Chronique de Mon ami Dahmer de Derf Backderf

Chronique de Mon ami Dahmer de Derf Backderf

Ma rencontre avec cette BD s’est faite totalement par hasard quand je l’ai piochée à la médiathèque. La couverture m’intriguait et notamment son style graphique dans la pure veine comics. Je n’avais alors aucune idée du sujet et savait seulement qu’il s’agissait d’un coup de cœur des bibliothécaires.

Mon ami Dahmer, jeunesse d’un tueur en série

Ne vous fiez pas au titre de la bande dessinée de Derf Backderf qui évoquerait une belle histoire d’amitié. Si Mon ami Dahmer parle bien des liens qui peuvent se nouer à l’adolescence dans un lycée lambda, son sujet principal est quelque peut différent. Jeff Dahmer, personnage central de l’oeuvre en question deviendra tristement célèbre pour ses futurs meurtres; 17 au total.

Mon ami Dahmer se penche sur l’adolescence du jeune homme et se termine juste avant qu’il ne commette son premier crime. La BD s’attarde sur les causes qui l’ont poussé à devenir ce qu’il est, cherche à comprendre… De fait, elle ne tombe jamais dans la facilité du sensationnalisme et cela est d’autant plus vrai que son auteur a connu Dahmer, a été dans la même classe que lui et on peut alors facilement imaginer les réflexions que cela a entraîné.

Le « cannibale de Milwaukee »

Aujourd’hui, c’est sous ce surnom que nous le connaissons. Dans les années 70, il est un adolescent comme les autres. Effacé, il se fond tout d’abord dans la masse d’un lycée surpeuplé. Il se fera de plus en plus remarquer à travers ses frasques ou dahmerismes (il simule des crises d’épilepsie et singe le discours inarticulé et tics spasmodiques d’une personne atteinte d’infirmité motrice cérébrale) qui lui attireront des « fans ». Il devient une sorte de « héros » qui fait rire son assemblée mais n’a pas pour autant de réel ami. Il reste un enfant « bizarre » et différent des autres qui remarquent son penchant pour l’alcool et sa fascination pour la mort.

mon ami dahmer derf backderf éditions ça et là

Alors, comment a-t-il pu en arriver là ? semble s’interroger Derf Backderf.
Comment un adolescent qui montre des troubles psychologiques évidents n’a-t-il jamais pu avoir accès à de l’aide ? En cela, Mon ami Dahmer soulève des questions pertinentes. Que ce soit à travers son entourage proche (famille, « amis ») ou éloigné (tout le corps enseignant), l’adolescent a toujours été comme transparent.

On ne saura jamais si sa malheureuse notoriété aurait pu être évitée mais ces 200 pages posent la question. Pour Dahmer qui avait déjà de fragiles bases, nous pouvons imaginer que ce sont plusieurs causes qui se sont accumulées jusqu’à le plonger dans l’irrémédiable. Mais alors, combien de jeunes gens sont perdus de la sorte, manquent d’encadrement, de structure familiale ou tout simplement d’une oreille attentive ? S’ils sont une minorité à franchir le pas d’une vie faite de crimes, c’est bien le « système sociétal » qui est mis en cause.

Mon ami Dahmer laisse également transparaître l’effroi d’adolescents qui apprennent à se construire et prennent tout à coup conscience qu’il peut exister des êtres mus par de telles pulsions et parfois même sur les bancs de la même école qu’eux.

Un témoignage de longue haleine

mon ami dahmer derf backderf éditions ça et làAu total, il aura fallu à son auteur 20 ans pour être satisfait de Mon ami Dahmer. Pourquoi tant de temps ? Backderf a dû faire face à ses propres démons et décider de ce qu’il ferait de ses propres souvenirs, de son propre rôle dans cette histoire. Au départ, il s’agissait d’une histoire courte de huit pages qui a ensuite bien évolué. Plusieurs versions ont vu le jour, dont certaines auto éditées et la bande dessinée a tout de suite connu un succès retentissant, allant jusqu’à être nominé pour un Eisner Award.

Il a tout de même repris le tout, a rassemblé ses souvenirs et s’est lancé dans des recherches approfondies. Car Derf Backderf n’a pas fait que retranscrire des souvenirs un peu effacés par le temps mais s’est appuyé sur divers témoignages. Celui du père de Dahmer (dans son livre intitulé A Father’s Story), d’anciens camarades et professeurs, d’entretiens entre Dahmer et des psychologues et enquêteurs ou encore des dossiers du FBI.

En l’état, Backderf est satisfait de ce qu’il a réussi à faire avec Mon ami Dahmer, ouvrage qui lui était nécessaire et cathartique. Une adaptation cinématographique a d’ailleurs été tournée et présentée en sélection officielle du Festival de Deauville qui s’est tenu ce mois-ci.

C’est le grand final d’une vie gâchée et le résultat en est atrocement déprimant… L’histoire d’une vie misérable, pathétique et malsaine, rien de plus.

  • Jeff Dahmer
Chronique de Patience de Daniel Clowes

Chronique de Patience de Daniel Clowes

Il aura fallu attendre cinq années pour enfin mettre la main sur le dernier roman graphique de Daniel Clowes. Puisque la patience paie toujours, voici… Patience, le nouveau chef d’oeuvre de l’auteur américain, véritable touche à tout qui voit d’ailleurs en ce moment l’adaptation de sa BD Wilson portée sur grand écran.

Ce n’est plus un secret, Daniel Clowes est l’un de mes auteurs préférés en ce qui concerne les comics. Je vous parlais d’ailleurs déjà ici de Ghost World et du Rayon de la mort. Le pavé de près de 180 planches colorisées qu’est Patience rejoint – en toute objectivité, donc – en bonne place les étagères de ma bédéthèque. Je tiens aussi à saluer le travail exemplaire des Éditions Cornélius sur ses parutions (j’attends avec impatience la réédition d’Eightball !).

Faille spatio-temporelle

Patience est dense, très dense. Et pour cause ! Nous voyageons à travers plusieurs époques, faisant des allers-retours entre 1985, 2006, 2012 et 2029.

En 2012, Jack Barlow retrouve Patience, sa petite amie gisant sur le sol de leur appartement. Hanté par ce meurtre jamais élucidé, Jack vit avec ses remords et sa culpabilité… Jusqu’au jour où il entend parler d’une machine à remonter le temps qui aurait été construite. Sa morne vie laisse place à une envie de justice, de vengeance. Mais changer le cours des choses n’est pas aisé et il faut prendre garde à l’effet papillon

patience daniel clowes éditions cornélius

Comme d’habitude chez Clowes, nous faisons la connaissance de personnages en marge de la société, des losers plutôt banals. Et Jack ne fait pas exception, il est loin d’être le héros fantasmé des récits de science-fiction et d’amour. Car oui, Patience est avant tout une véritable histoire d’amour. Mais cette fois encore, son auteur nous évite les clichés et nous emmène là où on ne s’y attend pas.

Jack n’est pas vraiment un héros donc, et il n’est d’ailleurs pas toujours montré de manière sympathique… Et pourtant, plus les pages se tournent et plus l’empathie est réelle. Nous avons envie qu’il sauve l’amour de sa vie, qu’il trouve enfin la paix. D’autant plus que le couple reste ce qui se fait de mieux en terme d’humanité dans Patience !

La mise en scène quant à elle est totalement maîtrisée : le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer. D’une part parce que nous voyageons sans cesse dans l’espace-temps, qu’il nous faut rattraper les instants que nous avons ratés, reconstruire l’histoire, se mettre sans cesse au parfum, d’autre part parce que Clowes mêle différents points de vue à son histoire. C’est ainsi que nous nous plaçons à un moment donné du côté de la fameuse Patience. Une BD ambitieuse pour une lecture totalement prenante ! Si Patience est un peu différente du travail que nous a offert Daniel Clowes jusque là, elle peut peut-être augurer un tournant dans la carrière de l’auteur.

Dernières lectures BD : coups de cœur et déceptions

Dernières lectures BD : coups de cœur et déceptions

Je reprends du service après presque un mois d’absence. Un mois qui ne s’est pas fait sans lectures BD puisque j’en ai lues plus d’une vingtaine ! Stage en bibliothèque oblige, l’offre et la tentation étaient bien trop grandes… À mon plus grand bonheur ! Retour sur mes albums coups de cœur mais aussi quelques déceptions…


Le perroquet Espé GlénatLe perroquet, Espé 

Glénat (2017)

Le perroquet est narré d’après le point de vue et le vécu de Bastien lorsqu’il avait 8 ans. Il y raconte son quotidien, différent de celui des autres garçons puisque sa maman souffre de troubles bipolaires à tendance schizophrénique. Dessins et couleurs participent à la retranscription de cette enfance partagée entre moments de tendresse et de détresse. On termine cette lecture avec la chair de poule et les larmes aux yeux.


Polina Bastien Vivès Casterman Polina, Bastien Vivès 

Casterman (2011)

La petite Polina s’apprête à passer une audition dans une des écoles les plus prestigieuses de danse classique. Malgré une performance en demi teinte, elle sera acceptée et prise en main par le professeur Bojinski, aussi craint que respecté. Dans un milieu artistique très rigoureux, Polina devra faire ses propres expériences et choix. Un parcours initiatique tout en mouvements et douceur grâce à la maestria de Bastien Vivès.


Habibi Craig Thompson CastermanHabibi, Craig Thompson 

Casterman (2011)

Dodola et Zam sont deux enfants esclaves qui vont se rencontrer, s’échapper et vivre ensemble à l’abri des regards dans un désert pollué du moyen-orient. Si jeunes et possédant déjà un passé tragique, ils vont malheureusement finir par être séparés. Ils vont devoir traverser beaucoup d’épreuves avant de pouvoir espérer être réunis. Habibi mêle à sa trame principale de nombreux contes, paraboles religieuses et sourates du coran qui servent le récit.  Ce roman graphique aborde de nombreux thèmes passionnants comme la représentation et la place réservées aux femmes, la question environnementale et un questionnement spirituel. Ne soyez pas impressionné par ce pavé de plus de 600 pages car chaque chose a sa place et le tout se lit d’une traite.


Dans la forêt sombre et mystérieuse Winshluss GallimardDans la forêt sombre et mystérieuse, Winshluss 

Gallimard (2016)

La nouvelle vient de tomber : la grand-mère d’Angelo est très malade et il faut vite aller lui rendre visite. Toute la famille embarque dans la voiture familiale mais Angelo est oublié sur une aire d’autoroute… Le petit garçon ne se laisse par abattre et décider de se rendre à destination en coupant à travers la forêt où il rencontre créatures et personnages plus atypiques les uns que les autres. Le périple ce transforme en Aventure avec un grand A. Chaque page est bourrée d’humour et de situations décalées jusqu’à sa surprenante happy end.


7ème étage Asa Grennvall L'Agrume7ème étage, Åsa Grennvall 

L’Agrume (2013)

Åsa intègre une école d’art où elle ne tarde pas à se faire des amis. Sa personnalité et son style biens à elle la font se fondre à merveille dans ce nouvel environnement. Tout lui sourit jusqu’à ce garçon parfait qui s’intéresse à elle. Peu à peu, l’idylle va pourtant se transformer en cauchemar jusqu’à l’irréparable. Glaçant, ce récit écrit comme un journal intime est porté par son autrice qui a fait et continue de faire preuve de beaucoup de courage en nous partageant son vécu.


Jean Doux et le mystère de la disquette molle Philippe Valette DelcourtJean Doux et le mystère de la disquette molle, Philippe Valette 

Delcourt (2016)

Après l’inénarrable Georges Clooney, Philippe Valette fait son grand retour. Plongée dans les années 80 au cœur d’une entreprise spécialisée dans les broyeuses à papier. Notre héros Jean Doux arrive malencontreusement en retard  à une réunion très importante. Las du quotidien de la vie de bureau, il part s’échapper quelques instants dans un local abandonné. Là, il tombe sur une disquette molle, vestige d’un temps révolu qui semble détenir de sombres secrets. S’ensuit alors une enquête pour tenter de sauver l’entreprise. Drôle, décapant, j’espère retrouver un jour Jean Doux pour de nouvelles aventures !


Le singe de Hartlepool Wilfrid Lupano et Jérémie Moreau DelcourtLe singe de Hartlepool, Wilfrid Lupano et Jérémie Moreau 

Delcourt (2012)

Début du 19ème siècle durant les guerres napoléoniennes, un navire français fait naufrage au large de Hartlepool. Seul survivant : un chimpanzé arraché à sa famille et devenu animal de compagnie de l’équipage. Attifé comme un français, son uniforme tricolore semble tromper tout le monde jusqu’aux habitants de la ville d’Angleterre qui, au fond, n’ont jamais vu de français… Il est décidé d’en faire un exemple, le singe est alors écroué et traîné en justice. Légende du folklore anglais, Le Singe de Hartlepool fait état de la folie des hommes et de la guerre.


Aya de Yopougon Marguerite Abouet et Clément Oubrerie GallimardAya de Yopougon, Marguerite Abouet et Clément Oubrerie 

Gallimard (2005)

Côte d’Ivoire, 1978. Aya a dix-neuf ans et vit à Yopougon, quartier populaire d’Abidjan. Élève sérieuse se concentrant sur ses études, elle veut un avenir différent des autres. Son rêve ? Devenir médecin pour échappper à la fameuse série C : coiffure, couture et chasse au mari qui semble toucher de plus en plus ses amies. Toute une galerie de personnages et de nombreux thèmes sont abordés dans Aya de Yopougon rendant cette série riche et pleine d’espoirs.


L'adoption Zidrou et Arno MoninBamboo ÉditionL’adoption, Zidrou et Arno Monin 

Bamboo Éditions (2016)

Qinaya est une petite orpheline péruvienne de 4 ans. Adoptée par une famille française, elle va chambouler le quotidien de toute une famille et surtout Gabriel, le « papy ronchon » qui va devoir apprendre à devenir grand-père. Si le tout est touchant, la fin apporte vraiment un autre souffle au récit dont on a envie de lire la suite. Suite qui paraît d’ailleurs dans quelques jours…


Les rêveries d'un gourmet solitaire Jirô Taniguchi et Masayuki Kusumi CastermanLes rêveries d’un gourmet solitaire, Jirô Taniguchi et Masayuki Kusumi 

Casterman (2016)

Le Japon et la gastronomie : une grande histoire d’amour ! Cette ouvrage et la réussite qui l’entoure en sont l’exemple criant. Entre deux rendez-vous et voyages d’affaire, tous les prétextes sont bons pour notre gourmet solitaire affamé de découvrir un petit restaurant japonais. Une BD qui mêle découvertes culinaires donc mais également culture japonaise. À lire le ventre plein.


Dans la peau d'un jeune homo Hugues Barthe HachetteDans la peau d’un jeune homo, Hugues Barthe 

Hachette (2006)

Hugo a 14 ans et se sent plus attiré par les hommes. Âge ingrat oblige, son corps change, ses envies se précisent, la pression sociale se fait de plus en plus forte. Mais voilà, il ne sait pas à qui en parler : ses camarades de classe sont si différents et son frère à l’exact opposé de lui… Est-ce une passade ? Suis-je normal ? Autant de questionnement par lesquels Hugo va passer jusqu’à accepter et faire son coming-out. Une BD sans prétention écrite comme un guide ou un journal intime où Hugues Barthe nous fait preuve de sa propre expérience adolescente.


Amitié étroite Bastien Vivès CastermanAmitié étroite, Bastien Vivès 

Casterman (2009)

Francesca et Bruno partagent un lien d’amitié très fort que peu comprennent. A l’opposé l’un de l’autre ils ressentent pourtant ce besoin irrépressible de se voir régulièrement. Pourtant, lorsque Bruno entame une histoire d’amour, Francesca vit mal la situation et remet en question les sentiments qu’elle éprouve pour son ami. Relation ambiguë qui se mue peu à peu en amour sincère, Bastien Vivès décrit avec justesse cette histoire naissante tout en tendresse.


L'enterrement de mes ex Gauthier 6 Pieds Sous TerreL’enterrement de mes ex, Gauthier 

6 Pieds Sous Terre (2015)

Le premier émoi télévisuel de Charlotte se fait à travers Jane, dans Jane et Serge. Elle s’inscrit alors au volley pour partager la sueur et les douches de ses camarades. Déjà, elle se sent différente des autres. Elle tisse des amitiés étroites avec quelques filles et ne comprend pas toujours les sentiments qui l’habitent. De l’amitié à l’amour, le pas est vite franchi et ses premières déceptions sentimentales ne se font pas attendre. Pour elle, il ne s’agit pas seulement d’expérience mais bien de réels sentiments. Partagé entre plusieurs chapitres qui représentent des périodes charnières, nous suivons Charlotte jusqu’à l’âge adulte à travers expériences et découverte de soi.


 

Jane, le renard & moi Fanny Britt et Isabelle Arsenault La PastèqueJane, le renard & moi, Fanny Britt et Isabelle Arsenault 

La Pastèque (2013)

Nous découvrons Hélène en pleine période sombre. Rejetée par ses camarades, elle se retrouve seule à l’école. En plus, elle n’aime plus vraiment son corps… Elle se réfugie alors dans le monde de Jane Eyre dont la lecture l’aide à s’échapper pour quelques instants…

Un roman graphique tout en poésie qui aborde le thème du harcèlement scolaire. Les illustrations d’Isabelle Arsenault sont un must !


Idéal standard Aude Picault DargaudIdéal standard, Aude Picault 

Dargaud (2017)

Alors qu’elle vient de passer la barre fatidique des 30 ans, Claire est toujours célibataire. Autour d’elle, ses amies sont en couple, mariées et parfois déjà mères. Et ce n’est pas à son travail en néonatalogie que la pression sociale diminue. En rencontrant Franck, elle veut se persuader que cette fois c’est le bon, qu’elle va pouvoir construire quelque chose de solide. Mais entre attentes et réalités, le fossé est parfois énorme

Loin des clichés des célibattantes, Idéal standard est réaliste et aborde des thèmes importants tels que l’accomplissement personnel, le couple, le désir, l’indépendance…


Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill Jean Regnaud et Emile Bravo GallimardMa maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill, Jean Regnaud et Emile Bravo 

Gallimard (2007)

C’est la panique pour Jean alors qu’à la rentrée des classes, l’institutrice demande la profession des parents. Son père est patron ça il en est sûr mais sa mère ? Il ne sait quasiment rien d’elle et pour éviter d’être différent, il va inventer. Elle sera secrétaire, après tout, pourquoi pas ? Cela fait si longtemps qu’il ne l’a pas vue. Mais elle va bientôt revenir, elle est en Amérique et lui envoie des cartes que lui lit sa voisine… Une jolie BD pour aborder en douceur la perte.


L'apocalypse selon Magda Chloé Vollmer-Lo et Carole Maurel DelcourtL’apocalypse selon Magda, Chloé Vollmer-Lo et Carole Maurel 

Delcourt (2016)

L’apocalypse annoncée il y a un an n’aura finalement pas lieu. Alors que l’humanité entière se réjouit de cette nouvelle, Magda 14 ans, est dévastée. Pour comprendre sa réaction il faut revenir quelques mois en arrière. Magda a trop peu vécu, expérimenté, elle ne peut et ne veut pas mourir vierge de toutes expériences. Elle n’est pas la seule à décider alors d’embrasser la vie et tout ce qui s’offre à elle, vite, trop vite peut-être…


Conduite interdite Chloé Wary SteinkisConduite interdite, Chloé Wary 

Steinkis (2017)

Nour rentre en Arabie Saoudite après avoir passé 5 ans à Londres. Elle trouve son pays natal bien rétrograde sur la question féminine par rapport à l’Angleterre où elle a pu y être libre et étudier ce qu’elle souhaitait. Elle souffre de cette contradiction : elle aime son pays mais ne peut s’y accomplir. Conduite interdite est l’histoire vraie d’un collectif de femmes qui en 1990, a pris le volant dans un pays qui interdit aux femmes de conduire. Si cette BD a à priori tout pour me plaire elle évoque trop rapidement des sujets importants et aurait mérité d’être bien plus approfondie.


Facteur pour femmes Didier Quella-Guyot et Sébastien Morice Bamboo ÉditionFacteur pour femmes, Didier Quella-Guyot et Sébastien Morice 

Bamboo Éditions (2015)

La Première Guerre mondiale éclate et vide une petite île bretonne de ses hommes. Il ne reste plus que les enfants, les vieux, les femmes… et les infirmes. Maël, en plus d’un pied-bot, est jugé simple d’esprit par les habitants de l’île. Pour cela, il n’est pas mobilisé mais devient le facteur attitré. Sa tâche consiste à livrer aux femmes les lettres de leurs hommes partis au front. Seul homme vigoureux, il devient très vite le confident et l’amant de ces femmes qui se sentent bien seules. Difficile de s’attacher au personnage principal, ce Maël qui est repoussant dans bon nombre de ses actes…


Tu sais ce qu'on raconte Gilles Rochier et Daniel Casanave WarumTu sais ce qu’on raconte, Gilles Rochier et Daniel

Warum (2017)

Tu sais ce qu’on raconte, c’est l’histoire d’une rumeur qui enfle et est reprise par tous les habitants du village… À tel point qu’on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Le procédé, la construction et le postulat sont louables mais l’ensemble reste tout de même anecdotique et ne fait pas de cette BD un ouvrage à lire et relire.


 

La favorite de Matthias Lehmann

La favorite de Matthias Lehmann

Dans La favorite de Matthias Lehmann (publiée chez Actes Sud), le ton est donné dès la première page. On y aperçoit Constance, une petite fille à l’allure terrorisée que surplombe une grand-mère plus proche de la sorcière que de la parente pétrie de douceur… Ses parents, elles ne les connaît pas. Ils seraient morts dans un accident quelconque. Élevée par ses grands-parents dans un château de la Brie, Constance n’a jamais été autorisée à sortir de la propriété. C’est sa grand-mère qui lui fait la classe et bien souvent elle est punie de manière plus que sévère. Le grand-père est plus affable bien que couard et consent par ses silences.

Différente et sciemment mise à l’écart, Constance ne se laisse pas pour autant abattre et continue – dès que le moment s’y prête – ses jeux d’enfant. Noirette la chatte du jardin l’accompagne dans ses aventures solitaires jusqu’à l’arrivée du nouveau personnel qui pourrait bien tout changer dans le quotidien cauchemardesque de l’enfant…

la favorite matthias lehmann actes sud bd bande dessinéeUne bande dessinée dont j’aurais aimé vous parler en long, en large et en travers. Il est cependant difficile de trop vous en parler sans gâcher tout la surprise et le plaisir liés à cette découverte bédéesque. Les illustrations pareilles à des gravures toutes en monochromie sont superbes et en accord parfait avec l’histoire qu’elles racontent. Le tout offre une sorte de mélange détonnant entre le graphisme sombre d’un Charles Burns et l’atmosphère onirique de l’enfance d’un Guillaume Bianco… Une réussite !


 

Whiskey and New York de Julia Wertz

Whiskey and New York de Julia Wertz

Whiskey and New York (aux éditions L’Agrume) raconte l’année où Julia Wertz a quitté San Francisco pour la ville de New York. Case après case, l’auteure nous fait visiter quatre appartements douteux, se fait virer de sept petit boulots, gère des drames familiaux et survit aux élections présidentielles. Tout ça aidée de beaucoup, beaucoup d’alcool…

Gnôle et Big Apple

Partir de la côte ouest à la côte est est tout un programme auquel elle ne s’était pas totalement préparée. Il faut dire qu’elle part un peu sur un coup de tête alors que tout semble stagner dans sa vie. Ce voyage s’avère donc une véritable plongée dans l’inconnu : nouvelles architectures, personnes totalement différentes… Même le climat y est inattendu !

whiskey and new york julia wertz bd bande dessinée comics ny éditions l'agrumeEncore une bande dessinée sur une (quasi) expatriée qui met en avant les anecdotes cocasses d’une ville inconnue me direz-vous ! Cependant il ne s’agit pas (que) de cela et Julia Wertz arriver à insuffler case après case à travers des dessins simples (mais jamais simplistes !) beaucoup d’éléments dans ce roman graphique autobiographique.
Une BD très drôle remplie d’humour, de cynisme et d’autodérision dans laquelle chacun saura se reconnaître… Et déculpabiliser !


 

Le rayon de la mort de Daniel Clowes

Le rayon de la mort de Daniel Clowes

Le rayon de la mort est publié en 2004 aux États-Unis et est le dernier opus d’Eightball le comic book créé par Daniel Clowes et qui a vu naître des classiques comme Ghost World et David Boring. En france il est publié par les éditions Cornélius.

La naissance d’un super-héros

Le Rayon de la Mort suit Andy, un adolescent renfermé sans famille qui erre dans les rues de sa morne banlieue avec son meilleur (et seul ami) Louie. Tiens, tout ceci n’est pas sans rappeler un certain Ghost World ! Après avoir crapoté sa première clope, l’adolescent se découvre des supers-pouvoirs qui lui donnent une force surhumaine. Cette nouvelle vie, il la doit à un père – décédé dans un accident – qui avait bien prévu que son nerd de fils ne saurait se défendre face aux footballeurs pas très malins du lycée. Les pouvoirs, révélés par la nicotine et un mystérieux rayon de la mort sont le seul héritage laissé par le père d’Andy.

le rayon de la mort ghost world david boring daniel clowes éditions cornélius couverture bande dessinée comicsAndy devient alors justicier à temps partiel ! Vous l’aurez compris, le Rayon de la Mort n’a rien d’un récit de super-héros classique. Daniel Clowes en emprunte les codes et pose la question d’une « justice » rendue aléatoirement et selon les critères d’un ado paumé que l’on suit durant plusieurs étapes de sa vie…


Si à la vue de la couverture de Le Rayon de la Mort vous vous attendiez à une histoire de super héros épris de vengeance à la mort de ses parents et évoluant dans des scènes d’actions époustouflantes sachez qu’il n’en est rien ! Mais ne passez pas pour autant votre chemin car vous pourriez bien être agréablement surpris… Une fois n’est pas coutume Daniel Clowes dépeint l’errance des adolescents avec ce qu’il faut d’humour, d’ironie, de tendresse et de finesse.

Chronique de Black Hole de Charles Burns

Chronique de Black Hole de Charles Burns

Black Hole est sans doute l’œuvre la plus connue de Charles Burns. Né en 1955, ce dernier fait ses études artistiques aux côtés de Matt Groening à qui il aurait inspiré le personnage des Simpsons Charles Montgomery Burns. Black Hole a été publiée aux États-Unis en 12 volumes de 1995 à 2005. L’intégrale publiée par les éditions Delcourt paraît en novembre 2006 et fait partie des « Essentiels d’Angoulême » décernés lors du Festival d’Angoulême 2007.

Adolescents pestiférés dans une Amérique prostrée

black hole charles burns éditions delcourtEn 1973 dans la banlieue de Seattle, la rumeur d’une maladie mystérieuse ne fait qu’enfler après la disparition de plusieurs adolescents. Proche d’une MST, « la crève » (« The Bug » ou « the teen plague » en VO) se transmet par contact sexuel mais également à travers la salive et provoque d’étranges changements physiques allant du plus petit bouton à la mutation impossible à dissimuler. Les adolescents qui en sont atteints préfèrent abandonner le lycée afin de se réfugier dans les bois à l’abri des regards. La crève va modifier l’échelle sociale et brutalement changer les rapports entre les lycéens.

Des thèmes récurrents chers à l’auteur

Charles Burns a ses thèmes de prédilection et n’hésitent pas à y revenir. Avant Black Hole, il s’était déjà penché sur sur l’Amérique profonde et sa jeune génération. En effet dans Detective stories il fait état d’un monde de personnages hybrides à l’animalité troublante. Dans Big Baby il explore les désordres mentaux et la violence ordinaire dans une ambiance de noirceur empreinte de cauchemar. Et enfin dans Fleur de peau, il réunit trois histoires sur l’Amérique et ses peurs, dans lesquelles l’auteur s’inspire d’éléments disparates pour créer un univers névrosé et macabre. Derrière son humour décalé, surgissent la violence et la folie du modèle américain. (source : Wikipédia)

Un travail de longue haleine

Black Hole est le fruit de onze années de travail où le perfectionniste Charles Burns raconte une histoire qu’il a peaufinée, structurée. Durant cette période il n’aura de cesse de prendre des notes et les relire, enlever des détails superflus ou en condenser d’autres, etc.

C’est un peu comme si, par exemple, vous prenez une histoire qui est transmise de génération en génération, au point qu’elle finit par délaisser les passages inutiles, et se retrouve structurée de manière plus efficace. Les mêmes idées pour la même histoire, mais en trouvant les mots justes et la manière juste pour la raconter.

black hole charles burns éditions delcourt

Si Charles Burns est satisfait du résultat final de sa bande dessinée c’est parce qu’il a pu la réaliser de manière libre tout en s’entourant de professionnels qui étaient également des amis. Cela se ressent et donne un livre complet, des personnages entiers loin d’un schéma manichéen et une histoire dense. Il a pris le soin de développer chacun de ses personnages qui grandissent au gré des évolutions et changements avant de finalement trouver leur place.  C’est en cela que Black Hole – son œuvre la plus longue – donne également l’impression d’être sa plus personnelle et aboutie.

Le mal-être adolescent

black hole charles burns éditions delcourt

L’adolescence, heure des premiers émois, des premières expériences sexuelles, d’un corps qui opère ses premières transformations jusqu’à la puberté. En somme une période difficile, empreinte d’angoisses et de rejets : celui des autres mais aussi celui de son propre corps qui en devient tout à coup presque monstrueux. Plus tout à fait enfant mais pas encore tout à fait un adulte. C’est cette fracture entre deux mondes que réussit à retranscrire parfaitement Charles Burns (qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler Daniel Clowes et son Ghost World), qui pense à ses personnages d’une manière très tendre.

Que ce soit dans le manque de dialogue avec les adultes (les parents sont quasi inexistants dans Black Hole) ou dans l’optimisme et l’amour naïfs, l’auteur a tout simplement fait appel à ses propres souvenirs afin d’être au plus près de ces adolescents qu’il dépeint.

charles burns black hole éditions delcourt

Une interview complète et très intéressante sur Charles Burns.


Malgré l’aspect physique de ces adolescents monstrueux en marge d’une société qui les rejette totalement, nous suivons avec tendresse le parcours de chacun. Un récit initiatique sur le passage à l’âge adulte, un classique du comics par Charles Burns qui nous offre ici son récit le plus personnel et abouti et à la perfection graphique monochrome.


 

Chronique de Ghost World de Daniel Clowes

Chronique de Ghost World de Daniel Clowes

Les Editions Cornélius ont sorti une nouvelle édition de Ghost World de Daniel Clowes. Fan de l’auteur devant l’Éternel je me devais de me procurer ce petit bijou dès que possible. C’est chose faite et je vous en parle tout de suite !

Daniel Clowes, icône de la bande dessinée underground américaine des années 90

ghost world daniel clowes enid rebecca bande dessinee

A l’origine, Ghost World paraît de 1989 à 2004 dans le comic book Eightball créé par Daniel Clowes. L’auteur évolue dans une ambiance fifties et des thèmes intimistes, fantastiques, de science-fiction, d’auto-fiction, etc. Avec cette bande dessinée devenue culte auprès des adolescents, il détient le record des ventes de son éditeur (Fantagraphics Books). Fort de ce succès commercial, Clowes s’impose comme l’interprète de toute une génération qui peine à trouver ses marques.

Un « Monde Fantôme » contemplatif

Début des années 1990. Enid Coleslaw et Rebecca Doppelmeyer sont deux meilleures amies qui viennent de terminer leurs études secondaires. Nous suivons leurs journées d’errance dans leur ville natale américaine. Ces adolescentes sarcastiques, cyniques et pleines de contradictions portent un regard critique sur la culture populaire et les gens qu’elles rencontrent.

De la sortie de l’enfance jusqu’au passage à l’âge adulte

Les adolescentes oscillent entre ces périodes charnières. Tantôt Enid lors d’un vide grenier n’arrive pas à se séparer des objets rassurants qui ont fait sa jeunesse, tantôt les deux amies parlent de manière crue de la perte de leur virginité respective. Elles s’amusent à faire des blagues cruelles aux habitants de la ville qui avec le temps ne les amuseront même plus tant elles sont blasées par leur quotidien. Elles rêvent de changer de ville pour ainsi repartir de zéro même si à long terme cela n’est sans doute pas la solution.

Bien qu’inséparables, leurs choix ainsi que leurs prédispositions vont pourtant être décisifs quant à leur amitié. En effet, Enid est moins mesurée dans ses propos et jugements que Becky. Décrite comme la jolie fille du duo, elle se sent évincée par la forte personnalité d’Enid et développera une jalousie latente envers celle-ci… Becky de son côté est amenée à prendre une décision pour la poursuite de ses études…

 

« Ghost World est l’examen de la vie de deux jeunes diplômées du secondaire depuis l’avantageuse et (globalement) indétectable position d’une table d’écoute, avec le détachement bancal d’un scientifique qui s’est mis à apprécier les microbes prisonniers dans sa boîte de Petri. » D.C

 

Un nouveau scénario pour un nouveau format

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Thora Birch et Scarlett Johansson dans l’adaptation de Terry Zwigoff

En 2001, Terry Zwigoff avec l’aide de Daniel Clowes adapte Ghost World suite au succès de la bande dessinée. Dans cette nouvelle intrigue c’est Enid le personnage principal. Même si le film est fortement éloigné du roman graphique celui-ci a reçu une ovation critique et plusieurs prix internationaux (dont celui du meilleur scénario adapté écrit par Clowes). A voir ne serait-ce que pour le génial personnage joué par Steve Buscemi !

Si le regard posé sur l’adolescence et l’amitié est ironique il n’en est pas moins empreint de tendresse de la part de Daniel Clowes.

 

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