California Dreamin’ de Pénélope Bagieu

California Dreamin’ de Pénélope Bagieu

C’est lors d’un week-end à la campagne que je découvre California Dreamin’ (aux éditions Gallimard), posé sur les étagères de la bibliothèque familiale. De cette bande-dessinée, je ne connaissais pas du tout l’intrigue ni le style graphique. Son auteure par contre, je la suivais à l’époque de son blog Ma vie est tout à fait fascinante, puis de ses parutions BD telles que Joséphine et Cadavre exquis. Je dois bien avouer ne pas avoir suivi son travail depuis et c’est donc avec plaisir que j’ai lu California Dreamin’ avec pour fond sonore The mamas and the papas

All the leaves are brown and the sky is gray / I’ve been for a walk on a winter’s day / I’d be safe and if I was in L.A / California dreamin’ on such a winter’s day

Retour sur la chanson qui a marquée les années 60

 

Ces paroles – qui j’en suis sûre ne vous sont pas inconnues – sont issues de la chanson California Dreamin’ interprétée par The mamas and the papas. Commercialisée en 1965, elle va vite devenir l’hymne de toute une génération mais aussi le témoin des premières heures du mouvement hippie. Ses paroles évoquent le mal du pays, inspiration habituelle de la folk music nord-américaine. En ce milieu des années 1960 et influencée par la Beat Generation la folk music est l’autre genre contestataire de l’époque (avec le rock des Beatles !), les deux styles se fondant souvent l’un dans l’autre. California Dreamin’ incarne parfaitement ce mélange entre folk traditionnelle et rock moderne.

Si tout le monde connaît cette chanson, l’histoire du groupe est elle peut-être moins connue. C’est sur cette partie de l’histoire et plus précisément sur un des membres du groupe que va se pencher l’auteur et dessinatrice Pénélope Bagieu durant deux années de sa vie.

Mama Cass Elliot, chanteuse émouvante du groupe Mamas and papas

C’est à la lecture d’un livre sur Cass Elliot que l’idée d’en faire une bande dessinée germe peu à peu dans l’esprit de Pénélope Bagieu. Ne voulant pas seulement faire un copier coller des éléments biographiques de Mama Cass, la dessinatrice s’est complètement réapproprié l’histoire. Une fois les éléments réels et chronologiques posés, elle laisse libre court à son imagination. C’est sur des pistes et des détails qu’elle va s’attarder afin de faire naître sous nos yeux ce personnage à la personnalité, à la voix et au physique imposants.

mama cass elliot the mamas and the papas california dreamin penelope baigue gallimard

Cass Elliot naît dans une famille d’artistes qui lui transmet sa passion pour le jazz et l’Opéra. De ces passions hors-norme pour son âge, la jeune fille va se retrouver mise à l’écart dans sa scolarité. De plus, elle possède une personnalité détonante mais pas le physique filiforme des ses autres camarades… Rêvant de percer dans la musique, elle va vite se faire remarquer par sa formidable voix.

Le fond et la forme de California Dreamin’

Un style graphique crayonné, monochrome et aux nombreux contrastes

 

Ce qui frappe instantanément à l’ouverture du roman graphique c’est bien entendu son esthétisme. California Dreamin’ est entièrement crayonné et cette technique donne une impression vraiment déstabilisante au premier abord. En effet, le résultat est tellement brut qu’on n’ose pas poser les doigts sur les illustrations de peur de tâcher le livre (ou ses doigts). Au fil des pages, on découvre des cases très contrastées, de grands effets de profondeur qui font ressortir toute la force du dessin. Pour cela, la dessinatrice a en fait tout dessiné avec 3 crayons différents et… aucune gomme pour effacer d’éventuels traits maladroits !

Une démarche intéressante à l’ère du tout numérique où les petites erreurs sont sans doute plus facilement rattrapables sur ordinateur et palette graphique.

Je n’aime pas la couleur pour la couleur. Le crayon à papier, ici, élague les artifices que l’on rajoute pour dissimuler ses lacunes en dessin. On est seul avec son crayon, ça permet d’être plus libre.

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Un récit à plusieurs voix

Dans California Dreamin’, chaque chapitre correspond à une partie de l’histoire racontée à travers les yeux d’un proche de Cass Elliot. A aucun moment la parole n’est donnée à cette dernière. Ce choix est intéressant car il nous permet d’avoir plusieurs points de vue sur une seule et même personne et d’ainsi nous forger notre opinion personnel sur la chanteuse. L’autre avantage était qu’ainsi, Pénélope Bagieu pouvait faire des sauts dans le temps sans pour autant perdre le  lecteur.

Je ne me sentais pas d’en faire ma narratrice. Je voulais qu’elle soit une énigme. Que ce soit un puzzle qui fasse qu’on comprenne petit à petit. Si je lui avais donné la parole on aurait eu la clef tout de suite…

 

Les interviews qui m’ont aidée à y voir plus clair dans le processus créatif de l’auteure sont à retrouver sur : Culturebox et Télérama.


Pénélope Bagieu nous offre une plongée dans les années 60 au cœur de Baltimore et revient sur cette fabuleuse époque qui a vu naître le rock et le mouvement hippie. Mais California Dreamin’ c’est surtout la genèse d’une star. On s’attache tout au long de ce roman graphique au personnage de Mama Cass et jusqu’à la diffusion de sa chanson à la radio. On se retire alors sans regret, on sait qu’elle a réalisé son rêve.

 


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