous reviendrons pour construire le pays que les Blancs veulent que nous construisions. Un pays qui continuera à les servir. Nous ne serons jamais libres.

Le thème principal est bien évidemment l’esclavage mais No Home aborde de manière plus large les problèmes auxquels les africains ont pu être confrontés. Racisme, difficultés liées au métissage, emprisonnements systématiques des noirs pour les faire travailler de force dans des mines, abus des blancs qui détiennent le pouvoir, immigrations difficiles, etc. Chacune de ces personnes représente une conséquence directe à l’esclavagisme et ses répercussions. No Home est le récit de ces transmissions, qu’elles soient conscientes ou non. De génération en génération, c’est 250 ans d’Histoire africaine que ce roman couvre avec brio.

Roman gagné via un concours organisé par MyPrettyBooks.

Notre aventure sans frigo ou presque de Marie Cochard

Notre aventure sans frigo ou presque de Marie Cochard

« Avertissement : attention, la lecture de cette ouvrage rend optimiste et donne envie de se mettre en action immédiatement » annonce la préface de Notre aventure sans frigo ou presque. Je ne m’attendais cependant pas à ce que cette prédiction s’avère aussi prégnante. Sitôt la dernière page refermée, l’envie de revoir ma manière de consommer/conserver/acheter les denrées se fait plus forte et quelques arrangements s’imposent.

Il faut dire que je suis plutôt sensible à ce genre de remise en question étant passée à une alimentation 100% végétale il y a de cela quatre ans maintenant. Cela dit, je dois avouer que ma manière de consommer ne me satisfait pas pleinement. Mes déchets – qu’ils soient ménagers ou alimentaires (bonjour le gaspillage alimentaire qui représente chaque année 79 kg/personne en France), ne font pas de moi un modèle incontesté !

En somme, cette lecture est tombée à pic pour mon envie de « consommer autrement ».

Pérégrinations autour de la conservation des aliments

J’inaugure par ailleurs avec cette ouvrage une nouvelle catégorie « Guide » sur le blog. Même si j’ai choisi d’y classer Notre aventure sans frigo ou presque, son autrice aime à le présenter plutôt comme « une invitation à [la] suivre dans [ses] pérégrinations à travers une palette de Do It Yourself autour de la conservation des aliments, sans technologie ni électricité, et d’astuces faciles à réaliser et qui font la part belle à la récupération et au détournement d’objets. »

notre aventure sans frigo ou presque marie cochard éditions eyrolles photographies olivier cochard

Marie Cochard n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai concernant l’écologie puisqu’elle est journaliste spécialisée en la matière depuis 10 ans. Elle met régulièrement à jour son blog La cabane anti-gaspi où elle partage ses conseils et astuces sur un « mode de vie bio et beau ». Son premier livre intitulé Les épluchures : tout ce que vous pouvez en faire (publié également aux éditions Eyrolles) faisait – comme son nom l’indique – la part belle aux déchets alimentaires et à la manière de les recycler.

Certifié 100% économe en énergie et anti-gaspi

Avec Notre aventure sans frigo ou presque, elle revient sur ses expériences d’entreposage, de repousses, de séchage, d’enfouissement, de fermentation, etc qu’elle a réalisées (sans trucages) avec sa famille. Un ouvrage qu’il fallait penser (et oser !) et qui pourrait en repousser plus d’un. Pourtant, nombreuses sont les raisons qui pourraient nous amener à nous débarrasser de notre bon vieux réfrigérateur : réduire sa facture d’électricité, revenir à des méthodes ancestrales qui ont fait leurs preuves, redécouvrir le bon goût des aliments et par la même occasion profiter de tous leurs nutriments et vitamines

notre aventure sans frigo ou presque marie cochard éditions eyrolles photographies olivier cochard

L’aventure est enrichie de petites astuces quotidiennes, de conseils, de rencontres et de procédés de conservation d’antan. Des portraits de personnalités rencontrées au fil du temps agrémentent les pages et avec eux, une recette. Les plats et aliments ont cette force de nous ramener à des souvenirs d’enfance et/ou à des moments conviviaux passés autour d’une table et ce n’est pas le fromage blanc de Macha, les confiseries au lait de Radhika ou encore le kimchi de Marie-Lee qui nous diront le contraire !

Si les techniques de conservation sont rapidement évoquées, le livre donne beaucoup de pistes pour qui veut aller plus loin. Notre aventure sans frigo ou presque est une très belle introduction et permettra aux curieux ou aux convaincus de se lancer – à son échelle – dans l’expérience ! Pour preuve, j’ai moi-même sauté le pas et me suis lancée dans la réalisation d’un kimchi afin de profiter des nombreuses vertus nutritives qu’il a à offrir… À suivre, donc.

Chronique de Mon ami Dahmer de Derf Backderf

Chronique de Mon ami Dahmer de Derf Backderf

Ma rencontre avec cette BD s’est faite totalement par hasard quand je l’ai piochée à la médiathèque. La couverture m’intriguait et notamment son style graphique dans la pure veine comics. Je n’avais alors aucune idée du sujet et savait seulement qu’il s’agissait d’un coup de cœur des bibliothécaires.

Mon ami Dahmer, jeunesse d’un tueur en série

Ne vous fiez pas au titre de la bande dessinée de Derf Backderf qui évoquerait une belle histoire d’amitié. Si Mon ami Dahmer parle bien des liens qui peuvent se nouer à l’adolescence dans un lycée lambda, son sujet principal est quelque peut différent. Jeff Dahmer, personnage central de l’oeuvre en question deviendra tristement célèbre pour ses futurs meurtres; 17 au total.

Mon ami Dahmer se penche sur l’adolescence du jeune homme et se termine juste avant qu’il ne commette son premier crime. La BD s’attarde sur les causes qui l’ont poussé à devenir ce qu’il est, cherche à comprendre… De fait, elle ne tombe jamais dans la facilité du sensationnalisme et cela est d’autant plus vrai que son auteur a connu Dahmer, a été dans la même classe que lui et on peut alors facilement imaginer les réflexions que cela a entraîné.

Le « cannibale de Milwaukee »

Aujourd’hui, c’est sous ce surnom que nous le connaissons. Dans les années 70, il est un adolescent comme les autres. Effacé, il se fond tout d’abord dans la masse d’un lycée surpeuplé. Il se fera de plus en plus remarquer à travers ses frasques ou dahmerismes (il simule des crises d’épilepsie et singe le discours inarticulé et tics spasmodiques d’une personne atteinte d’infirmité motrice cérébrale) qui lui attireront des « fans ». Il devient une sorte de « héros » qui fait rire son assemblée mais n’a pas pour autant de réel ami. Il reste un enfant « bizarre » et différent des autres qui remarquent son penchant pour l’alcool et sa fascination pour la mort.

mon ami dahmer derf backderf éditions ça et là

Alors, comment a-t-il pu en arriver là ? semble s’interroger Derf Backderf.
Comment un adolescent qui montre des troubles psychologiques évidents n’a-t-il jamais pu avoir accès à de l’aide ? En cela, Mon ami Dahmer soulève des questions pertinentes. Que ce soit à travers son entourage proche (famille, « amis ») ou éloigné (tout le corps enseignant), l’adolescent a toujours été comme transparent.

On ne saura jamais si sa malheureuse notoriété aurait pu être évitée mais ces 200 pages posent la question. Pour Dahmer qui avait déjà de fragiles bases, nous pouvons imaginer que ce sont plusieurs causes qui se sont accumulées jusqu’à le plonger dans l’irrémédiable. Mais alors, combien de jeunes gens sont perdus de la sorte, manquent d’encadrement, de structure familiale ou tout simplement d’une oreille attentive ? S’ils sont une minorité à franchir le pas d’une vie faite de crimes, c’est bien le « système sociétal » qui est mis en cause.

Mon ami Dahmer laisse également transparaître l’effroi d’adolescents qui apprennent à se construire et prennent tout à coup conscience qu’il peut exister des êtres mus par de telles pulsions et parfois même sur les bancs de la même école qu’eux.

Un témoignage de longue haleine

mon ami dahmer derf backderf éditions ça et làAu total, il aura fallu à son auteur 20 ans pour être satisfait de Mon ami Dahmer. Pourquoi tant de temps ? Backderf a dû faire face à ses propres démons et décider de ce qu’il ferait de ses propres souvenirs, de son propre rôle dans cette histoire. Au départ, il s’agissait d’une histoire courte de huit pages qui a ensuite bien évolué. Plusieurs versions ont vu le jour, dont certaines auto éditées et la bande dessinée a tout de suite connu un succès retentissant, allant jusqu’à être nominé pour un Eisner Award.

Il a tout de même repris le tout, a rassemblé ses souvenirs et s’est lancé dans des recherches approfondies. Car Derf Backderf n’a pas fait que retranscrire des souvenirs un peu effacés par le temps mais s’est appuyé sur divers témoignages. Celui du père de Dahmer (dans son livre intitulé A Father’s Story), d’anciens camarades et professeurs, d’entretiens entre Dahmer et des psychologues et enquêteurs ou encore des dossiers du FBI.

En l’état, Backderf est satisfait de ce qu’il a réussi à faire avec Mon ami Dahmer, ouvrage qui lui était nécessaire et cathartique. Une adaptation cinématographique a d’ailleurs été tournée et présentée en sélection officielle du Festival de Deauville qui s’est tenu ce mois-ci.

C’est le grand final d’une vie gâchée et le résultat en est atrocement déprimant… L’histoire d’une vie misérable, pathétique et malsaine, rien de plus.

  • Jeff Dahmer
Butin livresque en brocante de septembre 2017

Butin livresque en brocante de septembre 2017

De retour une nouvelle fois d’une brocante en Seine-et-Marne. Cette fois, la bibliothèque d’un petit village faisait le tri de ses livres en les vendant au profit de la structure. Laissez-moi donc vous présenter le book haul de ces 26 nouvelles acquisitions et leurs couvertures vintage !

Marc Dugain - La Chambre des officiers (éditions Pocket) Marc Dugain – La Chambre des officiers (éditions Pocket)

La guerre de 14, je ne l’ai pas connue. Je veux dire, la tranchée boueuse, l’humidité qui traverse les os, les gros rats noirs au pelage d’hiver qui se faufilent entre les détritus informes, les odeurs mélangées de tabac gris et d’excréments mal enterrés, avec, pour couvrir le tout, un ciel métallique uniforme qui se déverse à intervalles réguliers comme si Dieu n’en finissait plus de s’acharner sur le simple soldat. C’est cette guerre-là que je n’ai pas connue.

Dans les premiers jours de 14, Adrien F., lieutenant du génie, est fauché par un éclat d’obus sur les bords de la Meuse. Défiguré, il est transporté au Val-de-Grâce où il séjournera cinq ans dans la chambre des officiers. Au fil des amitiés qui s’y noueront, lui et ses camarades, malgré la privation brutale d’une part de leur identité, révéleront toute leur humanité.

De cette épopée dramatique, émouvante, mais drôle aussi parfois, on retiendra que des blessures naît aussi la grâce.

Marc Dugain, quarante et un ans, retrace avec ce premier roman la destinée particulière de son grand-père.


Milan Kundera - La vie est ailleurs (éditions Gallimard)Milan Kundera – La vie est ailleurs (éditions Gallimard)

L’auteur avait tout d’abord pensé intituler ce roman L’âge lyrique. L’âge lyrique, selon Kundera, c’est la jeunesse, et ce roman est avant tout une épopée de l’adolescence ; épopée ironique qui corrode tendrement les valeurs tabous : l’Enfance, la Maternité, la Révolution et même – la Poésie. En effet, Jaromil est poète. C’est sa mère qui l’a fait poète et qui l’accompagne (immatériellement) jusqu’à ses lits d’amour et (matériellement) jusqu’à son lit de mort. Personnage ridicule et touchant, horrible et d’une innocence totale (« l’innocence avec son sourire sanglant » !), Jaromil est en même temps un vrai poète. Il n’est pas salaud, il est Rimbaud. Rimbaud pris au piège de la révolution communiste, pris au piège d’une farce noire.


marcel pagnol le temps des secrets éditions de falloisMarcel Pagnol – Le temps des secrets (éditions de Fallois)

Les vacances à La Treille se poursuivent. mais ne se ressemblent plus: Lili doit travailler aux champs avec son père, et Marcel rencontre Isabelle, la fille du poète Loïs de Montmajour. Puis ce sera l’arrivée eu classe de sixième et l’entrée en scène de l’inénarrable Lagneau…
Poussé par ses lecteurs, et pour son propre plaisir, Pagnol décide de transformer son diptyque en tétralogie, et ses Souvenirs d’enfance en authentique roman de formation, du côté de Kim ou du Livre de la jungle.

Dans « Le Temps des secrets » (1960), le jeune Marcel trahit – provisoirement – l’amitié de Lili pour l’illusion de l’amour, et Pagnol l’écrivain prouve, lorsqu’il croque le poète alcoolique et sa grotesque épouse, qu’il n’a rien perdu de sa vis comica. Le projet prend de l’ampleur, et le livre se termine sans s’achever, dans l’attente du Temps des amours.  »

La reine, naturellement, c’était elle, et le chevalier, c’était moi. Vous commençâmes par la fabrication de nos costumes, car comme toutes les filles, elle adorait se guignoliser.


George Orwell - La Ferme des animaux (éditions Folio)George Orwell – La Ferme des animaux (éditions Folio)

Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux. Les cochons dirigent le nouveau régime. Boule de Neige et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement:
“Tout deuxpattes est un ennemi. Tout quatrepattes ou tout volatile, un ami. Nul animal ne portera de vêtements. Nul animal ne dormira dans un lit. Nul animal ne boira d’alcool. Nul animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux.”
Le temps passe. La pluie efface les commandements. L’âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer :
“Tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres.”


Aldous Huxley – Le Ciel et l’enfer (éditions du Rocher)

Huxley examine au long de ces essais la nature des pratiques spirituelles, explorant les fondements du bien et du mal, les champs du comportement religieux et de l’expérience mystique, en s’appuyant sur les textes majeurs de diverses traditions. Regard sur les contradictions et les enjeux de la quête spirituelle, expériences personnelles qui tendent à cerner les limites du réel, ce livre qui rassemble des textes écrits pour la plupart entre 1940 et 1950 propose les réponses ou les interrogations de l’auteur du Meilleur des mondes face à un univers dont il faut sans cesse repenser le sens, en termes non seulement religieux mais aussi politiques.


Françoise Sagan - Les faux-fuyants (éditions France Loisirs)Françoise Sagan – Les faux-fuyants (éditions France Loisirs)

Ils sont quatre, tardivement lancés sur la route de l’exode en cette mi-juin 40. Quatre fleurons du Tout-Paris occupés à cancaner et à déguster leur foie gras dans une Chenard et Walcker rutilante qui, l’année dernière encore, remportait le Grand Prix de l’Élégance Sportive à Deauville. Quatre? Non, cinq avec le chauffeur. On oublie toujours les domestiques. Mais voilà que celui-ci a l’inconvenance de se faire étourdiment tuer par un Stuka de passage, laissant ses employeurs hébétés devant leur limousine fumante. Le beau paysan qui les ramasse dans sa carriole tirée par deux percherons, pour les ramener dans sa ferme que sa mère régente d’une main de fer, a quelques arrière-pensées dont la nature n’est pas exclusivement salace. Si les appas de Luce chatouillent son regard, il évalue aussi de l’œil les biceps de son amant…Les femmes culbutées dans le foin ou pataugeant dans la gadoue du poulailler ? Les hommes assaillis par le crétin du village ou transpirant aux champs ?….Ce que la grande Françoise Sagan, avec ce regard sarcastique et tendre qu’elle porte depuis Bonjour tristesse sur la nature humaine, tire de cette situation, c’est une vraie comédie, irrésistible de verve brillante et de gaieté. Elle nous fait, dans cette période sombre, le cadeau inespéré d’un roman qui arrachera aux lecteurs les plus déprimés par quelques événements récents des accès de fou rire.


Colette - Claudine en ménage | Claudine s'en va (éditions France Loisirs)

Colette – Claudine s’en va | Claudine en ménage (éditions France Loisirs)

La bizarre comédie que fut le jour de mon mariage ! Trois semaines de fiançailles, la présence fréquente de ce Renaud que j’aime à l’affolement, ses yeux gênants encore, ses lèvres toujours en quête d’un bout de moi me firent pour ce jeudi-là une mine aiguë de chatte brûlante.
Je ne compris rien à sa réserve, à son abstention, dans ce temps-là ! J’aurais été toute à lui, dès qu’il l’eût voulu : il le sentait bien.

 » Annie adore Alain, son mari. Elle est complètement sous sa domination et ne sait qu’obéir.
Mais Alain part en voyage et Annie se retrouve seule, complètement épouvantée, bien décidée à appliquer à la lettre l' » Emploi du temps  » que lui a fait son mari et qui comporte, entre autres :
– Une seule visite à Renaud et Claudine, ménage réellement trop fantaisiste pour une jeune femme dont le mari voyage au loin.
– Voir et sortir souvent avec ma sœur Marthe car sous des dehors un peu libres, elle a un grand bon sens et même du sens pratique.
Avec Marthe, Annie ira dans une station thermale puis au Festival de Bayreuth, rencontrera toutes sortes de gens, apprendra et comprendra bien des choses et reverra souvent Claudine…
Peinture lucide et narquoise du milieu dans lequel vécut longtemps Colette, rempli de personnages très vivants, Claudine s’en va est servi par ce style dru, savoureux, qui est propre au grand écrivain.  »


Pierre Loti - Les trois dames de la Kasbah (éditions Folio)Pierre Loti – Les trois dames de la Kasbah (éditions Folio)

Pierre Loti se rend pour la première fois en Algérie en 1869.Son premier séjour à Alger ne durera qu’une dizaine de jours.Mais Loti y séjournera par quatre fois.
Il y revient pour la seconde fois près de dix ans plus tard au printemps de l’année 1880.La physionomie de la ville a changé,les constructions européennes se sont multiplé et une partie de la basse kasbah a été détruite.Pourtant ce qu’il reste de la cité millénaire se détache toujours en un triangle blanc sur le paysage.
C’est pendant ce séjour que trois femmes musulmanes lui rendent visite sur le bateau.Elles lui inspireront le thème d’une étonnante nouvelle,Les trois dames de la Kasbah.Ce texte paraît en novembre 1882 dans un recueil de nouvelles intitulé Fleurs d’ennui.
Ce court récit qui s’annonce comme un conte oriental avec promesses de dépaysement,de rêve,de sensualité,bifurque soudain,s’amuse à nous perdre et se transforme en conte cruel.
Sans doute Loti vient-il en aide au lecteur,dans le dernier chapitre,en cherchant à le détendre par une pirouette,un clin d’oeil;sans doute veut-il par là le rassurer,lui confirmer qu’il ne s’agissait somme toute, que d’un amusement.
Mais la qualité de la nouvelle tient dans ce mélange de fiction et de réel,de dépaysement et de naturalisme,dans une maîtrise du récit qui rend le propos moins anodin qu’il ne voudrait paraître;laissant percevoir comme une métaphore de l’Histoire en train de s’écrire sur les bords de la Méditerranée.


Jami Attenberg - Mazie, Sainte Patronne des fauchés et des assoiffés (éditions les escales)Jami Attenberg – Mazie, Sainte Patronne des fauchés et des assoiffés (éditions Les Escales)

Personnage haut en couleur, Mazie Phillips tient la billetterie du Venice, cinéma new-yorkais du Bowery, quartier populaire du sud de Manhattan où l’on croise diseuse de bonne aventure, mafieux, ouvriers, etc. Le jazz vit son âge d’or, les idylles et la consommation d’alcool – malgré la Prohibition – vont bon train. Mazie aime la vie, et ne se fait jamais prier pour quitter sa « cage » et faire la fête, notamment avec son amant « le capitaine ».
Avec l’arrivée de la Grande Dépression, les sans-abri affluent dans le quartier et la vie de Mazie bascule. Elle aide sans relâche les plus démunis et décide d’ouvrir les portes du Venice à ceux qui ont tout perdu. Surnommée « la reine du Bowery », elle devient alors une personnalité incontournable de New York.
Dans ce roman polyphonique, Jami Attenberg nous fait découvrir Mazie – dont on entend la gouaille à travers les lignes de son journal intime –, mais aussi Soeur Ti, son unique amie, sa soeur Jeanie, l’agent Mack Walters, porté sur la bibine et qui aime flirter avec elle… Le lecteur découvre, fasciné, une personnalité hors du commun et tout un monde bigarré et terriblement attachant.


Junichirô Tanizaki - La clef | La confession impudique (éditions France Loisirs)Junichirô Tanizaki – La clef | La confession impudique (éditions France Loisirs)

Un respectable professeur d’université, à l’âge du démon de midi, ne parvient plus à satisfaire sa jeune femme dotée d’un tempérament excessif. Après avoir essayé divers excitants, il s’aperçoit que la jalousie est un incomparable stimulant.

Chacun des deux époux tient un journal, sachant très bien que l’autre le lit en cachette…

Un roman audacieux sur un sujet délicat.


Sándor Márai - Un chien de caractère (éditions Albin Michel)Sándor Márai – Un chien de caractère (éditions Albin Michel)

C’est une petite boule de poils qui gambade et aboie. Il n’est pas beau mais semble avoir de l’esprit et bientôt, grâce à ses maîtres, de bonnes manières…Tchoutora est le nom de ce chiot joyeux que Monsieur a décidé d’offrir à Madame en ce Noël 1928 assombri par la crise économique. Bien qu’attendrissant, le quadrupède se montre vite rétif aux règles que dicte la bonne société à un « être inférieur » de son espèce, et bouleverse de sa turbulente présence la vie du couple…

Sándor Márai, un des plus grands écrivains hongrois du XXe siècle, analyse les moeurs de la bourgeoisie de son époque avec une ironie réjouissante. Drôle, subtil, élégant et incisif, ce roman aux allures de conte moral révèle une facette méconnue de l’auteur des Braises.


Daniel Pennac - La petite marchande de prose (éditions Folio)Daniel Pennac – La petite marchande de prose (éditions Folio)

« »L’amour, Malaussène, je vous propose l’amour ! » L’amour ? J’ai Julie, j’ai Louna, j’ai Thérèse, j’ai Clara, Verdun, le Petit et Jérémy. J’ai Julius et j’ai Belleville…
« Entendons-nous bien, mon petit, je ne vous propose pas la botte ; c’est l’amour avec un grand A que je vous offre : tout l’amour du monde ! »
Aussi incroyable que cela puisse paraître, j’ai accepté. J’ai eu tort.»
Transformé en objet d’adoration universelle par la reine Zabo, éditeur de génie, Benjamin Malaussène va payer au prix fort toutes les passions déchaînées par la parution d’un best-seller dont il est censé être l’auteur.
Vol de manuscrit, vengeance, passion de l’écriture, frénésie des lecteurs, ébullition éditoriale, délires publicitaires, La petite marchande de prose est un feu d’artifice tiré à la gloire du roman. De tous les romans.


SU Tong - À bicyclette (éditions picquier poche)SU Tong – À bicyclette (éditions Picquier)

Ces nouvelles, bizarres et délicates, se situent toutes à la fin de la Révolution culturelle. Elles traduisent le choc entre la vieille Chine des dynasties disparues et le communisme puis l économie actuelle du « tigre ».


Marguerite Duras - L'amant de la Chine du nord (éditions Gallimard) Marguerite Duras – L’amant de la Chine du nord (éditions Gallimard)

 » J’ai appris qu’il était mort depuis des années. C’était en mai 90 (…). Je n’avais jamais pensé à sa mort. On m’a dit aussi qu’il était enterré à Sadec, que la maison bleue était toujours là, habitée par sa famille et des enfants. Qu’il avait été aimé à Sadec pour sa bonté, sa simplicité et qu’aussi il était devenu très religieux à la fin de sa vie. J’ai abandonné le travail que j’étais en train de faire. J’ai écrit l’histoire de l’amant de la Chine du Nord et de l’enfant : elle n’était pas encore là dans L’Amant, le temps manquait autour d’eux. J’ai écrit ce livre dans le bonheur fou de l’écrire. Je suis restée un an dans ce roman, enfermée dans cette année-là de l’amour entre le Chinois et l’enfant. Je ne suis pas allée au-delà du départ du paquebot de ligne, c’est-à-dire le départ de l’enfant.  » M.D


George Sand - La Petite Fadette (éditions Folio classique)George Sand – La Petite Fadette (éditions Folio)

Dans le pays, on l’appelait la petite Fadette, car elle avait la taille d’un farfadet et les pouvoirs d’une fée. Comme sa grand-mère, elle guérissait les hommes et les animaux. Landry, l’un des jumeaux de la ferme voisine, tombe amoureux d’elle. Mais l’amour d’une sorcière est mal vu dans cette famille, et il rend malade de jalousie Sylvinet, l’autre « besson. »
Après La mare au diable, et François le Champi, c’est le troisième roman champêtre de George Sand. Elle y exprime tout ce que la vie lui a appris. L’apparence des êtres ne compte pas, il faut percer l’écorce. La richesse des filles ne fait pas leur bonheur et l’amour est difficile à construire. Son désir inassouvi est là, aussi, d’un amour qui durerait toujours.
La petite Fadette illustre le grand dessein de George Sand : enseigner le respect de Dieu, de la nature, de la sagesse, de l’amour.


L'amour aux temps du choléra Gabriel Garcia Marquez éditions GrassetGabriel Garcia Marquez – L’Amour aux temps du choléra (éditions Grasset)

À la fin du XIXᵉ siècle, dans une petite ville des Caraïbes, un jeune télégraphiste pauvre et une ravissante écolière jurent de se marier et de vivre un amour éternel. Durant trois ans ils vivent l’un pour l’autre, mais Fermina épouse Juvénal Urbino, un brillant médecin.
Alors Florentino, l’amoureux trahi, se mue en séducteur impénitent et s’efforce de se faire un nom et une fortune pour mériter celle qu’il ne cessera d’aimer, en secret, cinquante années durant.
L’auteur de Cent ans de solitude et de Chronique d’une mort annoncée, prix Nobel 1982, donne libre cours à son génie de conteur, à la richesse de son imagination et à l’enchantement baroque de son écriture.


Mathias Enard - Boussole (éditions Babel)Mathias Enard – Boussole (éditions Actes Sud)

La nuit descend sur Vienne et sur l’appartement où Franz Ritter, musicologue épris d’Orient, cherche en vain le sommeil, dérivant entre songes et souvenirs, mélancolie et fièvre, revisitant sa vie, ses emballements, ses rencontres et ses nombreux séjours loin de l’Autriche – Istanbul, Alep, Damas, Palmyre, Téhéran… -, mais aussi questionnant son amour impossible avec l’idéale et insaisissable Sarah, spécialiste de l’attraction fatale de ce Grand Est sur les aventuriers, les savants, les artistes, les voyageurs occidentaux.
Ainsi se déploie un monde d’explorateurs des arts et de leur histoire, orientalistes modernes animés d’un désir pur de mélanges et de découvertes que l’actualité contemporaine vient gifler. Et le tragique écho de ce fiévreux élan brisé résonne dans l’âme blessée des personnages comme il traverse le livre.
Roman nocturne, enveloppant et musical, tout en érudition généreuse et humour doux-amer, « Boussole » est un voyage et une déclaration d’admiration, une quête de l’autre en soi et une main tendue – comme un pont jeté entre l’Occident et l’Orient, entre hier et demain, bâti sur l’inventaire amoureux de siècles de fascination, d’influences et de traces sensibles et tenaces, pour tenter d’apaiser les feux du présent.


Daniel Pennac - Monsieur Malaussène (éditions Gallimard)Daniel Pennac – Monsieur Malaussène (éditions Gallimard)

Et si pour une fois, la tribu Malaussène s’agrandissait par le fils, et non par la mère ? Et si Malaussène, rescapé, recousu, réanimé d’un précédent épisode (La Petite Marchande de prose) décidait de sauter le pas avec sa Julie d’amour, revenue elle aussi d’encore plus loin (La Fée carabine) ? C’est vrai que d’habitude, dans la tribu, on fête une naissance à chaque fois que la mère est amoureuse : elle part vivre son amour loin des yeux mais jamais loin du cœur, et puis elle « réapparaît », enceinte, pour repartir sitôt le petit nouveau bien arrivé. Mais cette fois, elle est revenue toute seule, désemparée et muette. Alors, c’est au tour de Ben de prendre la relève. Sauf qu’évidemment, à Belleville, ça ne peut pas se passer aussi simplement : sinon on ne serait pas chez les Malaussène… Pour la quatrième fois, Pennac nous fait la grâce de redonner vie à son héros, et comme les enfants quand Ben leur raconte des histoires, on se surprend presque à crier « la suite, la suite !  » –Karla Manuele


Annie Ernaux - Les armoires vides (éditions Folio)Annie Ernaux – Les armoires vides (éditions Folio)

« Ça suffit d’être une vicieuse, une cachottière, une fille poisseuse et lourde vis-à-vis des copines de classe, légères, libres, pures de leur existence… Fallait encore que je me mette à mépriser mes parents. Tous les péchés, tous les vices. Personne ne pense mal de son père ou de sa mère. Il n’y a que moi. »
Un roman âpre, pulpeux, celui d’une déchirure sociale, par l’auteur de La place.


J.D. Salinger - Nouvelles (éditions Pocket)J.D. Salinger – Nouvelles (éditions Pocket)

 » Il y avait à l’hôtel quatre-vingt-dix-sept publicistes de New York. Comme ils monopolisaient les lignes interurbaines, la jeune femme du 507 dut patienter de midi à deux heures et demie pour avoir sa communication. Elle ne resta pas pour autant à ne rien faire. Elle lut un article d’une revue féminine de poche intitulée « Le sexe, c’est le paradis ou l’enfer ». Elle lava son peigne et sa brosse. Elle enleva une tache sur la jupe de son tailleur beige. Elle déplaça le bouton de sa blouse de chez Saks. Elle fit disparaître deux poils qui venaient de repousser sur son grain de beauté. Lorsque enfin le standard l’appela, elle était assise sur le rebord de la fenêtre et finissait de vernir les ongles de sa main gauche. »


Vercors - Le silence de la mer (éditions Livre de poche)Vercors – Le silence de la mer (éditions Livre de poche)

Sous l’Occupation, une famille française est contrainte de loger Werner von Ebrennac, un officier allemand : c’est un homme de grande culture, souriant, sensible et droit.

Pourtant, soir après soir, le nouveau maître du pays ne trouvera que le silence obstiné de ses hôtes, un silence au creux duquel apparaît toute « la vie sous-marine des sentiments cachés, des désirs et des pensées qui luttent ».

Le Silence de la mer, devenu un classique traduit dans le monde entier, loué, étudié, adapté au cinéma, est le premier grand livre de la Résistance où Jean Bruller, alias Vercors, a su dépeindre l’amertume et le désespoir de ces années de « catacombes », tout en catalysant avec force les vertus d’un humanisme conscient de ses devoirs.


Laurent Gaudé - Cri (éditions Babel)Laurent Gaudé – Cri (éditions Actes Sud)

Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M’Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d’où ils s’élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l’insoutenable fraternité de la guerre de 1914.
Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore, retentit l’horrible cri de ce soldat fou qu’ils imaginent perdu entre les deux lignes du front,  » l’homme-cochon « .

A l’arrière, Jules, le permissionnaire, s’éloigne vers la vie normale, mais les voix de ses compagnons d’armes le poursuivent avec acharnement.

Elles s’élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité. Dans ce texte incantatoire, l’auteur de La Mort du roi Tsongor (prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003) et du Soleil des Scorta (prix Goncourt 2004) nous plonge dans l’immédiate instantanéité des combats, avec une densité sonore et une véracité saisissantes.


Marguerite Duras - Un barrage contre le Pacifique (éditions Folio)Marguerite Duras – Un barrage contre le Pacifique (éditions Folio)

D’une facture romanesque relativement classique, l’ancrage des personnages de ce roman dans le réel préfigure cependant cette « écriture de l’indicible » qui marquera plus tard la singularité de l’écrivain.
« Un barrage contre le Pacifique » inaugure une série de romans d’inspiration autobiographique ayant pour cadre le Vietnam. Le récit s’articule autour du personnage de la mère, une femme qui, dans sa lutte contre la misère, brave à s’en rendre folle les obstacles infranchissables qui se présentent à elle.
À l’image du titre, les ambitions, aussi nobles soient-elles, ne peuvent être que démesurées et toute tentative s’avère inéluctablement vouée à l’échec. Lorsque tout finit par être rongé, sali, violé, c’est aller au-delà de la souffrance, au-delà du pathétique. Car la douleur est sans fond, la perte est définitive, aucune trace de compassion dans ce roman de l’irrémédiable.
Une œuvre qui n’émeut pas mais qui bouleverse, parce qu’elle exprime le réel à l’état brut dans la trivialité de la concupiscence, dans la perte de toute émotion, dans l’acharnement à vouloir survivre malgré les autres. – Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot


Nina Bouraoui - L'âge blessé (éditions Livre de poche)Nina Bouraoui – L’âge blessé (éditions Livre de poche)

Deux voix se répondent.
Une femme et un enfant. Deux voix vont de la terre vers le ciel, de la peur vers la douceur, d’une forêt dense et serrée vers une nature immense et généreuse. L’Age blessé réunit le début et la fin de la vie. C’est un chant qui rapporte le merveilleux de l’enfance. C’est un conte mystérieux. C’est une quête de Dieu. A travers ces deux personnages, projections de la mémoire et de l’affectivité, Nina Bouraoui poursuit et serre au plus près l’ambition qui donnait déjà sa force au Bal des murènes : donner corps, à travers les mots, par le charme d’une écriture tendue, exigeante, proche du poème, aux palpitations les plus élémentaires – désir, peur, répulsion – de l’être cloîtré en lui-même, entre la souffrance primordiale et la recherche de la grâce.


Tracy Chevalier - La Dame à la Licorne (éditions La Table Ronde)Tracy Chevalier – La Dame à la Licorne (éditions La Table Ronde)

Désireux d’orner les murs de sa nouvelle demeure parisienne, le noble Jean Le Viste commande une série de six tapisseries à Nicolas des Innocents, miniaturiste renommé à la cour du roi de France, Charles VIII. Le commanditaire est riche, il rêve de grandes scènes de chasse et de batailles. Surpris d’avoir été choisi pour un travail si éloigné de sa spécialité, l’artiste accepte après avoir entrevu la fille de Jean Le Noble dont il s’éprend. Elle deviendra l’inspiratrice et le modèle des tapisseries.
Cette passion entraînera Nicolas dans le labyrinthe de relations délicates entre maris et femmes, parents et enfants, amants et servantes.
A Bruxelles, le lissier Georges de La Chapelle est confronté au plus grand défi de sa carrière. Jamais il n’a accepté un travail aussi ambitieux dans des délais aussi brefs. Mais les commandes sont rares et le marchand est puissant. Toute la vie de son atelier et de sa famille en sera bouleversée.
En élucidant le mystère d’un chef-d’oeuvre magique, Tracy Chevalier ressuscite un univers de passion et de désirs dans une France où le Moyen Age s’apprête à épouser la Renaissance.


Marguerite Yourcenar – L’Œuvre au Noir (éditions Folio)

En créant le personnage de Zénon, alchimiste et médecin du XVIe siècle, Marguerite Yourcenar, l’auteur des Mémoires d’Hadrien, ne raconte pas seulement le destin tragique d’un homme extraordinaire. C’est toute une époque qui revit dans son infinie richesse, comme aussi dans son âcre et brutale réalité ; un monde contraste où s’affrontent le Moyen Age et la Renaissance, et où pointent déjà les temps modernes, monde dont Zénon est issu, mais dont peu à peu cet homme libre se dégage, et qui pour cette raison finira par le broyer.