Écoute-moi bien de Nathalie Rykiel

Écoute-moi bien de Nathalie Rykiel

« Écoute-moi bien », voilà l’invitation d’une fille à sa mère. « Écoute-moi bien à travers ce portrait, cette déclaration d’amour, cette lettre d’au revoir que je te fais » semble dire Nathalie à sa mère Sonia Rykiel.

Courageuse, indépendante, avant-gardiste et mère.

Quoi de plus personnel que de coucher sur papier ses pensées et souvenirs d’une mère sur le point de nous quitter ? Et pourtant il n’est pas difficile d’imaginer que « l’exercice » devient délicat lorsqu’il s’agit de narrer une figure publique, icône de la mode mondialement connue…

nathalie et sonia rykiel Écoute-moi bien

En effet, Sonia Rykiel qui a ouvert sa maison en 1968, s’est fait connaître avec ses tricots et rayures. En quarante ans de créations, elle a fait souffler sur la mode un vent de liberté.

Écoute-moi bien ne met pas pour autant le lecteur lambda dans une position voyeuriste. Nathalie Rykiel réussit à transmettre des émotions universelles tout en force et délicatesse.

Elle y dépeint la relation si spéciale qui les lie l’une à l’autre, en tout sincérité. Dans la forme, si le manque de ponctuation peut tout d’abord surprendre, on se laisse emporter par le tourbillon des souvenirs dévoilés au rythme des pensées de son autrice. Écrire pour continuer à lui parler, pour se souvenir, ne pas oublier. Écoute-moi bien est plein de cette urgence, de cette évidence, de cette énergie. Un texte pour faire le deuil mais avant tout un texte sur la vie et la transmission.

Pourtant il suffisait de regarder ma mère, de la regarder vivre pour vouloir que la vie lui ressemble, tout paraissait mièvre et fade à part elle. Et dans son existence visiblement, rien n’était figé, mesuré, immuable. C’était cela avant tout qu’elle me transmettait.

 

Écoute-moi bien, Nathalie Rykiel publié aux Éditions Stock.

Au bonheur des fautes de Muriel Gilbert

Au bonheur des fautes de Muriel Gilbert

Au gré de vos lectures, cela vous est forcément arrivé de tomber sur une coquille, un mot mal orthographié, une ponctuation manquante… Ces erreurs font partie intégrante du quotidien des lecteurs et si la plupart du temps elles ne sont pas légion, elles peuvent vite agacer, vous faire froncer les sourcils et sortir de votre lecture. Muriel Gilbert est correctrice et œuvre à rendre plus belle la vie des grammar nazi de France.
N’est-ce pas le plus beau métier du monde ?

Les correcteurs, cette espèce en voie d’extinction

Au bonheur des fautes est le livre qui m’a accompagnée durant toute la durée du Salon du livre de Paris. L’ironie veut que des correcteurs y manifestaient pour dénoncer leurs conditions de travail précaires, cause à laquelle j’étais de fait plus sensibilisée. À l’ère numérique, de plus en plus de contenus sont publiés mais de moins en moins de correcteurs sont embauchés. Le résultat de cette équation ne laisse que peu de possibilités : les lignes qui s’offrent à nos yeux sont truffées de fautes.

Une poignée de «virguleurs» exerce encore ce métier dans des bureaux de rédaction journalistique. C’est le cas de Muriel Gilbert, correctrice au journal Le Monde. Ce métier s’est finalement imposé à elle comme une évidence. Amoureuse des lettres, admiratrice des expressions québécoises (on la comprend !), insatiable de mots elle chérit… les fautes ! Sans les fautes d’orthographe elle ne pourrait bien entendu pas exercer son métier mais son rapport à ces dernières va bien au-delà. Elle sait faire preuve de bienveillance, redécouvrir le sens premier des mots dans les erreurs des enfants ou même des étrangers qui s’essaient à la langue de Molière.

La langue n’est pas gravée dans le marbre. […] Elle appartient à ceux qui la parlent, à ceux qui l’écrivent. Si elle est langue vivante, c’est grâce à eux. […] S’ils sont suffisamment nombreux à faire la même faute… elle devient la norme, et cesse tout bonnement d’en être une. Fautons ensemble !

Ces Confessions d’une dompteuse de mots sont remplies de traits d’esprit, de petites astuces, d’exceptions de la langue française. Son autrice fait participer le lecteur qu’elle instruit par la même occasion de manière ludique. La lecture est fluide et nous arrache de nombreux sourires. Un livre à lire et relire qui n’est pas seulement réservé aux lecteurs pointilleux.

 

Frida Kahlo par Frida Kahlo, sa correspondance

Frida Kahlo par Frida Kahlo, sa correspondance

Figure emblématique du surréalisme mexicain, engagée dans la cause féministe et politique, Frida Kahlo est une femme accomplie. Dernièrement, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué de (re)découvrir le travail de l’artiste peintre mexicaine. L’illustrateur Benjamin Lacombe et son album Frida sorti en novembre dernier propose une immersion dans le processus créatif de l’artiste. L’exposition sur le Mexique qui s’est déroulée au Grand Palais nous offre quant à elle la possibilité d’observer quelques-uns de ses plus célèbres tableaux. Dans Frida Kahlo par Frida Kahlo c’est une toute autre facette que nous découvrons de cette dernière puisqu’il s’agit d’un recueil des lettres qu’elle a envoyées de 1922 à 1954.

Frida Kahlo et la maladie

frida kahlo éditions points exposition mexique grand palais autoportrait aux cheveux coupésFrida a été malade et a subit des opérations toute au long de sa vie. Atteinte de poliomyélite dès l’âge de 6 ans, elle se surnomme « Frida jambe de bois ». A l’âge de 18 ans, le bus dans lequel elle se trouve percute un tramway et plusieurs personnes trouvent la mort dans l’accident. Frida ne s’en sort pas indemne puisqu’elle est transpercée par une barre de métal « de l’abdomen au vagin » et subit de nombreuses fractures. Alitée pendant des mois, elle se familiarise alors avec la littérature et la peinture.

La souffrance qui ne la quittera jamais apparaît dans chacune de ses peintures mais également dans ses lettres. Le recueil commence quelques années avant l’accident qui marque une rupture et sans doute la fin d’une période d’insouciance. Abandonnée par son petit ami, délaissée par ses amis elle souffre de solitude en plus de ses blessures et envoie beaucoup de lettres afin de garder le contact.

Il y a peu, quelques jours à peine, j’étais une petite fille qui marchait dans un monde de couleurs, de formes dures et tangibles. Tout n’était que mystère, tout cachait quelque chose; déchiffrer, apprendre, c’était un jeu plaisant. Si tu savais comme il est terrible de tout savoir soudain, comme si un éclair avait illuminé la terre. A présent, j’habite une planète douloureuse, transparente, comme de la glace, mais qui ne cache rien; c’est comme si j’avais tout appris en quelques secondes, d’un coup, d’un seul.

Tout au long de sa vie elle relatera à ses proches les inquiétudes quant à son état de santé, ses doutes, sa souffrance. Malgré un moral au plus bas, elle essaie pourtant de rester enjouée et positive dans ses écrits. Devenue très proche de son médecin, elle lui écrit de nombreuses lettres amicales et parfois des demandes de conseils médicaux.

La seule bonne nouvelle, c’est que je commence à m’habituer à souffrir…

Frida Kahlo et l’amour

Le besoin d’aimer et d’être aimée est peut-être ce qui transparaît le plus dans les lettres de Frida. Amie fidèle, elle ne manque jamais d’écrire même si cela se fait avec des mois et des mois de retard ! Elle semble avoir gardé les mêmes amis à travers les années et a besoin d’être entourée de leur présence, à en croire les nombreuses invitations qu’elle envoie. Elle réalise aussi beaucoup de portraits de ses proches et rencontres qu’elle envoie avec un poème ou un petit mot.

Je n’ai rien car je ne l’ai pas lui.

Et comment parler de Frida sans évoquer Diego Rivera, muraliste et époux de cette dernière ? Elle évoque son travail, ses peintures mais aussi leur relation, leurs séparations sans jamais se départir de la passion qu’elle lui voue. Il est sans doute la personne qui l’a fait le plus souffrir et est le grand amour de sa vie même si elle connaîtra de nombreux amants et maîtresses au cours de sa vie. L’amour qu’elle voue au Mexique tient également une grand place dans sa vie puisqu’elle y puise ses inspirations et n’aura de cesse de regretter son petit village natal…
frida kahlo cerf


Ce recueil de correspondances unilatérales permet de percer un peu plus le mystère que représente Frida Kahlo. Les nombreuses notes en bas de page aident à y voir plus clair dans ces échanges foisonnants qui mettent en scène de nombreux destinataires. La peintre est touchante, sincère, drôle et parfois dure et cela se reflète dans chacune de ses lettres. Il nous est difficile de refermer ce livre tant l’impression de perdre une « bonne copine » est présente. Un livre à avoir dans sa bibliothèque pour tout admirateur de l’artiste !

Frida Kahlo par Frida Kahlo aux éditions Points.

L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

L’amie prodigieuse (aux éditions Folio), premier tome de la saga qui couvre l’enfance et l’adolescence de deux jeunes italiennes. D’Elena Ferrante on ne connaît rien puisqu’elle a décidé de rester dans l’ombre. En octobre dernier, un journaliste a tenté de révéler sa véritable identité déclenchant un tollé mêlant indignation face à une investigation intrusive et curiosité face à l’autrice très secrète. Toutefois et lors d’interviews écrites, nous avons appris qu’elle est mère de famille et que son œuvre est d’inspiration autobiographique. Traduits dans 40 langues, les livres d’Elena Ferrante bénéficient d’un lectorat nombreux en Europe et en Amérique du Nord ainsi que des meilleurs chiffres de vente en France dès leur sortie.

L’amitié au cœur d’un quartier démuni de l’Italie des années 50

Elena et Lila sont deux petites filles vivant dans un quartier pauvre de Naples dans le sud de l’Italie à la fin des années cinquante. Elles sont issues de la classe sociale défavorisée aux prises avec le miracle économique italien. L’histoire est racontée du point de vue d’Elena, dite Lenu qui voue une passion amicale presque douloureuse pour Lila. Dans la même classe, les deux enfants se tournent autour, se cherchent, s’apprivoisent. Elles inventent des jeux, des paris… La compétition alors mise en place ne cessera jamais.

Elles se découvrent une passion pour l’apprentissage, obtiennent des bonnes notes et les grâces des professeurs. Elles veulent écrire des livres comme Les quatre filles du docteur March, devenir riches, s’en sortir. Sortir de cette violence qui est monnaie courante dans un quartier où il n’y a guère d’échappatoire. La violence, elles y sont confrontées dès leur plus jeune âge dans la rue comme au sein de leur famille. La violence qui est également leur meilleur moyen de défense afin de ne pas montrer une quelconque faiblesse.

Je ne suis pas nostalgique de notre enfance: elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout: et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.

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La baie de Naples, Italie.

Etudier coûte cher et n’est pas toujours prioritaire quand on peut aider sa famille en trouvant un travail ou en aidant aux taches ménagères, d’autant plus lorsqu’on est une fille… C’est pourquoi Lila abandonne ses études et aide son père et son frère à la cordonnerie familiale. Ne se laissant jamais abattre, elle se prend de passion pour la fabrication de chaussures, déborde de projets et emprunte des livres à la bibliothèque afin d’apprendre en autodidacte le grec et le latin comme son amie. Lenu continue quant à elle ses études, poussée par ses professeurs et sa famille qui n’a pas d’autre choix qu’accepter, entre fierté et expectative.

C’est quoi pour toi, »une ville sans amour »?
-C’est une population qui ne connaît pas le bonheur.
L’Italie pendant le fascisme, l’Allemagne pendant le nazisme, nous tous, les êtres humains, dans le monde d’aujourd’hui.

Le quartier dans lequel elles grandissent est régie par l’échelle sociale des familles. Ceux qui ont réussi et sont riches et ceux qui peinent à joindre les deux bouts. La haine n’est jamais loin et les italiens apprennent dès leur plus jeune âge à respecter untel, craindre un autre, etc. Les vieilles rancunes se transmettent de génération en génération mais lorsque Don Achille, l’ogre que tout le monde respecte et craint est assassiné, les cartes sont redistribuées.

Lila et Lenu qui sont dans la fleur de l’âge voient leur corps changer et leurs relations avec les adolescents faire de même dans une société où le machisme est roi. Elles se découvrent un certain pouvoir sur ces derniers et voient là une manière de peut-être changer leur destin… Mais avec ces premiers amours sonne également l’éloignement des deux jeunes femmes.


Les deux amies, très différentes autant physiquement que mentalement ne cesseront de se pousser au meilleur. Leur relation unique, fusionnelle et parfois empreinte d’une certaine ambivalence évolue au fil des pages. On ne sait comment celle-ci va aboutir et on ne peut que continuer fébrilement notre lecture. Le contexte européen, le milieu social, politique et économique et les problèmes qu’ils génèrent sont passionnants et rendent le récit encore plus réaliste. La foule de personnages secondaires rend le tout encore plus riche et nous suivons tout ce petit monde sur plusieurs années. L’amie prodigieuse est le magnifique portrait d’une Italie non idéalisée et de ses deux héroïnes dépeintes avec tendresse.

Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines

Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines

Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines est un roman de William S. Burroughs et de Jack Kerouac écrit en 1945 et paru pour la première fois en 2008. Sous ce titre long et barbare se cacherait un fait-divers relaté par une station de radio écoutée par les auteurs et qui décrit un incendie survenu dans un zoo de Londres.


Manhattan, été 1944. Autour de Will, serveur dans un bar, et de Mike, marin dans la Marchande, gravite toute une constellation d’amis sans le sou, qui errent dans la chaleur de la ville et se retrouvent lors d’improbables soirées. Parmi eux, Phillip, un gamin de dix-sept ans moitié turc moitié américain à la beauté insolente, et Al, la quarantaine un peu pathétique, qui est éperdument amoureux de lui. Partout où va Phil, Al, jamais découragé par les refus du garçon, le suit comme son ombre. Pour lui échapper et par goût de l’aventure, Phil accepte la proposition de son ami Mike : s’embarquer, dès que possible, sur un navire de la marine marchande vers l’Europe. Mais le départ tant attendu est plusieurs fois reporté…

Un récit à deux voix…

Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines est écrit à quatre mains. Celles de William Burroughs d’une part et celles de Kerouac de l’autre. Au moment de son écriture, ils n’ont encore publié aucun livre. C’est la première fois que les deux amis et auteurs de la Beat Generation s’essaient à l’exercice et cela rend la lecture encore plus intéressante. Chacun écrit un chapitre à tour de rôle sous les pseudonymes respectifs de Mike Ryko et Will Dennison

Inspiré d’une histoire vraie

william s burroughs lucien carr allen ginsberg jack kerouac
De gauche à droite : William S. Burroughs, Lucien Carr et Allen Ginsberg

Toutefois, les deux écrivains s’inspirent souvent de leurs proches dans leurs récits. Dans Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines, Kerouac et Burroughs relatent en fait un meurtre commis par l’un des leurs amis, dont ils obtiennent l’aveu rapidement et pour lequel aucun ne se décide à avertir la police. C’est de cette histoire vraie dont s’inspire le roman. En 1944, un ami des auteurs, Lucien Carr, poignarde à mort un prétendant, David Eames Kammerrer au cours d’une bagarre et sous l’effet de l’alcool. Lucien s’était de son vivant toujours opposé à des publications traitant de ce sujet.


Profondément marqués par le meurtre d’un ami par un ami, Kerouac et Burroughs ne cesseront d’écrire dessus. On retrouve l’énergie propre aux auteurs et leurs personnages qui ne tiennent pas en place dans la ville de New York. Un ouvrage crucial pour qui veut comprendre et aborder ce qui sera « le premier crime de la Beat Generation ».

Chronique de Les mots de Jean-Paul Sartre

Chronique de Les mots de Jean-Paul Sartre

Avec Les mots (Editions Folio) Jean-Paul Sarte signe en 1963 l’autobiographie de sa prime jeunesse. L’ouvrage, divisé en deux parties (Lire puis Ecrire) raconte comment il a de ses 4 à 11 ans découvert l’existence à travers les mots. Conçu comme un « adieu à la littérature » , le livre rencontra un succès immédiat et contribua à l’attribution du Prix Nobel en octobre 1964, que Sartre refusa.

Une enfance solitaire dans un monde imaginaire

Sartre commence par remonter l’arbre généalogique familial jusqu’à ses grand-parents. Passage obligatoire pour cerner un peu mieux les futurs personnages qui vont se présenter à nous. Âgé de deux ans, son père – dont il ne gardera que très peu de souvenirs – décède.

« Ce père n’est pas même une ombre, pas même un regard : nous avons pesé quelque temps, lui et moi, sur la même terre, voilà tout. »

Sa mère et lui vont alors vivre chez ses grands-parents maternels Charles et Louise Schweitzer. Sa mère est complètement dévouée à sa famille qui n’est pas tendre envers elle. Leur relation d’abord incertaine (l’enfant la voit comme une grande sœur qui partage sa chambre et qu’il souhaiterait plus tard épouser) devient fusionnelle avec le temps. Le petit garçon est très proche et très protecteur envers sa mère.

Solitaire, Sartre se réfugie dans les livres et se forge seul sa culture. Il apprendra d’ailleurs à lire de lui-même.

La « comédie de plaire »

Enfant unique et sans père, Sartre est choyé au sein de son milieu petit-bourgeois. Parfaitement conscient de son pouvoir d’attraction il sait en profiter et est élevé comme un roi. L’enfant se met alors à faire ce qu’on attend de lui. Il lit tous les auteurs et les classiques de la bibliothèque de son grand-père, toujours dans ce désir de plaire. Plus tard, il découvrira des livres plus adaptés à son âge et qui ne feront que renforcer sa réelle passion pour la lecture.

« J’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. »

L’enfant est la pièce maîtresse de ce simulacre de bonheur. C’est lui qui maintient en place la fausse unité des membres d’une famille faussement heureuse.

Charles Schweitzer, seule figure paternelle

Cet enfant que chacun s’approprie devient rapidement le favori de son grand-père. N’ayant pas su aimer ses fils, ce dernier se pâme devant le petit Jean-Paul. D’origine alsacienne, il est professeur d’allemand. Il va avoir une grande influence sur la formation du jeune Sartre. Cependant, l’auteur revient avec lucidité sur la relation parfois intéressée qui l’unissait à son grand père, personnage charismatique et despote.

jean-paul-sartre

Les mots fait partie de ces livres que l’on a envie de lire et relire, qu’on ouvre de nouveau juste pour lire un passage qui nous laissera rêveur un bon moment. Sartre revient sur son enfance avec ce qu’il faut d’esprit critique et d’ironie, il n’est pas toujours tendre avec lui-même ou ceux qui l’entourent. Une réflexion intéressante sur le processus créatif et la genèse de celui qui deviendra par la suite le philosophe et auteur de « L’existentialisme est un humanisme ».

 


 

Chronique d’Un été dans l’Ouest de Philippe Labro

Chronique d’Un été dans l’Ouest de Philippe Labro

Ma mère m’avait offert L’étudiant étranger lors de mon adolescence en me le présentant – à raison – comme un must read. Une fois n’est pas coutume, j’ai trouvé Un été dans l’Ouest (aux éditions Folio) en brocante et celui-ci en est la suite directe. Ecrit en 1988, nous suivons donc toujours Philippe Labro au cœur des montagnes du Colorado pour un job d’été. L’auteur est un des premiers français ayant réalisé ses études si jeune aux Etats-Unis avec une bourse d’étude.

Plongée au cœur du Colorado et de ses paysages époustouflants

paysage colorado

Nous avions laissé Philippe Labro à la fin de sa première année d’étude dans L’étudiant étranger et c’est sur la route que nous le retrouvons. Celui-ci, en vue d’arrondir sa bourse part vers l’Ouest pour trois mois afin d’y trouver un job d’été.

Le Colorado d’alors est pur, libre et sauvage. L’Homme n’y a pas encore laissé sa funeste trace et c’est ce magnifique Etat que nous décrit avec passion l’auteur. Cette nature aussi belle que dangereuse est le théâtre de tout un microcosme indépendant que va devoir défendre le jeune frenchy. Son summer job consistera en effet à étaler le goop, insecticide irritant les yeux et les poumons sur les arbres attaqués par des insectes inopportuns.

Les voyages forment la jeunesse

Pas de voyage initiatique de ce nom sans rencontres et elles sont ici nombreuses et atypiques. Confronté au peuple de la route, sa première expérience aurait pu très mal tourner puisqu’il est pris en auto-stop par des prisonniers échappés. Ce mauvais souvenir sera vite remplacé par Amy, femme-enfant écumant les routes sa guitare sur le dos. Les deux vivront un amour fugace qui marquera à jamais Philippe Labro. C’est ensuite envers ses collègues qu’il va porter un regard admiratif. Ces hommes libres, venant du pays tout entier se retrouvent pendant plusieurs mois à travailler ensemble, à partager leurs histoires.

L’expérience en est tellement marquante que l’auteur hésitera entre une vie d’errance à l’image de son héros Jack London que mènent ses nouveaux amis et retourner vers l’Est en Virginie pour poursuivre ses études…

Ce livre est une véritable ode à la liberté et aux rencontres. Dans un pays où tout semble possible l’envie de prendre la route et de mener une vie de solitaire est, à l’instar de son auteur plus que tentante.

 

Chronique de Métaphysique des tubes d’Amélie Nothomb

Chronique de Métaphysique des tubes d’Amélie Nothomb

Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas lancée dans une lecture prenant place au cœur du Japon. Je me suis donc dernièrement lancée dans la lecture de Métaphysique des tubes (aux éditions Livre de poche), huitième parution d’Amélie Nothomb. Il fait partie des livres trouvés lors d’une de mes sorties brocante. Ma sœur est une grand amatrice de ses romans et sachant ma passion pour la culture Japonaise m’a initié à leur lecture. J’avais déjà lu Stupeur et Tremblements et Ni d’Eve ni d’Adam que j’avais beaucoup apprécié à l’époque.

Récit de vie au sortir du berceau

Amélie Nothomb et les fameux sakura au Japon
Amélie Nothomb et les fameux sakura

Derrière ce titre connoté « philosophie des sciences », Métaphysique des tubes retrace les trois premières années de la vie de l’auteure. Oui, vous avez bien lu. Cela peut paraître dingue n’ayant personnellement aucun souvenir de cette époque mais lorsque l’on connaît un peu le personnage d’Amélie Nothomb et son grain de folie, cela est on ne peut plus normal.

Jusqu’à ses deux ans et demi la petite Amélie est à l’état végétatif. Surnommée « la Plante » par ses parents, elle est un tube digestif qui existe mais ne vit pas réellement, des yeux qui voient mais un regard inexistant. Elle est comme Dieu. Si la comparaison et le thème annoncent un certain égocentrisme déjà rencontré dans ses romans précédents il n’en est rien puisque la suite nous offre humour et autodérision dont l’auteure sait faire preuve.

Nous devons l’éveil de la Plante et sa deuxième naissance à sa grand-mère arrivée de Belgique. Cette dernière lui fait goûter au chocolat blanc. Amélie découvre alors la notion de plaisir qui à elle seule vaut la peine de vivre. Commence alors le récit de sa jeune vie – déjà originale et mouvementée.

Le Japon d’Amélie Nothomb, entre anecdotes et traditions

Dans Métaphysique des tubes, Amélie Nothomb écrit que l’on en apprend plus sur les personnes en connaissant les choses qui les dégoûtent. Pour elle ce sont les carpes, symbole du Japon. Entre autres choses, celles-ci représentent les garçons qui sont célébrés durant tout un mois au pays du soleil levant. Dans cette tradition, les familles ayant au sein de leur famille un garçon accrochent sur leur maison un drapeau en forme de carpe. La jeune Amélie développe donc tout d’abord à l’égard de ces poissons une certaine curiosité. Qu’est ce qui vaut aux garçons une telle représentation alors qu’aucune ne lui est dédiée à elle, enfant divin ? C’est la première fois qu’elle est confrontée à l’injustice des sexes, prémices d’une révolte latente. Elle trouve les carpes repoussantes, laides, inintéressantes. Leurs bouches ouvertes en position de constante succion laissant entrevoir leurs entrailles la dégoûte au point d’en faire des cauchemars sitôt couchée.

C’est ce genre d’anecdotes dont regorge Métaphysique des tubes. Un condensé de souvenirs d’enfances plus drôles et cruels les uns que les autres. Etant un roman court, en dévoiler plus serait gâcher la surprise de potentiels futurs lecteurs et c’est pourquoi je vous invite à découvrir par vous-même cette étonnante autobiographie qui se lit d’une traite.

Avez-vous déjà lu ce livre ou d’autres d’Amélie Nothomb ?
Lesquels me conseilleriez-vous ?
Première jeunesse – Neal Cassady

Première jeunesse – Neal Cassady

Dans « Première jeunesse » (publié aux éditions Les Belles Lettres), Neal Cassady – auteur de la Beat Generation – entame le premier tiers de son autobiographie qui sera publiée en 1971.

C’est en passant une semaine de Road-trip en Normandie que j’ai décidé de m’attaquer à cette personnalité complexe, ami de Jack Kerouac et qui lui inspira d’ailleurs le personnage de Dean Moriarty dans « Sur la Route ».

Sur la route avec Neal Cassady

Élevé par un père alcoolique, une mère froide et des frères violents, Neal Cassady retrace ici la première partie de son enfance. Nous passons d’un souvenir à un autre avec le rythme qui caractérise Cassady. Des phrases à rallonge, des digressions à n’en plus finir qui renforcent le récit au lieu de le desservir. C’est puissant, brut. Plusieurs sentiments s’entrechoquent à la lecture, certaines anecdotes étant aussi drôles que terribles mais celles-ci nous permettent d’un peu mieux comprendre et cerner le personnage.

On découvre ses jeux enfantins et l’innocence d’alors, ses relations avec sa famille et celles, naissantes avec les premières filles qu’il côtoie.

Chaque été avec son père il part en auto-stop ou à bord de trains de marchandises à travers une Amérique au temps de la Grande Dépression. Nul doute que c’est ce qu’il lui donnera à jamais ce besoin de liberté et de mouvement perpétuel.

Je dois quand même dire qu’il est un peu frustrant que ce soit seulement une seule partie de son autobiographie (qui ne sera d’ailleurs jamais achevée), malgré un prix assez élevé. Même en ayant adoré il me faudra attendre pour m’offrir la suite… On ne reste néanmoins pas sur notre faim, l’ouvrage étant enrichi d’autres textes de Cassady et de lettres pour la plupart adressées à Kerouac.

En bref, si comme moi vous avez aimé « Sur la Route » et que le personnage de Dean Moriarty a exercé sur vous une sorte de fascination alors n’hésitez pas !