Un mariage anglais de Claire Fuller

Un mariage anglais de Claire Fuller

Gil Coleman est un auteur à succès et donne des cours de littérature dans une université de Londres. Il y rencontre Ingrid qui a la moitié de son âge. La jeune fille est troublée par cet homme si cultivé, mature et charmeur mais s’interdit de s’abandonner à lui malgré les avances et les lettres dans son casier. Elle a des projets, veut obtenir son diplôme, découvrir le monde avec son amie Louise. Et plus que tout, elles ne veulent pas finir comme leurs mères.

À quelques mois de finir la fac, Ingrid baisse la garde et se rend à une fête organisée dans le pavillon de nage de Gil, à quelques kilomètres de la capitale. Elle n’en partira plus. Elle est amoureuse… et enceinte. Son entourage l’avait pourtant mise en garde contre ce coureur de jupons, cet homme à femme, éternel infidèle. Si Ingrid ne compte pas le faire changer, c’est parce qu’elle se sait différente des autres et que leur amour a quelque chose en plus.

Quelques années plus tard, nous retrouvons Flora, l’une des deux filles d’Ingrid au chevet de son père souffrant. De sa mère, il n’y a aucune trace, aucune preuve même de son existence et pour cause, elle a disparue bien des années auparavant alors que Flora n’était encore qu’une enfant.

A-t-elle fui ? A-t-elle refait sa vie ailleurs ? S’est-elle noyée dans la mer à quelque centaines de mètres de là, elle qui était si bonne nageuse ?

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Et puis, le lecteur découvre les lettres d’Ingrid à son mari, des lettres où elle va lui écrire « la vérité sur leur mariage, depuis le début ». Le roman alterne alors entre ces lettres retrouvées cachées dans des livres et le présent, au pavillon de nage avec Gil entouré de ses filles. Un mariage anglais est doté d’un rythme captivant et permet à son autrice de ne pas tout nous livrer de but en blanc mais de faire durer le plaisir de lecture. Car le plaisir est bel et bien là, l’écriture est sublime, rythmée et addictive.

Ce qu’elle avait appris, si c’était bien vrai, modifiait également la vision qu’elle avait d’Ingrid, cela faisait d’elle un être de chair, de pensées, de sentiments, de décisions à prendre, de conséquences à assumer. Flora aurait aimé avoir ses deux parents devant elle pour leur demander pourquoi les mots « paternité » et « maternité », séparés d’une seule lettre, recouvraient pourtant des réalités si différentes.

Il y a une réelle bienveillance de Claire Fuller envers ses personnages, qu’elle ne juge pas. On assiste à beaucoup de scènes qui inspirent une empathie forte pour Ingrid, isolée dans le pavillon de nage. Alors que son mariage bat de l’aile, elle se retrouve sans travail, sans diplôme, sans expérience ni permis de conduire. Ses possibilités de changement et d’évolution sont extrêmement limitées. Mariée et devenue mère très jeune, elle envoie valser la notion d’instinct maternel, loin des clichés, de la glorification du statut de mère et apparaît complètement dépassée, pathétique.

De son côté Gil, durant les derniers jours de sa vie, a l’impression de voir sa femme partout. Il n’a jamais cessé de la chercher, de guetter son retour. Puis peu à peu il lui a fallu vivre avec la culpabilité et les remords avant de trouver la force de se pardonner.

Un mariage anglais nous conte un mariage parmi tant d’autres, une situation pas si insolite, un amour tragique, le quotidien d’un homme et d’une femme qui se sont aimés à leur manière avant de se laisser envahir.

 

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