D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

D’après une histoire vraie a fait une entrée remarquée dans le monde littéraire lors de sa parution en 2015. Il rafle d’ailleurs plusieurs prix : le Goncourt des lycéens et Renaudot en 2015 et le prix Audiolib en 2016.

Difficile donc de passer à côté de ce roman maintes fois lu et chroniqué et d’en garder le mystère intact. Je savais déjà que l’histoire nous laisserait dans le flou quant à sa nature : est-ce une autobiographie ou une fiction ?
Il est le premier roman de Delphine de Vigan que j’ai lu et avec le recul, j’ai la certitude que c’était une bonne chose. D’après une histoire vraie étant en fait la suite directe de Rien ne s’oppose à la nuit. Ma méconnaissance de ses œuvres n’a alors fait que renforcer l’ambiance brumeuse que l’autrice instaure au fil des pages.

L’intrigue est plutôt simple et dépeint la rencontre entre l’héroïne du roman et une autre femme, la dénommée L. Très différentes l’une de l’autre elles vont pourtant tisser les liens d’une amitié exclusive et fusionnelle qui va s’avérer malsaine.

Le processus de création

Delphine de Vigan l’annonce dès les premières pages : alors qu’elle est en pleine écriture de son prochain livre, elle se trouve à ne plus pouvoir rédiger un seul mot. Ce n’est pas tout à fait le Syndrome de la page blanche mais bien un mal qui prend ses racines en amont : l’autrice ne peut même plus tenir un stylo, répondre à ses emails ou encore s’approcher d’un clavier d’ordinateur sans en ressentir des nausées.

Elle revient peu à peu sur les causes de cette incapacité et replace les événements dans leur chronologie. À nous, lecteurs, de comprendre pourquoi elle ne peut plus exercer son métier, sa raison d’être. Quoi de pire pour une femme de lettres que d’être réduite au silence, à une auto-censure totale ?

D’après une histoire vraie évoque à plusieurs reprises le processus de création de l’autrice dans tout ce qu’il a de personnel, d’éprouvant et cathartique. Sa position d’impuissance et de fragilité ne fait d’ailleurs qu’augmenter l’empathie ressentie à son égard. Le roman offre également une réflexion intéressante sur ce qu’est la fiction et la part de réel dans cette dernière. C’est d’ailleurs son amie L qui va questionner l’essence de son travail, sa manière d’écrire et ses choix de création jusqu’à ce que Delphine de Vigan doute et remette en question ses projets et envies.

Tu n’as pas besoin d’inventer quoi que ce soit. Ta vie, ta personne, ton regard sur le monde doivent être ton seul matériau. L’intrigue est un piège, un traquenard, tu crois sans doute qu’elle t’offre un abri, ou un pilier, mais c’est faux. […] Que cela soit clair, l’intrigue est un vulgaire trompe-l’œil, elle n’offre aucun tremplin, aucun appui. Tu sous-estimes tes lecteurs.

D’après une histoire vraie ?

En tant que lecteur crédule, il est facile d’entrer dans cette histoire en partant du postulat prôné par le titre : les éléments rapportés le sont d’après une histoire vraie.

La construction ne dément pas cela en respectant d’ailleurs chacun des codes de l’autobiographie. Delphine de Vigan suit à la lettre le fameux Pacte autobiographique qui lie les auteurs aux lecteurs dans un pacte – explicite ou non – afin de se montrer tels qu’ils sont et à s’engager à ne dire que la vérité. Elle utilise le « Je », nous livre des détails sur sa vie personnelle, nous décrit avec franchise et recul sa personnalité, ses relations avec les autres, son travail, etc.

Pourtant, des indices nous indiquant qu’il peut s’agir d’une fiction sont distillés dès les premières pages. Parmi eux, des citations du maître de l’horreur Stephen King ouvrent chaque partie du livre, et pour cause ! L’auteur est connu pour ses multiples noms d’emprunt et ses romans qui – bien souvent – oscillent entre fiction et réel.

Delphine de Vigan prend son temps pour mettre en place l’ambiance et les enjeux si particuliers de son roman. Elle prend tellement son temps que l’on a du mal à voir où elle veut en venir et que la lecture se fait parfois laborieuse. Cela est équilibré par une écriture agréable et addictive où l’on se prend à essayer de déceler le vrai du faux de ce roman psychologique.

FIN*

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Une réaction au sujet de « D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan »

  1. J’ai vraiment aimé ce livre! J’aime Delphine de Vigan et j’ai lu d’autres livres d’elle. J’aime comme elle raconte la vie de nos jours, comme elle montre Paris de façon que la ville est un personnage ou presque. 🙂

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