Au bonheur des fautes de Muriel Gilbert

Au bonheur des fautes de Muriel Gilbert

Au gré de vos lectures, cela vous est forcément arrivé de tomber sur une coquille, un mot mal orthographié, une ponctuation manquante… Ces erreurs font partie intégrante du quotidien des lecteurs et si la plupart du temps elles ne sont pas légion, elles peuvent vite agacer, vous faire froncer les sourcils et sortir de votre lecture. Muriel Gilbert est correctrice et œuvre à rendre plus belle la vie des grammar nazi de France.
N’est-ce pas le plus beau métier du monde ?

Les correcteurs, cette espèce en voie d’extinction

Au bonheur des fautes est le livre qui m’a accompagnée durant toute la durée du Salon du livre de Paris. L’ironie veut que des correcteurs y manifestaient pour dénoncer leurs conditions de travail précaires, cause à laquelle j’étais de fait plus sensibilisée. À l’ère numérique, de plus en plus de contenus sont publiés mais de moins en moins de correcteurs sont embauchés. Le résultat de cette équation ne laisse que peu de possibilités : les lignes qui s’offrent à nos yeux sont truffées de fautes.

Une poignée de «virguleurs» exerce encore ce métier dans des bureaux de rédaction journalistique. C’est le cas de Muriel Gilbert, correctrice au journal Le Monde. Ce métier s’est finalement imposé à elle comme une évidence. Amoureuse des lettres, admiratrice des expressions québécoises (on la comprend !), insatiable de mots elle chérit… les fautes ! Sans les fautes d’orthographe elle ne pourrait bien entendu pas exercer son métier mais son rapport à ces dernières va bien au-delà. Elle sait faire preuve de bienveillance, redécouvrir le sens premier des mots dans les erreurs des enfants ou même des étrangers qui s’essaient à la langue de Molière.

La langue n’est pas gravée dans le marbre. […] Elle appartient à ceux qui la parlent, à ceux qui l’écrivent. Si elle est langue vivante, c’est grâce à eux. […] S’ils sont suffisamment nombreux à faire la même faute… elle devient la norme, et cesse tout bonnement d’en être une. Fautons ensemble !

Ces Confessions d’une dompteuse de mots sont remplies de traits d’esprit, de petites astuces, d’exceptions de la langue française. Son autrice fait participer le lecteur qu’elle instruit par la même occasion de manière ludique. La lecture est fluide et nous arrache de nombreux sourires. Un livre à lire et relire qui n’est pas seulement réservé aux lecteurs pointilleux.

 

Culottées tome 2 de Pénélope Bagieu

Culottées tome 2 de Pénélope Bagieu

Paru le 26 janvier dernier aux éditions Gallimard, Culottées 2 est le second (et dernier) tome des portraits de femmes racontées par Pénélope Bagieu.

Je vous avais déjà fait part ici-même de mon amour pour le premier tome des Culottées et de ma rencontre avec Pénélope Bagieu. De Temple Grandin (ma préférée) s’impliquant pour la défense du bien-être animal à Nelly Blye pionnière du journalisme d’investigation en passant par Mae Jemison astronaute et première rôle d’astronaute réelle à apparaître dans Star Trek, ce tome 2 nous offre 15 portraits de « femmes qui ne font que ce qu’elles veulent ».

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Culottées 2 nous permet donc de découvrir encore plus de femmes méconnues et qui pourtant devraient résider dans les manuels scolaires. Il est touchant de découvrir dans ces portraits la place importante des mères. Certaines de ces femmes ont en effet su compter sur le soutien et l’amour indéfectibles d’une mère qui les a poussé à s’accomplir.

N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.

Je finirai pompeusement avec cette citation de Simone de Beauvoir plus que jamais d’actualité et dont les portraits de Pénélope Bagieu font l’écho. Culottées 2 nous fait prendre conscience du combat mené par les femmes partout dans le monde, combat qui ne cessera d’être et nous donne envie de faire bouger les choses, de nous battre pour nos droits acquis ou non.


Les héroïnes de Pénélope Bagieu ne connaissent pas de frontières et nous rendent fières d’être des femmes, nous rebooste et nous rappelle que dans chaque femme réside une force incommensurable. Aussi bon que le premier tome, Culottées 2 est une BD à lire et à offrir de toute urgence.

Frida Kahlo par Frida Kahlo, sa correspondance

Frida Kahlo par Frida Kahlo, sa correspondance

Figure emblématique du surréalisme mexicain, engagée dans la cause féministe et politique, Frida Kahlo est une femme accomplie. Dernièrement, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué de (re)découvrir le travail de l’artiste peintre mexicaine. L’illustrateur Benjamin Lacombe et son album Frida sorti en novembre dernier propose une immersion dans le processus créatif de l’artiste. L’exposition sur le Mexique qui s’est déroulée au Grand Palais nous offre quant à elle la possibilité d’observer quelques-uns de ses plus célèbres tableaux. Dans Frida Kahlo par Frida Kahlo c’est une toute autre facette que nous découvrons de cette dernière puisqu’il s’agit d’un recueil des lettres qu’elle a envoyées de 1922 à 1954.

Frida Kahlo et la maladie

frida kahlo éditions points exposition mexique grand palais autoportrait aux cheveux coupésFrida a été malade et a subit des opérations toute au long de sa vie. Atteinte de poliomyélite dès l’âge de 6 ans, elle se surnomme « Frida jambe de bois ». A l’âge de 18 ans, le bus dans lequel elle se trouve percute un tramway et plusieurs personnes trouvent la mort dans l’accident. Frida ne s’en sort pas indemne puisqu’elle est transpercée par une barre de métal « de l’abdomen au vagin » et subit de nombreuses fractures. Alitée pendant des mois, elle se familiarise alors avec la littérature et la peinture.

La souffrance qui ne la quittera jamais apparaît dans chacune de ses peintures mais également dans ses lettres. Le recueil commence quelques années avant l’accident qui marque une rupture et sans doute la fin d’une période d’insouciance. Abandonnée par son petit ami, délaissée par ses amis elle souffre de solitude en plus de ses blessures et envoie beaucoup de lettres afin de garder le contact.

Il y a peu, quelques jours à peine, j’étais une petite fille qui marchait dans un monde de couleurs, de formes dures et tangibles. Tout n’était que mystère, tout cachait quelque chose; déchiffrer, apprendre, c’était un jeu plaisant. Si tu savais comme il est terrible de tout savoir soudain, comme si un éclair avait illuminé la terre. A présent, j’habite une planète douloureuse, transparente, comme de la glace, mais qui ne cache rien; c’est comme si j’avais tout appris en quelques secondes, d’un coup, d’un seul.

Tout au long de sa vie elle relatera à ses proches les inquiétudes quant à son état de santé, ses doutes, sa souffrance. Malgré un moral au plus bas, elle essaie pourtant de rester enjouée et positive dans ses écrits. Devenue très proche de son médecin, elle lui écrit de nombreuses lettres amicales et parfois des demandes de conseils médicaux.

La seule bonne nouvelle, c’est que je commence à m’habituer à souffrir…

Frida Kahlo et l’amour

Le besoin d’aimer et d’être aimée est peut-être ce qui transparaît le plus dans les lettres de Frida. Amie fidèle, elle ne manque jamais d’écrire même si cela se fait avec des mois et des mois de retard ! Elle semble avoir gardé les mêmes amis à travers les années et a besoin d’être entourée de leur présence, à en croire les nombreuses invitations qu’elle envoie. Elle réalise aussi beaucoup de portraits de ses proches et rencontres qu’elle envoie avec un poème ou un petit mot.

Je n’ai rien car je ne l’ai pas lui.

Et comment parler de Frida sans évoquer Diego Rivera, muraliste et époux de cette dernière ? Elle évoque son travail, ses peintures mais aussi leur relation, leurs séparations sans jamais se départir de la passion qu’elle lui voue. Il est sans doute la personne qui l’a fait le plus souffrir et est le grand amour de sa vie même si elle connaîtra de nombreux amants et maîtresses au cours de sa vie. L’amour qu’elle voue au Mexique tient également une grand place dans sa vie puisqu’elle y puise ses inspirations et n’aura de cesse de regretter son petit village natal…
frida kahlo cerf


Ce recueil de correspondances unilatérales permet de percer un peu plus le mystère que représente Frida Kahlo. Les nombreuses notes en bas de page aident à y voir plus clair dans ces échanges foisonnants qui mettent en scène de nombreux destinataires. La peintre est touchante, sincère, drôle et parfois dure et cela se reflète dans chacune de ses lettres. Il nous est difficile de refermer ce livre tant l’impression de perdre une « bonne copine » est présente. Un livre à avoir dans sa bibliothèque pour tout admirateur de l’artiste !

Frida Kahlo par Frida Kahlo aux éditions Points.

L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

L’amie prodigieuse (aux éditions Folio), premier tome de la saga qui couvre l’enfance et l’adolescence de deux jeunes italiennes. D’Elena Ferrante on ne connaît rien puisqu’elle a décidé de rester dans l’ombre. En octobre dernier, un journaliste a tenté de révéler sa véritable identité déclenchant un tollé mêlant indignation face à une investigation intrusive et curiosité face à l’autrice très secrète. Toutefois et lors d’interviews écrites, nous avons appris qu’elle est mère de famille et que son œuvre est d’inspiration autobiographique. Traduits dans 40 langues, les livres d’Elena Ferrante bénéficient d’un lectorat nombreux en Europe et en Amérique du Nord ainsi que des meilleurs chiffres de vente en France dès leur sortie.

L’amitié au cœur d’un quartier démuni de l’Italie des années 50

Elena et Lila sont deux petites filles vivant dans un quartier pauvre de Naples dans le sud de l’Italie à la fin des années cinquante. Elles sont issues de la classe sociale défavorisée aux prises avec le miracle économique italien. L’histoire est racontée du point de vue d’Elena, dite Lenu qui voue une passion amicale presque douloureuse pour Lila. Dans la même classe, les deux enfants se tournent autour, se cherchent, s’apprivoisent. Elles inventent des jeux, des paris… La compétition alors mise en place ne cessera jamais.

Elles se découvrent une passion pour l’apprentissage, obtiennent des bonnes notes et les grâces des professeurs. Elles veulent écrire des livres comme Les quatre filles du docteur March, devenir riches, s’en sortir. Sortir de cette violence qui est monnaie courante dans un quartier où il n’y a guère d’échappatoire. La violence, elles y sont confrontées dès leur plus jeune âge dans la rue comme au sein de leur famille. La violence qui est également leur meilleur moyen de défense afin de ne pas montrer une quelconque faiblesse.

Je ne suis pas nostalgique de notre enfance: elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout: et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.

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La baie de Naples, Italie.

Etudier coûte cher et n’est pas toujours prioritaire quand on peut aider sa famille en trouvant un travail ou en aidant aux taches ménagères, d’autant plus lorsqu’on est une fille… C’est pourquoi Lila abandonne ses études et aide son père et son frère à la cordonnerie familiale. Ne se laissant jamais abattre, elle se prend de passion pour la fabrication de chaussures, déborde de projets et emprunte des livres à la bibliothèque afin d’apprendre en autodidacte le grec et le latin comme son amie. Lenu continue quant à elle ses études, poussée par ses professeurs et sa famille qui n’a pas d’autre choix qu’accepter, entre fierté et expectative.

C’est quoi pour toi, »une ville sans amour »?
-C’est une population qui ne connaît pas le bonheur.
L’Italie pendant le fascisme, l’Allemagne pendant le nazisme, nous tous, les êtres humains, dans le monde d’aujourd’hui.

Le quartier dans lequel elles grandissent est régie par l’échelle sociale des familles. Ceux qui ont réussi et sont riches et ceux qui peinent à joindre les deux bouts. La haine n’est jamais loin et les italiens apprennent dès leur plus jeune âge à respecter untel, craindre un autre, etc. Les vieilles rancunes se transmettent de génération en génération mais lorsque Don Achille, l’ogre que tout le monde respecte et craint est assassiné, les cartes sont redistribuées.

Lila et Lenu qui sont dans la fleur de l’âge voient leur corps changer et leurs relations avec les adolescents faire de même dans une société où le machisme est roi. Elles se découvrent un certain pouvoir sur ces derniers et voient là une manière de peut-être changer leur destin… Mais avec ces premiers amours sonne également l’éloignement des deux jeunes femmes.


Les deux amies, très différentes autant physiquement que mentalement ne cesseront de se pousser au meilleur. Leur relation unique, fusionnelle et parfois empreinte d’une certaine ambivalence évolue au fil des pages. On ne sait comment celle-ci va aboutir et on ne peut que continuer fébrilement notre lecture. Le contexte européen, le milieu social, politique et économique et les problèmes qu’ils génèrent sont passionnants et rendent le récit encore plus réaliste. La foule de personnages secondaires rend le tout encore plus riche et nous suivons tout ce petit monde sur plusieurs années. L’amie prodigieuse est le magnifique portrait d’une Italie non idéalisée et de ses deux héroïnes dépeintes avec tendresse.

2710 jours, le journal intime de Lucien Violleau

2710 jours, le journal intime de Lucien Violleau

2710 jours de Lucien Violleau m’a gentiment été envoyé par Les Archives Dormantes. Cette maison d’édition spécialisée dans les journaux intimes, mémoires et correspondances découvre 2710 jours lors d’un spectacle : celui du petit fils de l’auteur. D’après les écrits de son grand-père, Damien Pouvreau rend hommage à son aïeul à travers une création scénique et musicale, qu’il a imaginée et interprétée.

Prisonniers de guerre français de la Seconde Guerre mondiale

1 845 000 prisonniers de guerre français seront capturés par les armée du IIIème Reich et envoyés dans des camps en Allemagne. À partir de 1942, environ 210 000 prisonniers restèrent en Allemagne, mais devinrent des travailleurs civils. Ils logent alors dans des camps de travailleurs où ils travaillent pour les Allemands ou pour des sociétés françaises qui participent à l’effort de guerre de l’Occupant. Ils sont payés 10 francs par jour pour 6 à 8 heures de travail. Environ la moitié d’entre eux travaillèrent dans l’agriculture allemande, les autres travaillèrent dans des usines ou des mines, où les conditions étaient beaucoup plus sévères. (source Wikipédia)

prisonniers de guerre français dans le nord de la France en 1940 2710 jours les archives dormantes lucien violleau
Prisonniers français dans le nord de la France en 1940

C’est l’histoire que Lucien Violleau couche sur papier dans son journal intime désormais intitulé 2710 jours, soit la durée passée loin de ses proches.

Un devoir de mémoire

Lecteur, qui que tu sois / Si la pudeur s’y oppose / Ces pages ne les lis pas / Trop de bêtises y reposent. / Et malgré tout, sans amertume / Si tu les lis quelques instants / Pense un peu, sans rancune / Aux souvenirs du régiment. / Dans ce cahier pour toi, bel enfant / Tu ne trouveras ni fleur ni devise / Amoureuse, garde-toi d’effeuiller ces pages affreuses / Qui font venir des rides / À nos fronts de vingt ans. / Si tenté par le démon tu dérobais ce livre / Apprends que tout fripon est indigne de vivre / Ce livre est à moi comme la relique au roi / La Vendée est mon pays / Et Lucien Violleau est mon nom ! / Quand la neige tombera noire / Et que les corbeaux voleront blancs / S’effaceront de ma mémoire / Les souvenirs du régiment.

C’est sur cette prose que débute 2710 jours puis par le récit du service militaire de Lucien. Ce dernier enchaînera directement la fin de son service avec sa prise en fonction au cœur de la Seconde Guerre mondiale. Le journal intime dont les premières pages sont écrites à la troisième personne et comportent des phrases très courtes se développe peu à peu jusqu’à dévoiler son réel but : une manière pour Lucien de confier ses craintes et réflexions mais aussi pour transmettre aux générations futures.

2710 jours après, la Libération

Mais avant cela, Lucien Violleau est fait prisonnier par les Allemands et interné dans un camp de travail avant d’être exilé en Allemagne. Il va connaître toutes sortes de privations. Celle de la nourriture qui se fait rare et celle – peut être plus difficile encore à supporter – de sa famille et sa fiancée restées au pays. Dans la mine dans laquelle il est embauché, le travail lui permet de s’occuper l’esprit… Le moral est souvent au plus bas.

Sous la coupe des Allemands, certains trouvent grâce à leurs yeux quand d’autres – la plupart – ne sont que les ennemis jurés de leur pays dont ils ont précipité la chute. Amenés à travailler au cœur des civils, la relation avec ses derniers est tout d’abord une bouffée d’oxygène. Puis, un fossé se creuse au gré de l’avancement de l’armée Allemande, des nouvelles du front et de la fin de la Guerre qui s’annonce.

En tant que lecteur, nous avons bien entendu connaissance des événements à venir et du temps qu’il leur reste à être enfermés. Eux sont alors dans une ignorance quasi totale et n’ont que peu de nouvelles extérieures du camp.

De 1940 à 1945, 51 000 prisonniers français trouvèrent la mort ou disparurent au cours de leur captivité. Lucien Violleau est de ceux qui furent rapatriés en France à l’été 1945. 

2710 jours les archives dormantes lucien violleau


2710 jours nous offre un aspect de la guerre 39-45 un peu moins représenté, celui des prisonniers dans les camps de travail. Ce journal intime est important pour le message de transmission qu’il véhicule, ne serait-ce que pour ne pas reproduire les horreurs et la folie de la Guerre. Il est également le témoignage d’une jeunesse perdue à jamais. Un livre à offrir à tous les passionnés d’Histoire !

Culottées Tome 1 de Pénélope Bagieu

Culottées Tome 1 de Pénélope Bagieu

Culottées rend hommage aux femmes qui ont marqué l’Histoire par leur caractère, leur personnalité, leurs actions, leur art, etc. Condensées en une bande dessinée sortie en septembre dernier, Pénélope Bagieu nous livre les mini-biographies de femmes aussi courageuses qu’inspirantes. J’ai eu la chance de trouver le premier tome sous le sapin, j’avais très envie de découvrir ce nouveau travail de l’auteure après avoir adoré sa biographie de Mama Cass dans California Dreamin.

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Pénélope Bagieu, auteure des Culottées

Une femme, une histoire

Dans Culottées, nous découvrons les portraits d’Agnodice, gynécologue dans la Grèce antique qui va se travestir afin de pouvoir exercer son métier, de Christine Jorgensen, première personne à avoir subi une opération chirurgicale de réassignation sexuelle, de Tove Jansson, créatrice des Moumines et de 12 autres femmes.

Si le fond est admirable la forme n’est quant à elle pas en reste. Les photos ne rendent malheureusement pas justice à la magnifique couverture aux reflets brillants ! A l’intérieur et entre chaque biographie, une double page d’illustration aux couleurs flamboyantes dépeint l’univers des Culottées.

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La double page d’illustration concernant Joséphine Baker

Chaque histoire est relativement courte, Pénélope Bagieu va à l’essentiel et nous offre un résumé de la vie de chaque femme en nous donnant toujours l’envie d’en savoir plus. S’il est parfois frustrant de quitter aussi vite une personnalité à laquelle on s’est attaché, le besoin de faire ses recherches en parallèle est inévitable.

Ce qui m’intéressait, ce n’était pas forcément de rentrer dans le détail de la vie de chacune d’entre elles, mais de faire apparaître un fil rouge. Ce sont des destins qui me touchent et qui m’inspirent. Ces femmes ont rencontré l’adversité, elles ont subi la pression familiale et ont été confrontées pour beaucoup d’entre elles à l’impossibilité de faire des études. Mais elles ont toujours trouvé des plans B pour réussir à prendre leur destin en main et finir par faire ce qu’elles voulaient. J’ai essayé de montrer la diversité de leurs histoires, en piochant dans toutes les époques et dans toutes les cultures, mais avec les mêmes constantes. (source : Nouvel Obs)

L’auteure nous donne les outils qui nous permettent de nous imprégner de ces histoires et c’est comme si elle nous passait le relais. A nous de raconter ces femmes, à nous de les transmettre. A l’instar des contes, ces chapitres deviennent alors aussi importants pour la mémoire collective. Ou en tout cas une mémoire que l’on déciderait de se construire, là où l’Histoire enseignée comporte des lacunes.


joséphine baker dans les culottées tome 1 de pénélope bagieu aux éditions gallimardUn très bel objet aussi beau à l’intérieur qu’à l’extérieur. On y retrouve l’humour de Pénélope Bagieu et on sent qu’elle a mis beaucoup de sa personne dans cet album, l’admiration qu’elle voue à ces femmes y étant palpable ! Finalement il ne reste que peu de temps à attendre le retour des Culottées puisque le tome 2 est prévu pour le 26 janvier prochain, toujours aux éditions Gallimard ! Mais pour celles et ceux qui ne pourraient pas attendre les planches sont disponibles sur le blog Culottées hébergé par le Monde.


Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines

Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines

Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines est un roman de William S. Burroughs et de Jack Kerouac écrit en 1945 et paru pour la première fois en 2008. Sous ce titre long et barbare se cacherait un fait-divers relaté par une station de radio écoutée par les auteurs et qui décrit un incendie survenu dans un zoo de Londres.


Manhattan, été 1944. Autour de Will, serveur dans un bar, et de Mike, marin dans la Marchande, gravite toute une constellation d’amis sans le sou, qui errent dans la chaleur de la ville et se retrouvent lors d’improbables soirées. Parmi eux, Phillip, un gamin de dix-sept ans moitié turc moitié américain à la beauté insolente, et Al, la quarantaine un peu pathétique, qui est éperdument amoureux de lui. Partout où va Phil, Al, jamais découragé par les refus du garçon, le suit comme son ombre. Pour lui échapper et par goût de l’aventure, Phil accepte la proposition de son ami Mike : s’embarquer, dès que possible, sur un navire de la marine marchande vers l’Europe. Mais le départ tant attendu est plusieurs fois reporté…

Un récit à deux voix…

Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines est écrit à quatre mains. Celles de William Burroughs d’une part et celles de Kerouac de l’autre. Au moment de son écriture, ils n’ont encore publié aucun livre. C’est la première fois que les deux amis et auteurs de la Beat Generation s’essaient à l’exercice et cela rend la lecture encore plus intéressante. Chacun écrit un chapitre à tour de rôle sous les pseudonymes respectifs de Mike Ryko et Will Dennison

Inspiré d’une histoire vraie

william s burroughs lucien carr allen ginsberg jack kerouac
De gauche à droite : William S. Burroughs, Lucien Carr et Allen Ginsberg

Toutefois, les deux écrivains s’inspirent souvent de leurs proches dans leurs récits. Dans Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines, Kerouac et Burroughs relatent en fait un meurtre commis par l’un des leurs amis, dont ils obtiennent l’aveu rapidement et pour lequel aucun ne se décide à avertir la police. C’est de cette histoire vraie dont s’inspire le roman. En 1944, un ami des auteurs, Lucien Carr, poignarde à mort un prétendant, David Eames Kammerrer au cours d’une bagarre et sous l’effet de l’alcool. Lucien s’était de son vivant toujours opposé à des publications traitant de ce sujet.


Profondément marqués par le meurtre d’un ami par un ami, Kerouac et Burroughs ne cesseront d’écrire dessus. On retrouve l’énergie propre aux auteurs et leurs personnages qui ne tiennent pas en place dans la ville de New York. Un ouvrage crucial pour qui veut comprendre et aborder ce qui sera « le premier crime de la Beat Generation ».

California Dreamin’ de Pénélope Bagieu

California Dreamin’ de Pénélope Bagieu

C’est lors d’un week-end à la campagne que je découvre California Dreamin’ (aux éditions Gallimard), posé sur les étagères de la bibliothèque familiale. De cette bande-dessinée, je ne connaissais pas du tout l’intrigue ni le style graphique. Son auteure par contre, je la suivais à l’époque de son blog Ma vie est tout à fait fascinante, puis de ses parutions BD telles que Joséphine et Cadavre exquis. Je dois bien avouer ne pas avoir suivi son travail depuis et c’est donc avec plaisir que j’ai lu California Dreamin’ avec pour fond sonore The mamas and the papas

All the leaves are brown and the sky is gray / I’ve been for a walk on a winter’s day / I’d be safe and if I was in L.A / California dreamin’ on such a winter’s day

Retour sur la chanson qui a marquée les années 60

 

Ces paroles – qui j’en suis sûre ne vous sont pas inconnues – sont issues de la chanson California Dreamin’ interprétée par The mamas and the papas. Commercialisée en 1965, elle va vite devenir l’hymne de toute une génération mais aussi le témoin des premières heures du mouvement hippie. Ses paroles évoquent le mal du pays, inspiration habituelle de la folk music nord-américaine. En ce milieu des années 1960 et influencée par la Beat Generation la folk music est l’autre genre contestataire de l’époque (avec le rock des Beatles !), les deux styles se fondant souvent l’un dans l’autre. California Dreamin’ incarne parfaitement ce mélange entre folk traditionnelle et rock moderne.

Si tout le monde connaît cette chanson, l’histoire du groupe est elle peut-être moins connue. C’est sur cette partie de l’histoire et plus précisément sur un des membres du groupe que va se pencher l’auteur et dessinatrice Pénélope Bagieu durant deux années de sa vie.

Mama Cass Elliot, chanteuse émouvante du groupe Mamas and papas

C’est à la lecture d’un livre sur Cass Elliot que l’idée d’en faire une bande dessinée germe peu à peu dans l’esprit de Pénélope Bagieu. Ne voulant pas seulement faire un copier coller des éléments biographiques de Mama Cass, la dessinatrice s’est complètement réapproprié l’histoire. Une fois les éléments réels et chronologiques posés, elle laisse libre court à son imagination. C’est sur des pistes et des détails qu’elle va s’attarder afin de faire naître sous nos yeux ce personnage à la personnalité, à la voix et au physique imposants.

mama cass elliot the mamas and the papas california dreamin penelope baigue gallimard

Cass Elliot naît dans une famille d’artistes qui lui transmet sa passion pour le jazz et l’Opéra. De ces passions hors-norme pour son âge, la jeune fille va se retrouver mise à l’écart dans sa scolarité. De plus, elle possède une personnalité détonante mais pas le physique filiforme des ses autres camarades… Rêvant de percer dans la musique, elle va vite se faire remarquer par sa formidable voix.

Le fond et la forme de California Dreamin’

Un style graphique crayonné, monochrome et aux nombreux contrastes

 

Ce qui frappe instantanément à l’ouverture du roman graphique c’est bien entendu son esthétisme. California Dreamin’ est entièrement crayonné et cette technique donne une impression vraiment déstabilisante au premier abord. En effet, le résultat est tellement brut qu’on n’ose pas poser les doigts sur les illustrations de peur de tâcher le livre (ou ses doigts). Au fil des pages, on découvre des cases très contrastées, de grands effets de profondeur qui font ressortir toute la force du dessin. Pour cela, la dessinatrice a en fait tout dessiné avec 3 crayons différents et… aucune gomme pour effacer d’éventuels traits maladroits !

Une démarche intéressante à l’ère du tout numérique où les petites erreurs sont sans doute plus facilement rattrapables sur ordinateur et palette graphique.

Je n’aime pas la couleur pour la couleur. Le crayon à papier, ici, élague les artifices que l’on rajoute pour dissimuler ses lacunes en dessin. On est seul avec son crayon, ça permet d’être plus libre.

mama cass elliot the mamas and the papas california dreamin penelope baigue gallimard

Un récit à plusieurs voix

Dans California Dreamin’, chaque chapitre correspond à une partie de l’histoire racontée à travers les yeux d’un proche de Cass Elliot. A aucun moment la parole n’est donnée à cette dernière. Ce choix est intéressant car il nous permet d’avoir plusieurs points de vue sur une seule et même personne et d’ainsi nous forger notre opinion personnel sur la chanteuse. L’autre avantage était qu’ainsi, Pénélope Bagieu pouvait faire des sauts dans le temps sans pour autant perdre le  lecteur.

Je ne me sentais pas d’en faire ma narratrice. Je voulais qu’elle soit une énigme. Que ce soit un puzzle qui fasse qu’on comprenne petit à petit. Si je lui avais donné la parole on aurait eu la clef tout de suite…

 

Les interviews qui m’ont aidée à y voir plus clair dans le processus créatif de l’auteure sont à retrouver sur : Culturebox et Télérama.


Pénélope Bagieu nous offre une plongée dans les années 60 au cœur de Baltimore et revient sur cette fabuleuse époque qui a vu naître le rock et le mouvement hippie. Mais California Dreamin’ c’est surtout la genèse d’une star. On s’attache tout au long de ce roman graphique au personnage de Mama Cass et jusqu’à la diffusion de sa chanson à la radio. On se retire alors sans regret, on sait qu’elle a réalisé son rêve.

 


Chronique de Les mots de Jean-Paul Sartre

Chronique de Les mots de Jean-Paul Sartre

Avec Les mots (Editions Folio) Jean-Paul Sarte signe en 1963 l’autobiographie de sa prime jeunesse. L’ouvrage, divisé en deux parties (Lire puis Ecrire) raconte comment il a de ses 4 à 11 ans découvert l’existence à travers les mots. Conçu comme un « adieu à la littérature » , le livre rencontra un succès immédiat et contribua à l’attribution du Prix Nobel en octobre 1964, que Sartre refusa.

Une enfance solitaire dans un monde imaginaire

Sartre commence par remonter l’arbre généalogique familial jusqu’à ses grand-parents. Passage obligatoire pour cerner un peu mieux les futurs personnages qui vont se présenter à nous. Âgé de deux ans, son père – dont il ne gardera que très peu de souvenirs – décède.

« Ce père n’est pas même une ombre, pas même un regard : nous avons pesé quelque temps, lui et moi, sur la même terre, voilà tout. »

Sa mère et lui vont alors vivre chez ses grands-parents maternels Charles et Louise Schweitzer. Sa mère est complètement dévouée à sa famille qui n’est pas tendre envers elle. Leur relation d’abord incertaine (l’enfant la voit comme une grande sœur qui partage sa chambre et qu’il souhaiterait plus tard épouser) devient fusionnelle avec le temps. Le petit garçon est très proche et très protecteur envers sa mère.

Solitaire, Sartre se réfugie dans les livres et se forge seul sa culture. Il apprendra d’ailleurs à lire de lui-même.

La « comédie de plaire »

Enfant unique et sans père, Sartre est choyé au sein de son milieu petit-bourgeois. Parfaitement conscient de son pouvoir d’attraction il sait en profiter et est élevé comme un roi. L’enfant se met alors à faire ce qu’on attend de lui. Il lit tous les auteurs et les classiques de la bibliothèque de son grand-père, toujours dans ce désir de plaire. Plus tard, il découvrira des livres plus adaptés à son âge et qui ne feront que renforcer sa réelle passion pour la lecture.

« J’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. »

L’enfant est la pièce maîtresse de ce simulacre de bonheur. C’est lui qui maintient en place la fausse unité des membres d’une famille faussement heureuse.

Charles Schweitzer, seule figure paternelle

Cet enfant que chacun s’approprie devient rapidement le favori de son grand-père. N’ayant pas su aimer ses fils, ce dernier se pâme devant le petit Jean-Paul. D’origine alsacienne, il est professeur d’allemand. Il va avoir une grande influence sur la formation du jeune Sartre. Cependant, l’auteur revient avec lucidité sur la relation parfois intéressée qui l’unissait à son grand père, personnage charismatique et despote.

jean-paul-sartre

Les mots fait partie de ces livres que l’on a envie de lire et relire, qu’on ouvre de nouveau juste pour lire un passage qui nous laissera rêveur un bon moment. Sartre revient sur son enfance avec ce qu’il faut d’esprit critique et d’ironie, il n’est pas toujours tendre avec lui-même ou ceux qui l’entourent. Une réflexion intéressante sur le processus créatif et la genèse de celui qui deviendra par la suite le philosophe et auteur de « L’existentialisme est un humanisme ».

 


 

Sans oublier d’être heureux de Marie-Dominique Lelièvre

Sans oublier d’être heureux de Marie-Dominique Lelièvre

Marie-Dominique Lelièvre n’en est pas à son coup d’essai biographique. Elle a déjà relaté la vie de Gainsbourg (Gainsbourg sans filtre), Françoise Sagan (Sagan à toute allure) ou encore B.B. (Brigitte Bardot, plein la vue). Paru le 7 septembre dernier aux éditions Stock « Sans oublier d’être heureux » retrace la vie de Claude Perdriel. Cette biographie est le fruit d’une série d’entretiens menés avec ce dernier en 2014. Perdriel est un homme de presse, créateur du Nouvel Observateur mais aussi un inventeur et industriel, propriétaire du groupe SFA.

Claude Perdriel, un homme sans passé

De son enfance, Claude Perdriel n’a rien conservé. L’auteure de sa biographie se heurte à une enfance sous forme de case vide. Il ne possède pas d’archives et d’ailleurs cela ne l’intéresse pas. Pourquoi revenir en arrière lorsque l’on aime aller toujours de l’avant ?

Heureusement pour nous lecteurs, sa femme a su trouver les premiers éléments nécessaires au travail de recherche de notre biographe.

Né en 1926 d’une famille bourgeoise du Havre, Claude Perdriel ne bénéficiera pas du confort de ses origines. Son père, soldat de la guerre de 14 sera à son retour de service abandonné par sa femme et ruiné par la crise. Claude a quatre ans et grandit avec cette image de père très abîmée.

Sa mère – figure majeure du livre – n’aura de cesse d’éloigner ses fils de sa vie. Sévère, froide, les deux frères ne recevront que peu d’amour de leur génitrice mais c’est peut-être Roland, le frère aîné qui en souffrira le plus toute sa vie… Tantôt élevé par sa grand-mère tantôt par sa marraine, Claude suivra sa scolarité dans un pensionnat catholique stricte. Solitaire c’est auprès de son chien Mickey et des livres qu’il trouve du réconfort. Réconfort de courte durée puisque Mickey sera donné à quelqu’un d’autre par sa mère en l’absence de Claude…

La naissance d’un industriel et homme de presse

Conscience politique et artistique

Très tôt, Claude Perdriel se prend de passion pour la littérature. Il lit tout ce qui lui tombe sous la main, parfois même en cachette de ses parents. Ses goûts pour le jazz, la peinture s’affirment ainsi que sa conscience politique, résolument de gauche. Artiste dans l’âme, il se passionne également pour la mécanique.

A sa sortie de Polytechnique, il se met à fréquenter assidûment la librairie des éditions de Minuit. Les rencontres qu’il y fera seront déterminantes pour la suite et lui permettront d’être introduit dans les milieux littéraires. Il y retrouve notamment son ami Jacques Brenner et se lie d’amitié avec Françoise Sagan, Jeanne Moreau, etc.

Premier succès financier et création du Nouvel Observateur

Claude Perdriel n’a pas d’argent mais il sait très tôt comment en gagner. En 1958, il fonde la société SFA. Rendue célèbre grâce à ses toilettes à broyeur mécanique : les sanibroyeurs. La marque, utilisée d’ailleurs comme nom  – à l’instar du caddie ou de la fermeture Éclair – n’a pas de concurrent sur le marché. Cette invention lui assure son premier succès financier. Tout au long de sa carrière l’argent gagné va être réinvesti dans d’autres projets, va lui permettre d’automatiser les machines de la SFA et de ne licencier personne (et ce, même en temps de crise).

Campagne publicitaire de 1972
Campagne publicitaire de 1972 dessinée par André François

En 1964 il réalise son rêve en rachetant France Observateur et le relance avec son ami Jean Daniel sous le nom Le Nouvel Observateur. Cet hebdomadaire, il le veut porté par des combats et des grandes personnalités. Il s’entoure des meilleurs tels que Maurice Clavel, Gilles Martinet et André Gorz. Le but du magazine est également de soutenir l’arrivée de la gauche non communiste au pouvoir. Sa force réside dans ses prises de position notamment lors de la publication du Manifeste des 343. La pétition rédigée par Simone de Beauvoir en 1971 est signée par 343 Françaises ayant eu recours à un avortement alors que ce dernier était alors encore illégal. Parmi ces femmes (s’exposant alors à des poursuites pénales pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement) figurent entre autres Catherine Deneuve, Marguerite Duras, Jeanne Moreau, Françoise Sagan, Agnès Varda. Précurseur, il évoque de nombreux sujets politiques, économiques, sociétaux.

Fort de cette réussite il créé en 1977 le journal quotidien Le Matin De Paris, très engagé aux côtés du PS.

En pleine campagne présidentielle

En juin 1973, François Mitterrand s’intéresse de plus près aux idées novatrices de Claude Perdriel. Ses prises de risques en terme de communication lui plaisent et il décide de l’engager pour sa campagne présidentielle. Perdriel sait qu’il va devoir lever des fonds pour payer cette campagne et qu’il va devoir le faire rapidement. Il se tourne alors vers le pionnier de la collecte de fonds, le sénateur démocrate McGovern qui en 1972 a financé sa campagne en grand partie grâce aux dons. Il va s’en inspirer jusqu’à mener Mitterrand au pouvoir.

François Mitterrand et Claude Perdriel
François Mitterrand aux côtés de Claude Perdriel

1981 : Mitterrand au pouvoir et perte du journal Le Matin

Après avoir mené la campagne présidentielle de Mitterrand, les relations avec celui-ci vont vite se détériorer. Bien que politiquement de gauche, Claude Perdriel se sent plus proche d’un Pierre Mendès France. S’il n’a jamais caché son envie de voir la gauche au pouvoir, il critique la politique menée par Mitterrand à travers son journal Le Matin. Cet événement plus tard associé à d’autres coûtera la vie au journal. Parallèlement, 1981 marque également l’année où Le Nouvel Observateur perd de sa superbe…


Ceci n’est qu’une infime partie de l’étonnante success-story de Claude Perdriel. Cela serait dommage d’en dévoiler plus mais sachez qu’il y est aussi question de la création du minitel rose, de ses différents mariages et soirées mondaines…

Je n’étais probablement pas la lectrice cible pour Sans oublier d’être heureux. Je ne lis que très peu (pas assez) de biographies, je suis en général peu réceptive à la politique et ne connaissais même pas Claude Perdriel ! Une lecture de hasard donc, où je suis sortie de ma zone de confort. Et pourtant ! Le hasard fait souvent bien les choses puisque j’ai adoré cette biographie. La vie de Claude Perdriel qui a tout d’un roman est un véritable page-turner. Chacun y trouve son compte, pour ma part j’ai adoré découvrir le monde de la presse à son apogée, vivre une campagne présidentielle de l’intérieur et faire la connaissance de grands journalistes. Le tout est très rythmé, riche et documenté.