Chronique de La bâtarde d’Istanbul d’Elif Shafak

Chronique de La bâtarde d’Istanbul d’Elif Shafak

La bâtarde d’Istanbul est un roman d’Elif Shafak (Editions 10|18), auteure née en France de parents turcs. Il s’agit de son second livre en anglais et il raconte l’histoire de deux familles, l’une turque et l’autre arménienne à travers le regard des femmes. L’écrivain a frôlé l’emprisonnement à cause des propos contenus dans certains dialogues tenus par des Arméniens sur les Turcs. C’est toujours un grand plaisir de découvrir des femmes engagées à travers leur écriture et c’est ce qui m’a poussée à le lire.

« Maintiens-moi dans la béatitude de l’ignorant ou donne-moi la force de supporter le savoir »

Le livre dresse le portrait de plusieurs femmes sur plusieurs générations et continents. Armanoush une américaine-arménienne va entreprendre un voyage introspectif. Des Etats-Unis, elle va se rendre en Turquie à la recherche des origines de sa grand-mère et entamer une croisade pour le souvenir. Asya est quant à elle Turque née de père inconnu. Élevée par ses nombreuses tantes, elle a du mal à trouver sa place et à se construire un avenir. Liées malgré leurs origines et leurs personnalités aux antipodes l’une de l’autre, les deux jeunes filles vont alors tenter de lier passé, présent et futur.

Recherche identitaire au cœur de la diaspora

Si j’ai d’abord eu peur qu’il s’agisse d’une lecture un peu légère il n’en est rien car nous découvrons rapidement que les histoires des différents personnages ont toutes un point commun : le génocide arménien. A l’heure où ce massacre fait encore l’objet de débats et controverses, le peuple Arménien attend encore une reconnaissance de celui-ci.

Dans La bâtarde d’Istanbul, Armanoush se fait un devoir de mémoire par rapport à son peuple. Tout comme beaucoup d’américains-arméniens elle subit de plein fouet le « paradoxe Janissaire » qui consiste à être déchiré entre deux modes d’existence incompatibles.

Je n’ai jamais réussi à être arménienne. J’ai besoin d’aller à la recherche de mon identité. Vous savez ce dont je rêve secrètement? D’aller voir la maison de ma famille en Turquie. Grand mère parle sans cesse de leur magnifique demeure d’Istanbul. Il faut que je la voie de mes propres yeux. Que je retourne dans le passé des miens pour pouvoir enfin me tourner vers mon avenir. Le Paradoxe Janissaire continuera à me hanter tant que je n’aurai rien fait pour découvrir mon passé.

Véritable fenêtre ouverte sur la culture turque

Un des aspects plaisants de ce roman est la représentation que fait l’auteure de la Turquie et en particulier d’Istanbul. Les nombreuses descriptions font état d’une ville colorée, aux multiples senteurs et qui est un festin permanent. D’ailleurs, l’originalité des titres de chapitres réside dans le fait qu’il s’agisse chaque fois d’un aliment ou d’une épice. On sent le réel amour qu’Elif Shafak voue à cette ville.

ville d'Istanbul

De l’Empire ottoman à la République de Turquie, le contexte politique  est également intéressant et à prendre en compte afin de bien comprendre l’histoire et les personnages.


En tant qu’Occidental mes connaissances sur le génocide arménien étaient limitées et cette lecture m’a permis de l’aborder de manière intéressante. Toutefois, ce livre n’a pas apporté toutes les réponses à mes questions et cela n’en était bien sûr pas le but. Il y a beaucoup de réflexions intéressantes qui ne sont – à mon sens – peut-être pas assez poussées. Bien sûr après il est du devoir de chacun de faire ses recherches et questionnements et en cela La bâtarde d’Istanbul me semble être un bon prélude.

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