Notre aventure sans frigo ou presque de Marie Cochard

Notre aventure sans frigo ou presque de Marie Cochard

« Avertissement : attention, la lecture de cette ouvrage rend optimiste et donne envie de se mettre en action immédiatement » annonce la préface de Notre aventure sans frigo ou presque. Je ne m’attendais cependant pas à ce que cette prédiction s’avère aussi prégnante. Sitôt la dernière page refermée, l’envie de revoir ma manière de consommer/conserver/acheter les denrées se fait plus forte et quelques arrangements s’imposent.

Il faut dire que je suis plutôt sensible à ce genre de remise en question étant passée à une alimentation 100% végétale il y a de cela quatre ans maintenant. Cela dit, je dois avouer que ma manière de consommer ne me satisfait pas pleinement. Mes déchets – qu’ils soient ménagers ou alimentaires (bonjour le gaspillage alimentaire qui représente chaque année 79 kg/personne en France), ne font pas de moi un modèle incontesté !

En somme, cette lecture est tombée à pic pour mon envie de « consommer autrement ».

Pérégrinations autour de la conservation des aliments

J’inaugure par ailleurs avec cette ouvrage une nouvelle catégorie « Guide » sur le blog. Même si j’ai choisi d’y classer Notre aventure sans frigo ou presque, son autrice aime à le présenter plutôt comme « une invitation à [la] suivre dans [ses] pérégrinations à travers une palette de Do It Yourself autour de la conservation des aliments, sans technologie ni électricité, et d’astuces faciles à réaliser et qui font la part belle à la récupération et au détournement d’objets. »

notre aventure sans frigo ou presque marie cochard éditions eyrolles photographies olivier cochard

Marie Cochard n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai concernant l’écologie puisqu’elle est journaliste spécialisée en la matière depuis 10 ans. Elle met régulièrement à jour son blog La cabane anti-gaspi où elle partage ses conseils et astuces sur un « mode de vie bio et beau ». Son premier livre intitulé Les épluchures : tout ce que vous pouvez en faire (publié également aux éditions Eyrolles) faisait – comme son nom l’indique – la part belle aux déchets alimentaires et à la manière de les recycler.

Certifié 100% économe en énergie et anti-gaspi

Avec Notre aventure sans frigo ou presque, elle revient sur ses expériences d’entreposage, de repousses, de séchage, d’enfouissement, de fermentation, etc qu’elle a réalisées (sans trucages) avec sa famille. Un ouvrage qu’il fallait penser (et oser !) et qui pourrait en repousser plus d’un. Pourtant, nombreuses sont les raisons qui pourraient nous amener à nous débarrasser de notre bon vieux réfrigérateur : réduire sa facture d’électricité, revenir à des méthodes ancestrales qui ont fait leurs preuves, redécouvrir le bon goût des aliments et par la même occasion profiter de tous leurs nutriments et vitamines

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L’aventure est enrichie de petites astuces quotidiennes, de conseils, de rencontres et de procédés de conservation d’antan. Des portraits de personnalités rencontrées au fil du temps agrémentent les pages et avec eux, une recette. Les plats et aliments ont cette force de nous ramener à des souvenirs d’enfance et/ou à des moments conviviaux passés autour d’une table et ce n’est pas le fromage blanc de Macha, les confiseries au lait de Radhika ou encore le kimchi de Marie-Lee qui nous diront le contraire !

Si les techniques de conservation sont rapidement évoquées, le livre donne beaucoup de pistes pour qui veut aller plus loin. Notre aventure sans frigo ou presque est une très belle introduction et permettra aux curieux ou aux convaincus de se lancer – à son échelle – dans l’expérience ! Pour preuve, j’ai moi-même sauté le pas et me suis lancée dans la réalisation d’un kimchi afin de profiter des nombreuses vertus nutritives qu’il a à offrir… À suivre, donc.

Rien n’est foutu d’Anne-Marie Gaignard et Gaëlle Rolin

Rien n’est foutu d’Anne-Marie Gaignard et Gaëlle Rolin

Anne-Marie Gaignard n’en est pas à son coup d’essai en ce qui concerne les ouvrages qui traitent de grammaire et d’orthographe. Célèbre pour sa série de manuels et de cahiers d’exercices Hugo, elle est également l’autrice de La Revanche des nuls en orthographe. Rien n’est foutu est paru le 31 août dernier (éditions Le Robert) et est un recueil de témoignages de ceux qu’elle appelle « les cabossés du français ».

Rien n’est foutu

Des cabossés du français, on en trouve de tous âges et de tous milieux, avec des histoires singulières qui charrient les mêmes poids. J’ai souhaité réunir leurs témoignages dans ce livre pour dédramatiser leurs souffrances, leur dire qu’ils ne sont pas seuls, que comme eux, des milliers d’autres ont connu le mépris, les ambitions giflées, les rêves de devenir astronaute, journaliste ou vétérinaire, anéantis, parce qu’il fallait savoir rédiger correctement pour y parvenir.

Écrit Anne-Marie Gaignard au début de Rien n’est foutu. Et si le sujet lui tient tant à cœur, c’est qu’elle se décrit elle-même comme une « ancienne cancre ». À travers son recueil de témoignages, elle fait d’ailleurs la différence entre eux (ceux pour qui l’orthographe est facile) et nous (ceux pour qui il est un parcours du combattant).

L’ère de l’instantané, de l’électronique dans laquelle nous vivons a changé notre rapport à l’écriture. Aujourd’hui, n’importe qui peut écrire n’importe où sur la toile et rendre cette publication visible par tous. Cela ne nécessite pas de compétences spéciales si ce n’est une connexion internet et un clavier… Et si nous ne sommes pas tous égaux vis-à-vis de l’orthographe les internautes eux, ne laisseront rien passer. Nous avons tous été témoins et parfois même instigateurs de la correction plus ou moins virulente d’une faute laissée par un usager du web… Pourtant, les lacunes orthographiques ne sont pas à relier à l’intellect et sont pour certain·e·s une réelle souffrance…

La fameuse supériorité des « sachants », qui pensent avoir droit de vie et de mort sur l’expression des autres, encore plus sur ces autoroutes anonymes de l’Internet. Caché derrière un écran et un pseudonyme, toutes les barrières à l’indélicatesse sont levées.

Rien n’est foutu évoque le parcours d’hommes, de femmes, d’enfants et d’adolescents, âgés de 7 à 55 ans et issus de tous les milieux qui ont un jour capitulé face à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Sur les bancs de l’école…

Ce recueil soulève au fil de ses pages un sujet important : la scolarité. Époque charnière, elle a le pouvoir d’élever un individu mais aussi parfois de le mettre de côté ou pire, l’humilier, le dégoûter des études. Cette exclusion, ils l’ont tous – ou presque – vécue dans Rien n’est foutu. Que ce soit vis-à-vis des parents qui se sentent impuissants, des camarades pas toujours tendres ou des professeurs dépassés.

Chaque enfant est pourtant différent, n’a pas le même rythme, la même manière d’apprendre, comprendre, visualiser… Ni les mêmes inclinations, attentes, envies. Ces élèves « hors-norme » sont alors bien souvent mis de côté, dirigés vers des classes spécialisées qui ne leur conviennent pas, redoublent. Ils sont aussi presque toujours diagnostiqués dys… (dyslexie, dysorthographie, dysphasie, dyspraxie, dyscalculie) à tort.

Un système éducatif non adapté, un mauvais accompagnement du corps enseignant et des parents peut avoir des conséquences graves sur ces enfants… mais pas irréversibles. C’est ce que nous prouve ici Anne-Marie Gaignard grâce notamment à la méthode qu’elle a mise au point pour réconcilier ces anciens bonnets d’âne avec l’écriture.

À travers des portraits poignants, bouleversants mais surtout pleins d’espoir, nous imaginons à peine ce qu’a pu être la vie des ces personnes avant la fameuse formation de l’autrice. Alors qu’ils supportaient une estime de soi proche de zéro et cela parfois depuis de nombreuses années, ils en sont ressorti grandis. Pardon alors à ceux que j’ai repris, corrigé voire méprisé par le passé…

Steak machine de Geoffrey Le Guilcher

Steak machine de Geoffrey Le Guilcher

Vous n’êtes pas sans l’ignorer, je suis assez amatrice de ce genre de lectures. Végane depuis quelques années, je me passionne pour tout ce qui a trait à la cause animale. Loin de « prêcher une convaincue », j’essaie de me renseigner et de lire au maximum sur ce sujet.
Steak Machine (publié aux Editions Goutte d’Or) m’a été prêté par une amie et porte sur les travailleurs d’un abattoir de Bretagne. Une enquête fondée davantage sur l’aspect social qu’animal donc, que notre consommation carnée engendre.

Comme beaucoup d’entre nous, Geoffrey Le Guilcher a été élevé autour de repas omnivores. Alors, quand il reçoit un matin un texto de son éditrice lui demandant s’il serait capable de se faire embaucher dans un abattoir, les premiers doutes s’installent…

Le « paradoxe de la viande » ou la dissonance cognitive

La dissonance cognitive est l’incompatibilité engendrée par deux croyances opposées. D’un côté « j’aime la viande » mais de l’autre « je ne veux pas faire souffrir un animal ». La réaction de l’auteur dès la première page en est alors le parfait exemple :

Je suis un « viandard ». Je vis près du métro La Chapelle, à Paris, où l’indien, le grec (en réalité turc), le japonais (en réalité chinois), le marocain et l’italien (en réalité français) devancent mes attentes de carnivore. Pourquoi irais-je tout gâcher en allant enquêter dans une boucherie géante ?

Et cela, les entreprises du secteur agroalimentaire spécialisées dans l’abattage des animaux et la transformation des viandes l’ont bien compris. Pour continuer à vendre, il faut matraquer l’audience à grand renfort de publicités montrant des animaux heureux. Cacher la vérité, par tous les moyens.

Lors de son infiltration de plus d’un mois au cœur de l’abattoir, Geoffrey Le Guilcher en sera témoin plusieurs fois. Au niveau de la tuerie (l’endroit où les bêtes sont étourdies et que leurs gorges sont tranchées) un mur a été érigé. La raison ? Empêcher les visiteurs de voler des images avec leurs téléphones. Images qui pourraient leur porter préjudice, l’abattage ne se faisant pas toujours dans les règles.

Depuis les vidéos tournées clandestinement dans les abattoirs français et rendues publiques par l’association L214, un vent de panique souffle dans les abattoirs et il est encore plus difficile d’y avoir accès. Armé d’une nouvelle apparence, d’une fausse identité et d’un CV imaginaire, notre journaliste – coaché par l’un des fondateurs de L214 (persona non grata dont la photo est placardée dans tous les abattoirs) – arrivera cependant à y être embauché.

Travail à la chaîne pour les « damnés de la viande »

C’est ainsi que notre journaliste les appelle. Car Steak Machine leur est dédié, à ces travailleurs cachés des abattoirs. Victimes au même titre que les animaux, ils sont nombreux à vouloir y être embauchés au péril de leur santé. Et cela peut se comprendre : places disponibles, salaires acceptables, nombreux avantages… Les abattoirs ont d’ailleurs toujours accueilli les vagues d’immigration qui ont touché la France au fil des années.

Steak Machine offre une réflexion sur un système et ses limites. Une enquête qui fait froid dans le dos et met en perspective nos habitudes de consommation sans mettre tout à fait de côté ces personnes qui, grâce à cela, réussissent à vivre et faire vivre leurs proches. C’est d’ailleurs la pierre angulaire de ce livre. Geoffrey Le Guilcher nous dresse des portraits touchants de ses collègues, décrit les moments sincères partagés avec ceux à qui il a été obligé de cacher son identité et ses réelles motivations.

Écoute-moi bien de Nathalie Rykiel

Écoute-moi bien de Nathalie Rykiel

« Écoute-moi bien », voilà l’invitation d’une fille à sa mère. « Écoute-moi bien à travers ce portrait, cette déclaration d’amour, cette lettre d’au revoir que je te fais » semble dire Nathalie à sa mère Sonia Rykiel.

Courageuse, indépendante, avant-gardiste et mère.

Quoi de plus personnel que de coucher sur papier ses pensées et souvenirs d’une mère sur le point de nous quitter ? Et pourtant il n’est pas difficile d’imaginer que « l’exercice » devient délicat lorsqu’il s’agit de narrer une figure publique, icône de la mode mondialement connue…

nathalie et sonia rykiel Écoute-moi bien

En effet, Sonia Rykiel qui a ouvert sa maison en 1968, s’est fait connaître avec ses tricots et rayures. En quarante ans de créations, elle a fait souffler sur la mode un vent de liberté.

Écoute-moi bien ne met pas pour autant le lecteur lambda dans une position voyeuriste. Nathalie Rykiel réussit à transmettre des émotions universelles tout en force et délicatesse.

Elle y dépeint la relation si spéciale qui les lie l’une à l’autre, en tout sincérité. Dans la forme, si le manque de ponctuation peut tout d’abord surprendre, on se laisse emporter par le tourbillon des souvenirs dévoilés au rythme des pensées de son autrice. Écrire pour continuer à lui parler, pour se souvenir, ne pas oublier. Écoute-moi bien est plein de cette urgence, de cette évidence, de cette énergie. Un texte pour faire le deuil mais avant tout un texte sur la vie et la transmission.

Pourtant il suffisait de regarder ma mère, de la regarder vivre pour vouloir que la vie lui ressemble, tout paraissait mièvre et fade à part elle. Et dans son existence visiblement, rien n’était figé, mesuré, immuable. C’était cela avant tout qu’elle me transmettait.

 

Écoute-moi bien, Nathalie Rykiel publié aux Éditions Stock.

Au bonheur des fautes de Muriel Gilbert

Au bonheur des fautes de Muriel Gilbert

Au gré de vos lectures, cela vous est forcément arrivé de tomber sur une coquille, un mot mal orthographié, une ponctuation manquante… Ces erreurs font partie intégrante du quotidien des lecteurs et si la plupart du temps elles ne sont pas légion, elles peuvent vite agacer, vous faire froncer les sourcils et sortir de votre lecture. Muriel Gilbert est correctrice et œuvre à rendre plus belle la vie des grammar nazi de France.
N’est-ce pas le plus beau métier du monde ?

Les correcteurs, cette espèce en voie d’extinction

Au bonheur des fautes est le livre qui m’a accompagnée durant toute la durée du Salon du livre de Paris. L’ironie veut que des correcteurs y manifestaient pour dénoncer leurs conditions de travail précaires, cause à laquelle j’étais de fait plus sensibilisée. À l’ère numérique, de plus en plus de contenus sont publiés mais de moins en moins de correcteurs sont embauchés. Le résultat de cette équation ne laisse que peu de possibilités : les lignes qui s’offrent à nos yeux sont truffées de fautes.

Une poignée de «virguleurs» exerce encore ce métier dans des bureaux de rédaction journalistique. C’est le cas de Muriel Gilbert, correctrice au journal Le Monde. Ce métier s’est finalement imposé à elle comme une évidence. Amoureuse des lettres, admiratrice des expressions québécoises (on la comprend !), insatiable de mots elle chérit… les fautes ! Sans les fautes d’orthographe elle ne pourrait bien entendu pas exercer son métier mais son rapport à ces dernières va bien au-delà. Elle sait faire preuve de bienveillance, redécouvrir le sens premier des mots dans les erreurs des enfants ou même des étrangers qui s’essaient à la langue de Molière.

La langue n’est pas gravée dans le marbre. […] Elle appartient à ceux qui la parlent, à ceux qui l’écrivent. Si elle est langue vivante, c’est grâce à eux. […] S’ils sont suffisamment nombreux à faire la même faute… elle devient la norme, et cesse tout bonnement d’en être une. Fautons ensemble !

Ces Confessions d’une dompteuse de mots sont remplies de traits d’esprit, de petites astuces, d’exceptions de la langue française. Son autrice fait participer le lecteur qu’elle instruit par la même occasion de manière ludique. La lecture est fluide et nous arrache de nombreux sourires. Un livre à lire et relire qui n’est pas seulement réservé aux lecteurs pointilleux.

 

Culottées tome 2 de Pénélope Bagieu

Culottées tome 2 de Pénélope Bagieu

Paru le 26 janvier dernier aux éditions Gallimard, Culottées 2 est le second (et dernier) tome des portraits de femmes racontées par Pénélope Bagieu.

Je vous avais déjà fait part ici-même de mon amour pour le premier tome des Culottées et de ma rencontre avec Pénélope Bagieu. De Temple Grandin (ma préférée) s’impliquant pour la défense du bien-être animal à Nelly Blye pionnière du journalisme d’investigation en passant par Mae Jemison astronaute et première rôle d’astronaute réelle à apparaître dans Star Trek, ce tome 2 nous offre 15 portraits de « femmes qui ne font que ce qu’elles veulent ».

mae jamison astronaute star trek pénélope bagieu culottees 2 éditions gallimard

Culottées 2 nous permet donc de découvrir encore plus de femmes méconnues et qui pourtant devraient résider dans les manuels scolaires. Il est touchant de découvrir dans ces portraits la place importante des mères. Certaines de ces femmes ont en effet su compter sur le soutien et l’amour indéfectibles d’une mère qui les a poussé à s’accomplir.

N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.

Je finirai pompeusement avec cette citation de Simone de Beauvoir plus que jamais d’actualité et dont les portraits de Pénélope Bagieu font l’écho. Culottées 2 nous fait prendre conscience du combat mené par les femmes partout dans le monde, combat qui ne cessera d’être et nous donne envie de faire bouger les choses, de nous battre pour nos droits acquis ou non.


Les héroïnes de Pénélope Bagieu ne connaissent pas de frontières et nous rendent fières d’être des femmes, nous rebooste et nous rappelle que dans chaque femme réside une force incommensurable. Aussi bon que le premier tome, Culottées 2 est une BD à lire et à offrir de toute urgence.

Frida Kahlo par Frida Kahlo, sa correspondance

Frida Kahlo par Frida Kahlo, sa correspondance

Figure emblématique du surréalisme mexicain, engagée dans la cause féministe et politique, Frida Kahlo est une femme accomplie. Dernièrement, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué de (re)découvrir le travail de l’artiste peintre mexicaine. L’illustrateur Benjamin Lacombe et son album Frida sorti en novembre dernier propose une immersion dans le processus créatif de l’artiste. L’exposition sur le Mexique qui s’est déroulée au Grand Palais nous offre quant à elle la possibilité d’observer quelques-uns de ses plus célèbres tableaux. Dans Frida Kahlo par Frida Kahlo c’est une toute autre facette que nous découvrons de cette dernière puisqu’il s’agit d’un recueil des lettres qu’elle a envoyées de 1922 à 1954.

Frida Kahlo et la maladie

frida kahlo éditions points exposition mexique grand palais autoportrait aux cheveux coupésFrida a été malade et a subit des opérations toute au long de sa vie. Atteinte de poliomyélite dès l’âge de 6 ans, elle se surnomme « Frida jambe de bois ». A l’âge de 18 ans, le bus dans lequel elle se trouve percute un tramway et plusieurs personnes trouvent la mort dans l’accident. Frida ne s’en sort pas indemne puisqu’elle est transpercée par une barre de métal « de l’abdomen au vagin » et subit de nombreuses fractures. Alitée pendant des mois, elle se familiarise alors avec la littérature et la peinture.

La souffrance qui ne la quittera jamais apparaît dans chacune de ses peintures mais également dans ses lettres. Le recueil commence quelques années avant l’accident qui marque une rupture et sans doute la fin d’une période d’insouciance. Abandonnée par son petit ami, délaissée par ses amis elle souffre de solitude en plus de ses blessures et envoie beaucoup de lettres afin de garder le contact.

Il y a peu, quelques jours à peine, j’étais une petite fille qui marchait dans un monde de couleurs, de formes dures et tangibles. Tout n’était que mystère, tout cachait quelque chose; déchiffrer, apprendre, c’était un jeu plaisant. Si tu savais comme il est terrible de tout savoir soudain, comme si un éclair avait illuminé la terre. A présent, j’habite une planète douloureuse, transparente, comme de la glace, mais qui ne cache rien; c’est comme si j’avais tout appris en quelques secondes, d’un coup, d’un seul.

Tout au long de sa vie elle relatera à ses proches les inquiétudes quant à son état de santé, ses doutes, sa souffrance. Malgré un moral au plus bas, elle essaie pourtant de rester enjouée et positive dans ses écrits. Devenue très proche de son médecin, elle lui écrit de nombreuses lettres amicales et parfois des demandes de conseils médicaux.

La seule bonne nouvelle, c’est que je commence à m’habituer à souffrir…

Frida Kahlo et l’amour

Le besoin d’aimer et d’être aimée est peut-être ce qui transparaît le plus dans les lettres de Frida. Amie fidèle, elle ne manque jamais d’écrire même si cela se fait avec des mois et des mois de retard ! Elle semble avoir gardé les mêmes amis à travers les années et a besoin d’être entourée de leur présence, à en croire les nombreuses invitations qu’elle envoie. Elle réalise aussi beaucoup de portraits de ses proches et rencontres qu’elle envoie avec un poème ou un petit mot.

Je n’ai rien car je ne l’ai pas lui.

Et comment parler de Frida sans évoquer Diego Rivera, muraliste et époux de cette dernière ? Elle évoque son travail, ses peintures mais aussi leur relation, leurs séparations sans jamais se départir de la passion qu’elle lui voue. Il est sans doute la personne qui l’a fait le plus souffrir et est le grand amour de sa vie même si elle connaîtra de nombreux amants et maîtresses au cours de sa vie. L’amour qu’elle voue au Mexique tient également une grand place dans sa vie puisqu’elle y puise ses inspirations et n’aura de cesse de regretter son petit village natal…
frida kahlo cerf


Ce recueil de correspondances unilatérales permet de percer un peu plus le mystère que représente Frida Kahlo. Les nombreuses notes en bas de page aident à y voir plus clair dans ces échanges foisonnants qui mettent en scène de nombreux destinataires. La peintre est touchante, sincère, drôle et parfois dure et cela se reflète dans chacune de ses lettres. Il nous est difficile de refermer ce livre tant l’impression de perdre une « bonne copine » est présente. Un livre à avoir dans sa bibliothèque pour tout admirateur de l’artiste !

Frida Kahlo par Frida Kahlo aux éditions Points.

L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

L’amie prodigieuse (aux éditions Folio), premier tome de la saga qui couvre l’enfance et l’adolescence de deux jeunes italiennes. D’Elena Ferrante on ne connaît rien puisqu’elle a décidé de rester dans l’ombre. En octobre dernier, un journaliste a tenté de révéler sa véritable identité déclenchant un tollé mêlant indignation face à une investigation intrusive et curiosité face à l’autrice très secrète. Toutefois et lors d’interviews écrites, nous avons appris qu’elle est mère de famille et que son œuvre est d’inspiration autobiographique. Traduits dans 40 langues, les livres d’Elena Ferrante bénéficient d’un lectorat nombreux en Europe et en Amérique du Nord ainsi que des meilleurs chiffres de vente en France dès leur sortie.

L’amitié au cœur d’un quartier démuni de l’Italie des années 50

Elena et Lila sont deux petites filles vivant dans un quartier pauvre de Naples dans le sud de l’Italie à la fin des années cinquante. Elles sont issues de la classe sociale défavorisée aux prises avec le miracle économique italien. L’histoire est racontée du point de vue d’Elena, dite Lenu qui voue une passion amicale presque douloureuse pour Lila. Dans la même classe, les deux enfants se tournent autour, se cherchent, s’apprivoisent. Elles inventent des jeux, des paris… La compétition alors mise en place ne cessera jamais.

Elles se découvrent une passion pour l’apprentissage, obtiennent des bonnes notes et les grâces des professeurs. Elles veulent écrire des livres comme Les quatre filles du docteur March, devenir riches, s’en sortir. Sortir de cette violence qui est monnaie courante dans un quartier où il n’y a guère d’échappatoire. La violence, elles y sont confrontées dès leur plus jeune âge dans la rue comme au sein de leur famille. La violence qui est également leur meilleur moyen de défense afin de ne pas montrer une quelconque faiblesse.

Je ne suis pas nostalgique de notre enfance: elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout: et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.

la baie de naples italie l'amie prodigieuse elena ferrante folio éditions livres
La baie de Naples, Italie.

Etudier coûte cher et n’est pas toujours prioritaire quand on peut aider sa famille en trouvant un travail ou en aidant aux taches ménagères, d’autant plus lorsqu’on est une fille… C’est pourquoi Lila abandonne ses études et aide son père et son frère à la cordonnerie familiale. Ne se laissant jamais abattre, elle se prend de passion pour la fabrication de chaussures, déborde de projets et emprunte des livres à la bibliothèque afin d’apprendre en autodidacte le grec et le latin comme son amie. Lenu continue quant à elle ses études, poussée par ses professeurs et sa famille qui n’a pas d’autre choix qu’accepter, entre fierté et expectative.

C’est quoi pour toi, »une ville sans amour »?
-C’est une population qui ne connaît pas le bonheur.
L’Italie pendant le fascisme, l’Allemagne pendant le nazisme, nous tous, les êtres humains, dans le monde d’aujourd’hui.

Le quartier dans lequel elles grandissent est régie par l’échelle sociale des familles. Ceux qui ont réussi et sont riches et ceux qui peinent à joindre les deux bouts. La haine n’est jamais loin et les italiens apprennent dès leur plus jeune âge à respecter untel, craindre un autre, etc. Les vieilles rancunes se transmettent de génération en génération mais lorsque Don Achille, l’ogre que tout le monde respecte et craint est assassiné, les cartes sont redistribuées.

Lila et Lenu qui sont dans la fleur de l’âge voient leur corps changer et leurs relations avec les adolescents faire de même dans une société où le machisme est roi. Elles se découvrent un certain pouvoir sur ces derniers et voient là une manière de peut-être changer leur destin… Mais avec ces premiers amours sonne également l’éloignement des deux jeunes femmes.


Les deux amies, très différentes autant physiquement que mentalement ne cesseront de se pousser au meilleur. Leur relation unique, fusionnelle et parfois empreinte d’une certaine ambivalence évolue au fil des pages. On ne sait comment celle-ci va aboutir et on ne peut que continuer fébrilement notre lecture. Le contexte européen, le milieu social, politique et économique et les problèmes qu’ils génèrent sont passionnants et rendent le récit encore plus réaliste. La foule de personnages secondaires rend le tout encore plus riche et nous suivons tout ce petit monde sur plusieurs années. L’amie prodigieuse est le magnifique portrait d’une Italie non idéalisée et de ses deux héroïnes dépeintes avec tendresse.

2710 jours, le journal intime de Lucien Violleau

2710 jours, le journal intime de Lucien Violleau

2710 jours de Lucien Violleau m’a gentiment été envoyé par Les Archives Dormantes. Cette maison d’édition spécialisée dans les journaux intimes, mémoires et correspondances découvre 2710 jours lors d’un spectacle : celui du petit fils de l’auteur. D’après les écrits de son grand-père, Damien Pouvreau rend hommage à son aïeul à travers une création scénique et musicale, qu’il a imaginée et interprétée.

Prisonniers de guerre français de la Seconde Guerre mondiale

1 845 000 prisonniers de guerre français seront capturés par les armée du IIIème Reich et envoyés dans des camps en Allemagne. À partir de 1942, environ 210 000 prisonniers restèrent en Allemagne, mais devinrent des travailleurs civils. Ils logent alors dans des camps de travailleurs où ils travaillent pour les Allemands ou pour des sociétés françaises qui participent à l’effort de guerre de l’Occupant. Ils sont payés 10 francs par jour pour 6 à 8 heures de travail. Environ la moitié d’entre eux travaillèrent dans l’agriculture allemande, les autres travaillèrent dans des usines ou des mines, où les conditions étaient beaucoup plus sévères. (source Wikipédia)

prisonniers de guerre français dans le nord de la France en 1940 2710 jours les archives dormantes lucien violleau
Prisonniers français dans le nord de la France en 1940

C’est l’histoire que Lucien Violleau couche sur papier dans son journal intime désormais intitulé 2710 jours, soit la durée passée loin de ses proches.

Un devoir de mémoire

Lecteur, qui que tu sois / Si la pudeur s’y oppose / Ces pages ne les lis pas / Trop de bêtises y reposent. / Et malgré tout, sans amertume / Si tu les lis quelques instants / Pense un peu, sans rancune / Aux souvenirs du régiment. / Dans ce cahier pour toi, bel enfant / Tu ne trouveras ni fleur ni devise / Amoureuse, garde-toi d’effeuiller ces pages affreuses / Qui font venir des rides / À nos fronts de vingt ans. / Si tenté par le démon tu dérobais ce livre / Apprends que tout fripon est indigne de vivre / Ce livre est à moi comme la relique au roi / La Vendée est mon pays / Et Lucien Violleau est mon nom ! / Quand la neige tombera noire / Et que les corbeaux voleront blancs / S’effaceront de ma mémoire / Les souvenirs du régiment.

C’est sur cette prose que débute 2710 jours puis par le récit du service militaire de Lucien. Ce dernier enchaînera directement la fin de son service avec sa prise en fonction au cœur de la Seconde Guerre mondiale. Le journal intime dont les premières pages sont écrites à la troisième personne et comportent des phrases très courtes se développe peu à peu jusqu’à dévoiler son réel but : une manière pour Lucien de confier ses craintes et réflexions mais aussi pour transmettre aux générations futures.

2710 jours après, la Libération

Mais avant cela, Lucien Violleau est fait prisonnier par les Allemands et interné dans un camp de travail avant d’être exilé en Allemagne. Il va connaître toutes sortes de privations. Celle de la nourriture qui se fait rare et celle – peut être plus difficile encore à supporter – de sa famille et sa fiancée restées au pays. Dans la mine dans laquelle il est embauché, le travail lui permet de s’occuper l’esprit… Le moral est souvent au plus bas.

Sous la coupe des Allemands, certains trouvent grâce à leurs yeux quand d’autres – la plupart – ne sont que les ennemis jurés de leur pays dont ils ont précipité la chute. Amenés à travailler au cœur des civils, la relation avec ses derniers est tout d’abord une bouffée d’oxygène. Puis, un fossé se creuse au gré de l’avancement de l’armée Allemande, des nouvelles du front et de la fin de la Guerre qui s’annonce.

En tant que lecteur, nous avons bien entendu connaissance des événements à venir et du temps qu’il leur reste à être enfermés. Eux sont alors dans une ignorance quasi totale et n’ont que peu de nouvelles extérieures du camp.

De 1940 à 1945, 51 000 prisonniers français trouvèrent la mort ou disparurent au cours de leur captivité. Lucien Violleau est de ceux qui furent rapatriés en France à l’été 1945. 

2710 jours les archives dormantes lucien violleau


2710 jours nous offre un aspect de la guerre 39-45 un peu moins représenté, celui des prisonniers dans les camps de travail. Ce journal intime est important pour le message de transmission qu’il véhicule, ne serait-ce que pour ne pas reproduire les horreurs et la folie de la Guerre. Il est également le témoignage d’une jeunesse perdue à jamais. Un livre à offrir à tous les passionnés d’Histoire !

Culottées Tome 1 de Pénélope Bagieu

Culottées Tome 1 de Pénélope Bagieu

Culottées rend hommage aux femmes qui ont marqué l’Histoire par leur caractère, leur personnalité, leurs actions, leur art, etc. Condensées en une bande dessinée sortie en septembre dernier, Pénélope Bagieu nous livre les mini-biographies de femmes aussi courageuses qu’inspirantes. J’ai eu la chance de trouver le premier tome sous le sapin, j’avais très envie de découvrir ce nouveau travail de l’auteure après avoir adoré sa biographie de Mama Cass dans California Dreamin.

pénélope bagieu auteure des culottées éditions gallimard
Pénélope Bagieu, auteure des Culottées

Une femme, une histoire

Dans Culottées, nous découvrons les portraits d’Agnodice, gynécologue dans la Grèce antique qui va se travestir afin de pouvoir exercer son métier, de Christine Jorgensen, première personne à avoir subi une opération chirurgicale de réassignation sexuelle, de Tove Jansson, créatrice des Moumines et de 12 autres femmes.

Si le fond est admirable la forme n’est quant à elle pas en reste. Les photos ne rendent malheureusement pas justice à la magnifique couverture aux reflets brillants ! A l’intérieur et entre chaque biographie, une double page d’illustration aux couleurs flamboyantes dépeint l’univers des Culottées.

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La double page d’illustration concernant Joséphine Baker

Chaque histoire est relativement courte, Pénélope Bagieu va à l’essentiel et nous offre un résumé de la vie de chaque femme en nous donnant toujours l’envie d’en savoir plus. S’il est parfois frustrant de quitter aussi vite une personnalité à laquelle on s’est attaché, le besoin de faire ses recherches en parallèle est inévitable.

Ce qui m’intéressait, ce n’était pas forcément de rentrer dans le détail de la vie de chacune d’entre elles, mais de faire apparaître un fil rouge. Ce sont des destins qui me touchent et qui m’inspirent. Ces femmes ont rencontré l’adversité, elles ont subi la pression familiale et ont été confrontées pour beaucoup d’entre elles à l’impossibilité de faire des études. Mais elles ont toujours trouvé des plans B pour réussir à prendre leur destin en main et finir par faire ce qu’elles voulaient. J’ai essayé de montrer la diversité de leurs histoires, en piochant dans toutes les époques et dans toutes les cultures, mais avec les mêmes constantes. (source : Nouvel Obs)

L’auteure nous donne les outils qui nous permettent de nous imprégner de ces histoires et c’est comme si elle nous passait le relais. A nous de raconter ces femmes, à nous de les transmettre. A l’instar des contes, ces chapitres deviennent alors aussi importants pour la mémoire collective. Ou en tout cas une mémoire que l’on déciderait de se construire, là où l’Histoire enseignée comporte des lacunes.


joséphine baker dans les culottées tome 1 de pénélope bagieu aux éditions gallimardUn très bel objet aussi beau à l’intérieur qu’à l’extérieur. On y retrouve l’humour de Pénélope Bagieu et on sent qu’elle a mis beaucoup de sa personne dans cet album, l’admiration qu’elle voue à ces femmes y étant palpable ! Finalement il ne reste que peu de temps à attendre le retour des Culottées puisque le tome 2 est prévu pour le 26 janvier prochain, toujours aux éditions Gallimard ! Mais pour celles et ceux qui ne pourraient pas attendre les planches sont disponibles sur le blog Culottées hébergé par le Monde.