La servante écarlate de Margaret Atwood

La servante écarlate de Margaret Atwood

La servante écarlate paraît pour la première fois en 1985 et se vend à plusieurs millions d’exemplaires à travers le monde. Banni dans certains lycées, il est – au même titre que le 1984 d’Orwell – devenu un classique de la littérature anglophone. Son autrice est Canadienne où elle a enseigné la littérature et sort en 1969, son premier roman intitulé La Femme comestible. Elle y aborde ce qui sera ses thèmes de prédilection : l’aliénation de la femme et la société de surconsommation. Elle est désormais l’autrice d’une quarantaine de livres dont certains primés.

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

J’ai découvert La Servante écarlate avec la série diffusée sur OCS puis avec le roman d’Atwood. Normalement, je préfère toujours lire l’oeuvre originale avant de voir son adaptation mais je dois avouer que c’est la seule fois où cela ne m’a pas dérangée. Après avoir regardé plus de la moitié de la saison en quelques heures, je suis totalement prise par l’intrigue et passe ma nuit à en faire des cauchemars !
Dès lors, je n’ai plus qu’une idée en tête : me procurer le livre aussi vite que possible.

la servante écarlate the handmade's tale margaret atwood série ocs
Elisabeth Moss, « Defred » dans la série The Handmaid’s Tale

Dans La Servante écarlate nous suivons June, renommée Defred. Ici, même le prénom désigne les femmes fertiles comme étant la possession d’hommes hauts placés. Le récit est assez court et Defred en est la narratrice. Elle nous y relate son quotidien partagé entre cérémonies, sorties pour aller faire les courses alimentaires et nombreux temps morts. C’est durant ces derniers qu’elle se livre, s’oublie dans ses pensées. Elles peuvent parfois sembler décousues comme si Defred cherchait à prendre de la distance vis-à-vis des événements.
La plupart du temps, elle pense à sa famille… Séparée de force de son mari, on lui a également enlevé sa fille. C’est pour eux qu’elle tient, qu’elle se bat et reste en vie. Elle veut les retrouver coûte que coûte.

Dystopie féministe ?

Rappelons-le, une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur. Bien souvent, elle est la critique d’une système politique ou idéologique.

La servante écarlate décrit les évolutions politiques visant à prendre le contrôle des femmes, particulièrement celui de leur corps et de leurs fonctions reproductrices.

la servante écarlate the handmaid's tale illustration par Anna Elena BalbussoCela en fait-il pour autant une dystopie féministe ? L’autrice s’explique à ce sujet : « Dans une dystopie pure et simple, tous les hommes auraient des droits bien plus importants que ceux des femmes. […] Mais Gilead est une dictature […] construite sur le modèle d’une pyramide, avec les plus puissants des deux sexes au sommet à niveau égal – les hommes ayant généralement l’ascendant sur les femmes -, puis des strates de pouvoir et de prestige décroissants, mêlant toujours hommes et femmes. »

Ce qui fait la force du roman est la règle que s’est imposée son autrice Margaret Atwood : « Je n’inclurais rien que l’humanité n’ait pas déjà fait ailleurs ou à une autre époque, ou pour lequel la technologie n’existerait pas déjà. » Les pendaisons en groupe, les victimes déchiquetées par la foule, les tenues propres à chaque caste et à chaque classe, les enfants volés par des régimes et remis à des officiels de haut rang, l’interdiction de l’apprentissage de la lecture, le déni du droit à la propriété… La Servante écarlate est un condensé des pires aptitudes humaines… La véracité de ces traits d’Histoire rend l’oeuvre encore plus glaçante, crédible et nous pousse à nous demander « Combien de temps nous reste-t-il avant que cela n’arrive ? »

La servante écarlate – Margaret Atwood (Pavillons Poche, Robert Laffont)

Steak machine de Geoffrey Le Guilcher

Steak machine de Geoffrey Le Guilcher

Vous n’êtes pas sans l’ignorer, je suis assez amatrice de ce genre de lectures. Végane depuis quelques années, je me passionne pour tout ce qui a trait à la cause animale. Loin de « prêcher une convaincue », j’essaie de me renseigner et de lire au maximum sur ce sujet.
Steak Machine (publié aux Editions Goutte d’Or) m’a été prêté par une amie et porte sur les travailleurs d’un abattoir de Bretagne. Une enquête fondée davantage sur l’aspect social qu’animal donc, que notre consommation carnée engendre.

Comme beaucoup d’entre nous, Geoffrey Le Guilcher a été élevé autour de repas omnivores. Alors, quand il reçoit un matin un texto de son éditrice lui demandant s’il serait capable de se faire embaucher dans un abattoir, les premiers doutes s’installent…

Le « paradoxe de la viande » ou la dissonance cognitive

La dissonance cognitive est l’incompatibilité engendrée par deux croyances opposées. D’un côté « j’aime la viande » mais de l’autre « je ne veux pas faire souffrir un animal ». La réaction de l’auteur dès la première page en est alors le parfait exemple :

Je suis un « viandard ». Je vis près du métro La Chapelle, à Paris, où l’indien, le grec (en réalité turc), le japonais (en réalité chinois), le marocain et l’italien (en réalité français) devancent mes attentes de carnivore. Pourquoi irais-je tout gâcher en allant enquêter dans une boucherie géante ?

Et cela, les entreprises du secteur agroalimentaire spécialisées dans l’abattage des animaux et la transformation des viandes l’ont bien compris. Pour continuer à vendre, il faut matraquer l’audience à grand renfort de publicités montrant des animaux heureux. Cacher la vérité, par tous les moyens.

Lors de son infiltration de plus d’un mois au cœur de l’abattoir, Geoffrey Le Guilcher en sera témoin plusieurs fois. Au niveau de la tuerie (l’endroit où les bêtes sont étourdies et que leurs gorges sont tranchées) un mur a été érigé. La raison ? Empêcher les visiteurs de voler des images avec leurs téléphones. Images qui pourraient leur porter préjudice, l’abattage ne se faisant pas toujours dans les règles.

Depuis les vidéos tournées clandestinement dans les abattoirs français et rendues publiques par l’association L214, un vent de panique souffle dans les abattoirs et il est encore plus difficile d’y avoir accès. Armé d’une nouvelle apparence, d’une fausse identité et d’un CV imaginaire, notre journaliste – coaché par l’un des fondateurs de L214 (persona non grata dont la photo est placardée dans tous les abattoirs) – arrivera cependant à y être embauché.

Travail à la chaîne pour les « damnés de la viande »

C’est ainsi que notre journaliste les appelle. Car Steak Machine leur est dédié, à ces travailleurs cachés des abattoirs. Victimes au même titre que les animaux, ils sont nombreux à vouloir y être embauchés au péril de leur santé. Et cela peut se comprendre : places disponibles, salaires acceptables, nombreux avantages… Les abattoirs ont d’ailleurs toujours accueilli les vagues d’immigration qui ont touché la France au fil des années.

Steak Machine offre une réflexion sur un système et ses limites. Une enquête qui fait froid dans le dos et met en perspective nos habitudes de consommation sans mettre tout à fait de côté ces personnes qui, grâce à cela, réussissent à vivre et faire vivre leurs proches. C’est d’ailleurs la pierre angulaire de ce livre. Geoffrey Le Guilcher nous dresse des portraits touchants de ses collègues, décrit les moments sincères partagés avec ceux à qui il a été obligé de cacher son identité et ses réelles motivations.

Écoute-moi bien de Nathalie Rykiel

Écoute-moi bien de Nathalie Rykiel

« Écoute-moi bien », voilà l’invitation d’une fille à sa mère. « Écoute-moi bien à travers ce portrait, cette déclaration d’amour, cette lettre d’au revoir que je te fais » semble dire Nathalie à sa mère Sonia Rykiel.

Courageuse, indépendante, avant-gardiste et mère.

Quoi de plus personnel que de coucher sur papier ses pensées et souvenirs d’une mère sur le point de nous quitter ? Et pourtant il n’est pas difficile d’imaginer que « l’exercice » devient délicat lorsqu’il s’agit de narrer une figure publique, icône de la mode mondialement connue…

nathalie et sonia rykiel Écoute-moi bien

En effet, Sonia Rykiel qui a ouvert sa maison en 1968, s’est fait connaître avec ses tricots et rayures. En quarante ans de créations, elle a fait souffler sur la mode un vent de liberté.

Écoute-moi bien ne met pas pour autant le lecteur lambda dans une position voyeuriste. Nathalie Rykiel réussit à transmettre des émotions universelles tout en force et délicatesse.

Elle y dépeint la relation si spéciale qui les lie l’une à l’autre, en tout sincérité. Dans la forme, si le manque de ponctuation peut tout d’abord surprendre, on se laisse emporter par le tourbillon des souvenirs dévoilés au rythme des pensées de son autrice. Écrire pour continuer à lui parler, pour se souvenir, ne pas oublier. Écoute-moi bien est plein de cette urgence, de cette évidence, de cette énergie. Un texte pour faire le deuil mais avant tout un texte sur la vie et la transmission.

Pourtant il suffisait de regarder ma mère, de la regarder vivre pour vouloir que la vie lui ressemble, tout paraissait mièvre et fade à part elle. Et dans son existence visiblement, rien n’était figé, mesuré, immuable. C’était cela avant tout qu’elle me transmettait.

 

Écoute-moi bien, Nathalie Rykiel publié aux Éditions Stock.

Le un : la revue hebdomadaire indépendante

Le un : la revue hebdomadaire indépendante

Peut-être êtes-vous déjà familier avec cette revue hebdomadaire. Depuis quelques années maintenant, Le Un propose un journal qui invite ses lecteurs à la réflexion…

« Un journal pour ralentir et réfléchir »

Nous croyons en l’intelligence des lecteurs. À leur capacité à se forger leur propre opinion.
Dans le 1, vous trouverez de nouvelles idées, des opinions différentes, et des contributeurs qu’on ne lit pas ailleurs.
Écrivains, scientifiques, chercheurs, économistes, poètes, artistes, sociologues, réalisateurs, politistes, anthropologues, se confrontent sans jamais s’affronter.

Chaque semaine (en l’occurrence le mercredi), Le Un se penche sur un seul grand sujet d’actualité et aide ses lecteurs à le comprendre. Voulant faire face à un déferlement d’informations, de nouvelles, d’actualités, Le Un a voulu offrir une nouvelle expérience de presse. Pour cela, la revue ne dépend d’aucun groupe financier ni publicitaire et est donc totalement indépendante afin de garantir une information fiable.

Son contenu promet une heure de lecture pour s’aérer l’esprit et le muscler avec de nouvelles idées. Son petit format en fait le compagnon idéal des transports en commun par exemple !

Pour ma part, j’ai pu tenter l’expérience avec un numéro un peu spécial : le hors-série de l’été 2017. Pour la deuxième année consécutive, il y propose – en partenariat avec France 5 et La Grande Librairie – un recueil de nouvelles choisies avec soin par l’équipe.

le un revue hebdomadaire

J’aime :

L’idée d’une revue totalement indépendante, la qualité des textes publiés et la mise en avant d’un artiste (ici Sheina Szlamka) qui met en illustration ces derniers.

Où trouver Le Un ?

En kiosques, en maisons de la presse ou directement dans votre boîte aux lettres si vous choisissez l’abonnement !

Tenté par l’expérience ?

Interessé ou simplement curieux, sachez que Le Un offre le premier numéro.

 

Intempérie de Javi Rey

Intempérie de Javi Rey

Intempérie est un roman graphique publié chez Dupuis dans sa collection Aire Libre. Il est l’adaptation éponyme du roman de Jesús Carrasco paru en 2013 et qui avait alors obtenu le prix du meilleur roman de langue espagnole en 2013.

D’une fugue à la fuite

Javi Rey nous fait (re)découvrir ici l’histoire d’un jeune garçon qui a fuit un entourage violent avant de trouver refuge auprès d’un vieux chevrier solitaire et bourru. Les deux hommes vont s’apprivoiser et lier une relation hors du commun. Fuyant vers le nord accompagnés du troupeau, la survie est le mot d’ordre. Il faut trouver de l’eau, de quoi manger et ne jamais rester sur place, d’autant plus qu’ils sont poursuivis par l’alguazil (le nom que portaient en Espagne les agents de police qui remplissaient à la fois les fonctions d’huissier, de sergent de ville et de gendarme) et ses sbires.

Ne vous fiez pas à ce pitch somme toute classique, Intempérie est tout sauf banal ! L’oeuvre dans sa globalité dégage une véritable force où tous les sens sont mis à contribution.

Le travail sur la couleur est parfois déroutant tant il arrive à nous transporter entre deux états. D’une part celui où ses couleurs nous font ressentir le soleil sur notre peau, entendre le chant des cigales et sentir les odeurs de terre sèche. D’autre part l’atmosphère âpre des flash-back et cauchemars, froide à nous glacer le sang.

intemperie javy rey

Les premières illustrations qui s’offrent à nous sont celles de la mort et elle ne nous quittera plus par la suite. Elle se trouve partout : sur chaque visage, dans chaque lieu, dans ses paysages inhospitaliers, terres arides où rien ne pousse ni ne subsiste. Le jeune garçon lui-même semble sans âge et erre entre la réalité et ses cauchemars, son jeune âge et la fin de son innocence…

L’histoire est d’une violence inouïe mais la mise en scène n’en demeure pas moins emplie de pudeur et sait prendre de la distance lorsque nécessaire. À l’image du chevrier taiseux, Intempérie comporte peu de textes et dialogues et ils se savourent alors d’autant plus. Une vraie belle réussite qui donne envie de découvrir le travail de Jesús Carrasco.

Dernières lectures BD : coups de cœur et déceptions

Dernières lectures BD : coups de cœur et déceptions

Je reprends du service après presque un mois d’absence. Un mois qui ne s’est pas fait sans lectures BD puisque j’en ai lues plus d’une vingtaine ! Stage en bibliothèque oblige, l’offre et la tentation étaient bien trop grandes… À mon plus grand bonheur ! Retour sur mes albums coups de cœur mais aussi quelques déceptions…


Le perroquet Espé GlénatLe perroquet, Espé 

Glénat (2017)

Le perroquet est narré d’après le point de vue et le vécu de Bastien lorsqu’il avait 8 ans. Il y raconte son quotidien, différent de celui des autres garçons puisque sa maman souffre de troubles bipolaires à tendance schizophrénique. Dessins et couleurs participent à la retranscription de cette enfance partagée entre moments de tendresse et de détresse. On termine cette lecture avec la chair de poule et les larmes aux yeux.


Polina Bastien Vivès Casterman Polina, Bastien Vivès 

Casterman (2011)

La petite Polina s’apprête à passer une audition dans une des écoles les plus prestigieuses de danse classique. Malgré une performance en demi teinte, elle sera acceptée et prise en main par le professeur Bojinski, aussi craint que respecté. Dans un milieu artistique très rigoureux, Polina devra faire ses propres expériences et choix. Un parcours initiatique tout en mouvements et douceur grâce à la maestria de Bastien Vivès.


Habibi Craig Thompson CastermanHabibi, Craig Thompson 

Casterman (2011)

Dodola et Zam sont deux enfants esclaves qui vont se rencontrer, s’échapper et vivre ensemble à l’abri des regards dans un désert pollué du moyen-orient. Si jeunes et possédant déjà un passé tragique, ils vont malheureusement finir par être séparés. Ils vont devoir traverser beaucoup d’épreuves avant de pouvoir espérer être réunis. Habibi mêle à sa trame principale de nombreux contes, paraboles religieuses et sourates du coran qui servent le récit.  Ce roman graphique aborde de nombreux thèmes passionnants comme la représentation et la place réservées aux femmes, la question environnementale et un questionnement spirituel. Ne soyez pas impressionné par ce pavé de plus de 600 pages car chaque chose a sa place et le tout se lit d’une traite.


Dans la forêt sombre et mystérieuse Winshluss GallimardDans la forêt sombre et mystérieuse, Winshluss 

Gallimard (2016)

La nouvelle vient de tomber : la grand-mère d’Angelo est très malade et il faut vite aller lui rendre visite. Toute la famille embarque dans la voiture familiale mais Angelo est oublié sur une aire d’autoroute… Le petit garçon ne se laisse par abattre et décider de se rendre à destination en coupant à travers la forêt où il rencontre créatures et personnages plus atypiques les uns que les autres. Le périple ce transforme en Aventure avec un grand A. Chaque page est bourrée d’humour et de situations décalées jusqu’à sa surprenante happy end.


7ème étage Asa Grennvall L'Agrume7ème étage, Åsa Grennvall 

L’Agrume (2013)

Åsa intègre une école d’art où elle ne tarde pas à se faire des amis. Sa personnalité et son style biens à elle la font se fondre à merveille dans ce nouvel environnement. Tout lui sourit jusqu’à ce garçon parfait qui s’intéresse à elle. Peu à peu, l’idylle va pourtant se transformer en cauchemar jusqu’à l’irréparable. Glaçant, ce récit écrit comme un journal intime est porté par son autrice qui a fait et continue de faire preuve de beaucoup de courage en nous partageant son vécu.


Jean Doux et le mystère de la disquette molle Philippe Valette DelcourtJean Doux et le mystère de la disquette molle, Philippe Valette 

Delcourt (2016)

Après l’inénarrable Georges Clooney, Philippe Valette fait son grand retour. Plongée dans les années 80 au cœur d’une entreprise spécialisée dans les broyeuses à papier. Notre héros Jean Doux arrive malencontreusement en retard  à une réunion très importante. Las du quotidien de la vie de bureau, il part s’échapper quelques instants dans un local abandonné. Là, il tombe sur une disquette molle, vestige d’un temps révolu qui semble détenir de sombres secrets. S’ensuit alors une enquête pour tenter de sauver l’entreprise. Drôle, décapant, j’espère retrouver un jour Jean Doux pour de nouvelles aventures !


Le singe de Hartlepool Wilfrid Lupano et Jérémie Moreau DelcourtLe singe de Hartlepool, Wilfrid Lupano et Jérémie Moreau 

Delcourt (2012)

Début du 19ème siècle durant les guerres napoléoniennes, un navire français fait naufrage au large de Hartlepool. Seul survivant : un chimpanzé arraché à sa famille et devenu animal de compagnie de l’équipage. Attifé comme un français, son uniforme tricolore semble tromper tout le monde jusqu’aux habitants de la ville d’Angleterre qui, au fond, n’ont jamais vu de français… Il est décidé d’en faire un exemple, le singe est alors écroué et traîné en justice. Légende du folklore anglais, Le Singe de Hartlepool fait état de la folie des hommes et de la guerre.


Aya de Yopougon Marguerite Abouet et Clément Oubrerie GallimardAya de Yopougon, Marguerite Abouet et Clément Oubrerie 

Gallimard (2005)

Côte d’Ivoire, 1978. Aya a dix-neuf ans et vit à Yopougon, quartier populaire d’Abidjan. Élève sérieuse se concentrant sur ses études, elle veut un avenir différent des autres. Son rêve ? Devenir médecin pour échappper à la fameuse série C : coiffure, couture et chasse au mari qui semble toucher de plus en plus ses amies. Toute une galerie de personnages et de nombreux thèmes sont abordés dans Aya de Yopougon rendant cette série riche et pleine d’espoirs.


L'adoption Zidrou et Arno MoninBamboo ÉditionL’adoption, Zidrou et Arno Monin 

Bamboo Éditions (2016)

Qinaya est une petite orpheline péruvienne de 4 ans. Adoptée par une famille française, elle va chambouler le quotidien de toute une famille et surtout Gabriel, le « papy ronchon » qui va devoir apprendre à devenir grand-père. Si le tout est touchant, la fin apporte vraiment un autre souffle au récit dont on a envie de lire la suite. Suite qui paraît d’ailleurs dans quelques jours…


Les rêveries d'un gourmet solitaire Jirô Taniguchi et Masayuki Kusumi CastermanLes rêveries d’un gourmet solitaire, Jirô Taniguchi et Masayuki Kusumi 

Casterman (2016)

Le Japon et la gastronomie : une grande histoire d’amour ! Cette ouvrage et la réussite qui l’entoure en sont l’exemple criant. Entre deux rendez-vous et voyages d’affaire, tous les prétextes sont bons pour notre gourmet solitaire affamé de découvrir un petit restaurant japonais. Une BD qui mêle découvertes culinaires donc mais également culture japonaise. À lire le ventre plein.


Dans la peau d'un jeune homo Hugues Barthe HachetteDans la peau d’un jeune homo, Hugues Barthe 

Hachette (2006)

Hugo a 14 ans et se sent plus attiré par les hommes. Âge ingrat oblige, son corps change, ses envies se précisent, la pression sociale se fait de plus en plus forte. Mais voilà, il ne sait pas à qui en parler : ses camarades de classe sont si différents et son frère à l’exact opposé de lui… Est-ce une passade ? Suis-je normal ? Autant de questionnement par lesquels Hugo va passer jusqu’à accepter et faire son coming-out. Une BD sans prétention écrite comme un guide ou un journal intime où Hugues Barthe nous fait preuve de sa propre expérience adolescente.


Amitié étroite Bastien Vivès CastermanAmitié étroite, Bastien Vivès 

Casterman (2009)

Francesca et Bruno partagent un lien d’amitié très fort que peu comprennent. A l’opposé l’un de l’autre ils ressentent pourtant ce besoin irrépressible de se voir régulièrement. Pourtant, lorsque Bruno entame une histoire d’amour, Francesca vit mal la situation et remet en question les sentiments qu’elle éprouve pour son ami. Relation ambiguë qui se mue peu à peu en amour sincère, Bastien Vivès décrit avec justesse cette histoire naissante tout en tendresse.


L'enterrement de mes ex Gauthier 6 Pieds Sous TerreL’enterrement de mes ex, Gauthier 

6 Pieds Sous Terre (2015)

Le premier émoi télévisuel de Charlotte se fait à travers Jane, dans Jane et Serge. Elle s’inscrit alors au volley pour partager la sueur et les douches de ses camarades. Déjà, elle se sent différente des autres. Elle tisse des amitiés étroites avec quelques filles et ne comprend pas toujours les sentiments qui l’habitent. De l’amitié à l’amour, le pas est vite franchi et ses premières déceptions sentimentales ne se font pas attendre. Pour elle, il ne s’agit pas seulement d’expérience mais bien de réels sentiments. Partagé entre plusieurs chapitres qui représentent des périodes charnières, nous suivons Charlotte jusqu’à l’âge adulte à travers expériences et découverte de soi.


 

Jane, le renard & moi Fanny Britt et Isabelle Arsenault La PastèqueJane, le renard & moi, Fanny Britt et Isabelle Arsenault 

La Pastèque (2013)

Nous découvrons Hélène en pleine période sombre. Rejetée par ses camarades, elle se retrouve seule à l’école. En plus, elle n’aime plus vraiment son corps… Elle se réfugie alors dans le monde de Jane Eyre dont la lecture l’aide à s’échapper pour quelques instants…

Un roman graphique tout en poésie qui aborde le thème du harcèlement scolaire. Les illustrations d’Isabelle Arsenault sont un must !


Idéal standard Aude Picault DargaudIdéal standard, Aude Picault 

Dargaud (2017)

Alors qu’elle vient de passer la barre fatidique des 30 ans, Claire est toujours célibataire. Autour d’elle, ses amies sont en couple, mariées et parfois déjà mères. Et ce n’est pas à son travail en néonatalogie que la pression sociale diminue. En rencontrant Franck, elle veut se persuader que cette fois c’est le bon, qu’elle va pouvoir construire quelque chose de solide. Mais entre attentes et réalités, le fossé est parfois énorme

Loin des clichés des célibattantes, Idéal standard est réaliste et aborde des thèmes importants tels que l’accomplissement personnel, le couple, le désir, l’indépendance…


Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill Jean Regnaud et Emile Bravo GallimardMa maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill, Jean Regnaud et Emile Bravo 

Gallimard (2007)

C’est la panique pour Jean alors qu’à la rentrée des classes, l’institutrice demande la profession des parents. Son père est patron ça il en est sûr mais sa mère ? Il ne sait quasiment rien d’elle et pour éviter d’être différent, il va inventer. Elle sera secrétaire, après tout, pourquoi pas ? Cela fait si longtemps qu’il ne l’a pas vue. Mais elle va bientôt revenir, elle est en Amérique et lui envoie des cartes que lui lit sa voisine… Une jolie BD pour aborder en douceur la perte.


L'apocalypse selon Magda Chloé Vollmer-Lo et Carole Maurel DelcourtL’apocalypse selon Magda, Chloé Vollmer-Lo et Carole Maurel 

Delcourt (2016)

L’apocalypse annoncée il y a un an n’aura finalement pas lieu. Alors que l’humanité entière se réjouit de cette nouvelle, Magda 14 ans, est dévastée. Pour comprendre sa réaction il faut revenir quelques mois en arrière. Magda a trop peu vécu, expérimenté, elle ne peut et ne veut pas mourir vierge de toutes expériences. Elle n’est pas la seule à décider alors d’embrasser la vie et tout ce qui s’offre à elle, vite, trop vite peut-être…


Conduite interdite Chloé Wary SteinkisConduite interdite, Chloé Wary 

Steinkis (2017)

Nour rentre en Arabie Saoudite après avoir passé 5 ans à Londres. Elle trouve son pays natal bien rétrograde sur la question féminine par rapport à l’Angleterre où elle a pu y être libre et étudier ce qu’elle souhaitait. Elle souffre de cette contradiction : elle aime son pays mais ne peut s’y accomplir. Conduite interdite est l’histoire vraie d’un collectif de femmes qui en 1990, a pris le volant dans un pays qui interdit aux femmes de conduire. Si cette BD a à priori tout pour me plaire elle évoque trop rapidement des sujets importants et aurait mérité d’être bien plus approfondie.


Facteur pour femmes Didier Quella-Guyot et Sébastien Morice Bamboo ÉditionFacteur pour femmes, Didier Quella-Guyot et Sébastien Morice 

Bamboo Éditions (2015)

La Première Guerre mondiale éclate et vide une petite île bretonne de ses hommes. Il ne reste plus que les enfants, les vieux, les femmes… et les infirmes. Maël, en plus d’un pied-bot, est jugé simple d’esprit par les habitants de l’île. Pour cela, il n’est pas mobilisé mais devient le facteur attitré. Sa tâche consiste à livrer aux femmes les lettres de leurs hommes partis au front. Seul homme vigoureux, il devient très vite le confident et l’amant de ces femmes qui se sentent bien seules. Difficile de s’attacher au personnage principal, ce Maël qui est repoussant dans bon nombre de ses actes…


Tu sais ce qu'on raconte Gilles Rochier et Daniel Casanave WarumTu sais ce qu’on raconte, Gilles Rochier et Daniel

Warum (2017)

Tu sais ce qu’on raconte, c’est l’histoire d’une rumeur qui enfle et est reprise par tous les habitants du village… À tel point qu’on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Le procédé, la construction et le postulat sont louables mais l’ensemble reste tout de même anecdotique et ne fait pas de cette BD un ouvrage à lire et relire.


 

La favorite de Matthias Lehmann

La favorite de Matthias Lehmann

Dans La favorite de Matthias Lehmann (publiée chez Actes Sud), le ton est donné dès la première page. On y aperçoit Constance, une petite fille à l’allure terrorisée que surplombe une grand-mère plus proche de la sorcière que de la parente pétrie de douceur… Ses parents, elles ne les connaît pas. Ils seraient morts dans un accident quelconque. Élevée par ses grands-parents dans un château de la Brie, Constance n’a jamais été autorisée à sortir de la propriété. C’est sa grand-mère qui lui fait la classe et bien souvent elle est punie de manière plus que sévère. Le grand-père est plus affable bien que couard et consent par ses silences.

Différente et sciemment mise à l’écart, Constance ne se laisse pas pour autant abattre et continue – dès que le moment s’y prête – ses jeux d’enfant. Noirette la chatte du jardin l’accompagne dans ses aventures solitaires jusqu’à l’arrivée du nouveau personnel qui pourrait bien tout changer dans le quotidien cauchemardesque de l’enfant…

la favorite matthias lehmann actes sud bd bande dessinéeUne bande dessinée dont j’aurais aimé vous parler en long, en large et en travers. Il est cependant difficile de trop vous en parler sans gâcher tout la surprise et le plaisir liés à cette découverte bédéesque. Les illustrations pareilles à des gravures toutes en monochromie sont superbes et en accord parfait avec l’histoire qu’elles racontent. Le tout offre une sorte de mélange détonnant entre le graphisme sombre d’un Charles Burns et l’atmosphère onirique de l’enfance d’un Guillaume Bianco… Une réussite !


 

Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh

Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh

Le bleu est une couleur chaude a remporté (entre autres) le Prix du public Fnac-SNCF lors du Festival d’Angoulême en 2011. En 2013, il a été porté à l’écran par Abdellatif Kechiche dans La vie d’Adèle qui a reçu la Palme d’or du Festival de Cannes. Cette adaptation est librement adaptée de la bande dessinée de Julie Maroh.

Clémentine et Emma

Le tragique de l’histoire s’affirme dès les premières pages. Emma vient passer une nuit chez sa compagne décédée. Clémentine lui a légué son premier journal intime qu’elle avait reçu à ses 15 ans. L’occasion pour nous lecteurs de découvrir la genèse de ce lien entre les deux jeunes femmes.

Clémentine est au lycée où elle va bientôt passer son bac. Élève studieuse tout semble lui réussir : elle est entourée de tout un groupe d’amis et un garçon plus âgé s’intéresse à elle. Ce dernier s’appelle Thomas et va devenir son petit ami.  Si tout semble bien se passer entre eux, Clémentine n’arrive pas à être tout à fait à l’aise. Un jour, elle croise une femme à la chevelure bleue… Cette rencontre est une révélation pour Clémentine. La femme aux cheveux bleus ne va dès lors plus quitter ses pensées et son inconscient. En effet, les premiers rêves érotiques apparaissent et avec eux la culpabilité. « Je suis une fille. Une fille doit sortir avec des garçons ».

Clémentine qui a finalement tout à apprendre de l’amour va subir le rejet des autres. Ce premier amour sera teinté d’amertume puisqu’elle va devoir faire face à l’homophobie ambiante, s’accepter et avoir la force de vivre cet amour au grand jour.

le bleu est une couleur chaude julie maroh éditions glénat bdLes personnages d’Emma et Clémentine sont inspirants. On ne peut qu’admirer la façon dont elles vivent (chacune différemment) cet amour, cette fierté de la différence. Chaque planche est totalement maîtrisée pour un rendu graphique éblouissant où la couleur est utilisée avec parcimonie et prend ici tout son sens (le fameux bleu d’Emma, cette couleur chaude). Chaque émotion est très bien retranscrite et rend les personnages très expressifs. Le bleu est une couleur chaude est avant tout une formidable histoire d’amour où le tragique se trouve mêlé à la douceur.

 

Bilan de mes lectures du mois de Mars

Bilan de mes lectures du mois de Mars

Le ventre de Paris est le troisième tome apparaissant dans l’ordre chronologique des Rougon-Macquart, juste après La Curée. L’action se déroule aux Halles centrales de Paris qui viennent d’être construites et sont alors le lieu d’un énorme marché à ciel ouvert. Un roman passionnant (autant historiquement que sociologiquement) et dur où les personnages gravitent autour des Halles et de sa nourriture en abondance qui est ici un symbole fort. Nous retrouvons dans Le Ventre de Paris les thèmes de prédilection d’Emile Zolaavec cette nouvelle construction apparentée à une sorte de monstre, un héros en marge qui « a eu faim toute sa vie » et qui rompt la tranquillité des petits bourgeois, ces « honnêtes gens ».

Si le passage vers une nouvelle année est l’occasion de se réunir en famille autour d’un bon repas, il est également générateur d’angoisses. Qui n’a jamais redouté un repas de famille ? Entre les tensions et les non-dits, il n’est pas toujours facile de passer un bon moment… Alejandro Palomas réussit le pari de nous présenter tout l’éclectisme d’une famille qui n’est finalement pas si éloignée de la nôtre. Les différents membres qu’elle compose se dévoilent au fil des pages et apprennent à se reconstruire, à ne pas avoir peur de vivre. En cela, Une mère est une ode à la vie touchante, qui fera écho en chacun de nous.

Bastet est une chatte domestiquée qui a accès à tout le confort que son espèce peut espérer. Il ne lui manque rien ! Ou presque… Sa vie prend un tournant lorsqu’elle rencontre son voisin de chatière nommé Pythagore. Au même moment le sort de l’Humanité est en train de basculer dans le terrorisme, la guerre, la peste et autres joyeusetés. Paris est ravagé par des incendies, des pillards et des milliers de rats. Et si le dernier espoir que nous avions résidait au cœur de nos foyers ?

À la suite d’un drame, le monde d’Emma plonge dans le désespoir. Ses amis font alors bloc autour d’elle pour tenter de lui redonner le goût de vivre…  Le roman profite d’une large palette de personnages construits et profonds. Chacun y a son rôle à jouer et représente un héros du livre à part entière. Mon midi mon minuit reste un roman léger malgré le thème abordé. Sa lecture fait naître plusieurs émotions – parfois diamétralement opposées – d’une page à l’autre et chaque lecteur en retirera quelque chose en fonction de son vécu et de sa personnalité.

Au gré de vos lectures, cela vous est forcément arrivé de tomber sur une coquille, un mot mal orthographié, une ponctuation manquante… Muriel Gilbert est correctrice au sein de Le Monde et œuvre à rendre plus belle la vie des lecteurs de France. Ces Confessions sont remplies de traits d’esprit, de petites astuces, d’exceptions de la langue française. Son autrice fait participer le lecteur qu’elle instruit par la même occasion de manière ludique. La lecture est fluide et nous arrache de nombreux sourires. Un livre à lire et relire qui n’est pas seulement réservé aux lecteurs pointilleux.

Emma vient passer une nuit chez sa compagne décédée. Clémentine lui a légué son premier journal intime qu’elle avait reçu à ses 15 ans. L’occasion pour nous lecteurs de découvrir la genèse de ce lien entre les deux jeunes femmes. Les personnages d’Emma et Clémentine sont inspirants. On ne peut qu’admirer la façon dont elles vivent (chacune différemment) cet amour, cette fierté de la différence. Chaque planche est totalement maîtrisée pour un rendu graphique éblouissant où la couleur est utilisée avec parcimonie et prend ici tout son sens. Chaque émotion est très bien retranscrite et rend les personnages très expressifs. Le bleu est une couleur chaude est avant tout une formidable histoire d’amour où le tragique se trouve mêlé à la douceur.

Élevée par ses grands-parents dans un château de la Brie, Constance n’a jamais été autorisée à sortir de la propriété. C’est sa grand-mère qui lui fait la classe et bien souvent elle est punie de manière plus que sévère. Le grand-père est plus affable bien que couard et consent par ses silences. Différente et sciemment mise à l’écart, Constance ne se laisse pas pour autant abattre et continue – dès que le moment s’y prête – ses jeux d’enfant. Noirette la chatte du jardin l’accompagne dans ses aventures solitaires jusqu’à l’arrivée du nouveau personnel qui pourrait bien tout changer dans le quotidien cauchemardesque de l’enfant…

Au bonheur des fautes de Muriel Gilbert

Au bonheur des fautes de Muriel Gilbert

Au gré de vos lectures, cela vous est forcément arrivé de tomber sur une coquille, un mot mal orthographié, une ponctuation manquante… Ces erreurs font partie intégrante du quotidien des lecteurs et si la plupart du temps elles ne sont pas légion, elles peuvent vite agacer, vous faire froncer les sourcils et sortir de votre lecture. Muriel Gilbert est correctrice et œuvre à rendre plus belle la vie des grammar nazi de France.
N’est-ce pas le plus beau métier du monde ?

Les correcteurs, cette espèce en voie d’extinction

Au bonheur des fautes est le livre qui m’a accompagnée durant toute la durée du Salon du livre de Paris. L’ironie veut que des correcteurs y manifestaient pour dénoncer leurs conditions de travail précaires, cause à laquelle j’étais de fait plus sensibilisée. À l’ère numérique, de plus en plus de contenus sont publiés mais de moins en moins de correcteurs sont embauchés. Le résultat de cette équation ne laisse que peu de possibilités : les lignes qui s’offrent à nos yeux sont truffées de fautes.

Une poignée de «virguleurs» exerce encore ce métier dans des bureaux de rédaction journalistique. C’est le cas de Muriel Gilbert, correctrice au journal Le Monde. Ce métier s’est finalement imposé à elle comme une évidence. Amoureuse des lettres, admiratrice des expressions québécoises (on la comprend !), insatiable de mots elle chérit… les fautes ! Sans les fautes d’orthographe elle ne pourrait bien entendu pas exercer son métier mais son rapport à ces dernières va bien au-delà. Elle sait faire preuve de bienveillance, redécouvrir le sens premier des mots dans les erreurs des enfants ou même des étrangers qui s’essaient à la langue de Molière.

La langue n’est pas gravée dans le marbre. […] Elle appartient à ceux qui la parlent, à ceux qui l’écrivent. Si elle est langue vivante, c’est grâce à eux. […] S’ils sont suffisamment nombreux à faire la même faute… elle devient la norme, et cesse tout bonnement d’en être une. Fautons ensemble !

Ces Confessions d’une dompteuse de mots sont remplies de traits d’esprit, de petites astuces, d’exceptions de la langue française. Son autrice fait participer le lecteur qu’elle instruit par la même occasion de manière ludique. La lecture est fluide et nous arrache de nombreux sourires. Un livre à lire et relire qui n’est pas seulement réservé aux lecteurs pointilleux.