Mercy Mary Patty de Lola Lafon

Mercy Mary Patty de Lola Lafon

Lorsque la médiathèque dans laquelle je travaille a annoncé une rencontre littéraire entre Valentine Goby et Lola Lafon, j’y ai vu l’occasion parfaite de découvrir le travail d’écriture de cette dernière. Autrice de La petite communiste qui ne souriait jamais et Une fièvre impossible à négocier, j’ai pour ma part lu son dernier roman Mercy Mary Patty publié chez Actes Sud.

Durant l’entretien, Lola Lafon nous parle de son processus d’écriture et nous confie son manque de connaissances concernant les romans policiers et y déplore leur schéma bien souvent récurent. Une enquête débute alors qu’une femme est – au choix – tuée, violée, séquestrée, etc. Dans Mercy Mary Patty, il est question de l’enlèvement d’une jeune femme. Cependant, il ne s’agit pas d’un sombre fait divers comme un autre mais bien d’une histoire complexe aux nombreux rebondissements et qui a touché toute l’Amérique.

Le mystère Patricia Hearst

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Patricia Hearst posant une arme à la main devant le drapeau de la SLA.

Californie, 1974. Patricia Hearst est alors âgée de 19 ans. Fille d’un richissime magnat de la presse, elle est portée disparue et ses kidnappeurs se font vite connaitre. Ils font partie de la SLA ou Armée de Libération Symbionaise, un mouvement d’extrême gauche américain. La demande de rançon qui suit est alors un peu spéciale. En effet, l’argent allouée à la libération de Patty devra servir à nourrir les indigents de Californie.

Séquestrée, Patricia communique avec ses parents via des cassettes audio. D’abord rassurante, elle semble au fil des enregistrements distante et même touchée par la cause de ses ravisseurs.

Elle remet alors en question son éducation, son milieu social aisé et dénonce l’hypocrisie qui entoure sa famille. Bientôt, elle embrasse complètement la cause et se choisit un prénom d’emprunt. Au terme d’un braquage auquel elle participe, elle finira par être retrouvée, « libérée » et jugée. En pleine période d’une guerre du Vietnam que beaucoup de jeunes américains rejettent, Patricia devient pour eux comme un symbole et par la même occasion une menace pour les parents.

A-t-elle souffert d’un lavage de cerveau ? Subit-t-elle le syndrome de Stockholm ? A-t-elle agi en pleine conscience ? Les héroïnes du roman vont s’attacher à tenter de répondre à ces questionnements.

Mercy Mary Patty

Gene Neveva est une professeure américaine. Chaque année les élèves se bousculent pour s’inscrire à ses cours qui font salle comble. Sa réputation est telle que les avocats défendant Patricia Hearst lui demandent de s’emparer d’une partie de l’affaire. Ils souhaiteraient avoir son point de vue sur la personnalité complexe de la jeune fille.

La tâche est colossale et le temps limité. Elle passe alors une annonce afin de trouver une assistante. Au terme d’un entretien, c’est la jeune Violaine qui est choisie. Débute alors un mois de recherches intensives… Au fil des jours, c’est une relation de maître à élève qui s’établit entre Gene et Violaine. Cette dernière apprend à construire son esprit critique, à ne pas se fier aux apparences, à penser autrement. La vie de Patricia a toujours été régie par ses parents, son petit-ami ou les écoles privées où elle a étudié. De même, Violaine souffre des attentes de ses parents, du jugement des voisins.

S’affranchir de tout cela n’est-ce pas là la liberté qui semble être le thème au cœur de ce roman ?

Mercy, Mary, Patty reste inclassable et frôle tour à tour la fiction, le documentaire, la biographie. Refusant pour autant d’écrire un « roman Wikipédia » énumérant des faits, Lola Lafon s’est imprégnée au maximum de cette affaire. Elle a voyagé jusqu’aux Etats Unis pour lire l’intégralité du procès, a écouté les cassettes audio, épluché chaque document lui permettant de se rapprocher au maximum de la jeune femme. Quand on lui demande si elle la connaît bien, elle répond par la négative. On ne saura jamais ce que pense Patricia Hearst, ce qu’il s’est réellement passé. Où se trouve la vérité ?

Et si l’on connaît désormais les grandes lignes de l’affaire Patricia, dite « Patty » on connaît moins celles des deux autres prénoms « à l’affiche ». Mercy et Mary ont été enlevées par des amérindiens au XVIIIème siècle et ont, lors de leur « libération », refusé de retourner dans leur « foyer ». Mercy, Mary, Patty. Un titre, une ode à la liberté, au questionnement, à la révolte.

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