Exposition sur le Mexique au Grand Palais de Paris

Exposition sur le Mexique au Grand Palais de Paris

En pleine lecture de la correspondance de Frida Kahlo, je me suis rendue à l’exposition sur le Mexique qui s’est déroulée du 5 octobre au 23 janvier 2017 au Grand Palais de Paris. Si comme moi vous avez l’habitude de vous rendre aux expositions à la toute fin et que bien souvent elles vous passent sous le nez cet article sera l’occasion de (re)découvrir les différentes œuvres d’art qui y étaient exposées. La culture et l’art mexicain étant très riches, l’exposition est consacrée à ces derniers à partir de l’année 1900 jusqu’à 1950.

Au Mexique, le langage esthétique moderne puise ses racines dans le siècle précédant la Révolution mexicaine. En effet, à partir de la restauration de la République en 1867 (à la suite de l’intervention française eu Mexique), le gouvernement se vit contraint de justifier l’existence d’un État relativement récent et d’en assurer la cohésion. La production artistique fut mise à contribution afin de promouvoir une histoire commune et de créer des références nationales qui privilégiaient les sujets historiques, le portrait et les scènes de genre, affirmant ainsi l’existence d’un peuple dans toute sa diversité.

C’est au début du XXème siècle qu’apparaît l’Ecole mexicaine de peinture dont le fer de lance est le muralisme. Les peintures de ce courant esthétique étaient réalisées dans des lieux publics afin de donner une vision de l’Histoire à l’entièreté du peuple mexicain. Elles étaient l’objet de commande de l’État mexicain.

Parallèlement, tout fut mis en oeuvre pour donner au Mexique une visibilité sur la scène internationale.  L’académie de peinture San Carlos permit aux artistes les plus prometteurs d’obtenir une bourse et de se rendre en Europe afin d’acquérir un large éventail de références artistiques. Au cours de ce voyage, ils se familiarisèrent avec les avant-gardes de l’époque, proposèrent et réinterprétèrent une grande variété de styles.

Les trois artistes les plus influents du muralisme mexicain

José Clemente Orozco (1883-1949)

Le style de José Clemente Orozco est fondé sur un réalisme expressionniste lié aux vieilles traditions artistiques mexicaines et l’un de ses thèmes de prédilection est l’homme contre la machine. Sensible aux causes sociales, il voit dans le muralisme la forme la plus désintéressée de faire de l’art, car il est impossible d’en faire un usage particulier, il a une transcendance sociale. L’œuvre du peintre illustre l’extrême violence des événements qui ont frappé le Mexique au siècle dernier. Il donna de la Révolution, et en particulier de l’engagement du peuple, une image pleine de contradictions où le pouvoir et la mélancolie de l’homme compose une vision souvent critique de l’avenir du Mexique et de l’humanité.

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Les femmes des soldats peint par José Clemente Orozco en 1926 (Huile sur toile, Mexico)

David Alfaro Siqueiros (1896-1974)

Il fut l’artiste le plus impliqué dans les mouvements sociaux et politiques. Cet engagement, combiné à sa connaissance des mouvements d’avant-garde est manifeste dans son œuvre. Ce qui lui tenait le plus à cœur était de créer un art public, raison pour laquelle il privilégia la peinture murale à la peinture de chevalet, qu’il considérait comme un art privé. Il élabora ainsi un discours qui donnait une voix prépondérante à la lutte ouvrière. La lutte des classes est chez lui indissociable de l’art. Selon Siquieros, seul le « binôme » art-politique peut créer une conscience critique, et l’art doit être le diffuseur et le vecteur de ce postulat.

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Notre image actuelle peint par David Alfaro Siqueiros en 1947 (Pyroxilyne sur celotex et fibre de verre, Mexico)

Diego Rivera (1886-1957)

L’action du peintre pour la revalorisation des arts mexicains prit plusieurs formes. Même s’il côtoyait de près les avant-gardes européennes, il ne souhaita pas en faire partie développant plutôt un langage figuratif propre qui soutenait les idéaux révolutionnaires et valorisait l’histoire ancienne de son pays. Rentré au Mexique en 1921, Diego Rivera créa ainsi le langage iconographique d’une véritable utopie, l’image populaire et monumentale du peuple mexicain indien et métis, promis à un avenir de progrès et de grandeur. Tout cela favorisa l’émergence d’un sentiment de fierté nationale et d’appartenance à une race, qui contribua à forger le creuset de stéréotypes sociaux encore présents aujourd’hui.

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Vendeuses d’arums peint par Diego Rivera en 1942 (Huile sur masonite, Mexico)

Les femmes fortes mexicaines

Avec l’arrivée du romantisme au XIXème siècle, la tendance sociale explique les capacités intellectuelles de la femme par des mécanismes reposant davantage sur l’intuition et l’imagination que sur la raison. Dans ce contexte, le cinéma mexicain impose à ses personnages féminins des schémas de conduite largement déterminés par l’univers dans lequel ils évoluent. Ces personnages représentent deux extrêmes : celui de la femme provinciale, à la vie domestique et bien rangée, généralement incarnée par une mère et une épouse dévouée, et celui de la femme pécheresse, image de la vie nocturne de Mexico ou des ports. Entre ces deux extrêmes se trouvent les soldaderas de la révolution mexicaine, représentées au cinéma dans les années 1940 et 1950 comme la femme battue, la femme fatale et la femme contemporaine, qui sont en rupture avec ces schémas.

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Autoportrait aux cheveux coupés peint par Frida Kahlo en 1940 (Huile sur toile, New York)

Parmi les œuvres de Frida Kahlo, celle-ci est sans doute la plus forte déclaration d’émancipation de la femme dans l’histoire de l’art moderne. En peignant ce tableau juste après s’être séparée de Diego Rivera, elle se libère de l’emprise affective que ce dernier exerçait sur elle. Dans un geste qui ressemble à une déclaration d’indépendance, elle se débarrasse ainsi de l’un des ornements que Rivera aimait le plus chez elle : ses cheveux.

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L’enfant indifférente peint par Maria Izquierdo en 1947 (Huile sur toile, Mexico)

Militante active des droits de la femme, Maria Izquierdo est surtout connue pour sa période surréaliste. Elle est aussi une excellente portraitiste et intègre dans ses œuvres des éléments de la culture mexicaine, en particulier du passé indien, comme les bijoux, les coiffures et les costumes. Elle fait un usage remarquable des couleurs vives, souvenirs de son enfance passée dans les provinces mexicaines. Elle se consacre également à l’enseignement et au journalisme et restera sa vie durant investie dans la cause des femmes.

Exposition organisée par le Musée national d’art, INBA et la Réunion des musées nationaux – Grand Palais.