L’œuvre de Dieu, la part du Diable de John Irving

L’œuvre de Dieu, la part du Diable de John Irving

J’avais depuis longtemps envie de lire John Irving mais l’occasion ne s’était jusque là pas présentée. Lors d’un salon de l’économie collaborative et du partage, je suis tombée sur un stand RecycLivre. Je connaissais déjà bien le site car c’est là que j’y achète mes livres d’occasion. Leur principe me plaît beaucoup : ils reversent en effet une partie de leurs bénéfices à des associations luttant contre l’illettrisme. Lors du salon, ils avaient installé une bibliothèque où chaque personne pouvait se servir en livre(s). Je ne me suis contentée que d’un seul (et oui!) et ai donc choisi L’œuvre de Dieu, la part du Diable (The Cider House Rules).

« Bonne nuit Princes du Maine, Rois de la Nouvelle-Angleterre ». C’est par cette phrase déclamée par le Docteur Wilbur Larch aux orphelins que se termine chaque journée à l’orphelinat de Saint Cloud’s. Ce père de substitution met un point d’honneur à ce que cette habitude soit respectée, les orphelins ayant avant tout besoin de repères.

Le roman de John Irving débute dans cet orphelinat du fin fond du Maine. Le Docteur Larch y tient un journal où il décrit ce qui s’y passe quotidiennement. C’est ainsi que nous découvrons ce qui l’a poussé à choisir cette voie professionnelle. Car Wilbur Larch est bien plus qu’un simple médecin de campagne…

L’œuvre de Dieu, la part du Diable

Gynécologue obstétricien, le Dr Larch aide les femmes à accoucher… mais également à avorter. Il s’agit pour lui d’un devoir et d’une vocation, il doit venir en aide aux femmes et aux enfants non désirés. C’est ainsi qu’en secret, dans son orphelinat, il accueille des femmes de tout le pays pour procéder soit à des accouchements (l’œuvre de Dieu), soit à des avortements (la part du Diable). Les grossesses sont en tout cas chaque fois non désirées et les enfants accouchés mis à l’adoption.

En France, c’est grâce à la loi Veil que nous pouvons avoir accès à l’IVG et c’est une autre Simone (de Beauvoir cette fois) qui nous interpelle pourtant sur une certaine prudence à conserver : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes  soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » L’avortement n’est toujours pas légal – ou alors très fortement contrôlé – dans certains territoires comme l’Irlande ou la Pologne. Il pourrait aujourd’hui être menacé aux États-Unis, pays où se déroule notre histoire.

L’œuvre de Dieu, la part du Diable publié en 1985 – soit une petite dizaine d’années après le droit à l’avortement dans ce pays – est donc plus que jamais d’actualité. Pour replacer les événements dans leur contexte, le livre prend place entre 192… et 197… (l’auteur ne date pas les événements avec exactitude). Une période sombre où beaucoup de jeunes américains se sont engagés pour la Seconde Guerre Mondiale et où l’avortement était encore illégal et décrié.

À l’époque, les moyens de contraception sont peu sûrs et rares sont les médecins qui acceptent de procéder à des avortements, par question de morale ou peur de peines d’emprisonnement. Pourtant, les femmes elles, continuent de tomber enceintes. Pour résoudre ces grossesses non désirées, des « cabinets médicaux » fleurissent un peu partout, attirés par l’appât du gain. Coûteux, dangereux, les « soins » dispensés sont bien souvent mortels pour les femmes. Venir en aide à celles-ci (et parfois aux futurs orphelins) s’impose alors comme une évidence à Wilbur Larch.

Homer Wells, l’orphelin inadoptable

Homer Wells est l’un des orphelins de la section garçons de Saint Cloud’s. Il ignore tout de la femme qui l’a mis au monde mais se sent chez lui à l’orphelinat. Différent des autres enfants, il sera pourtant adopté plusieurs fois avant de revenir à son point de départ. Il considère l’orphelinat comme son réel foyer et l’équipe médicale comme sa véritable famille.

Très vite, des liens particuliers se nouent entre le Dr Larch et Homer. Le médecin voit en lui un digne successeur et lui apprend tout ce qu’il y a à savoir sur la médecine, la gynécologie et l’obstétrique. Si Homer se montre un élève doué et studieux, il refuse de procéder à des avortements. Pourtant loin de condamner le métier de son maître, il décline toute proposition d’y participer.

Un jour, un couple arrive à l’orphelinat pour un avortement et s’attache au jeune homme. De bonne famille et aisés, ils proposent à Homer un travail dans l’immense verger familial. Homer va alors devoir réapprendre à vivre, étant totalement inapte à la vie à l’extérieure à Saint Cloud’s. Il va également découvrir l’amour pour la première fois et être considéré comme un des fils de la famille. Pourtant, son cœur appartient à jamais à Saint Cloud’s qui restera toujours son premier et unique foyer.


L’oeuvre de Dieu, la part du Diable est un roman touchant empli de pudeur. Il évoque des sujets cruciaux et d’actualité. Certains personnages secondaires sont très développés, ce qui donne beaucoup de relief à cette lecture. Je pense notamment à Mélony qui s’échappe de la section fille de Saint Cloud’s. Née avec énormément de colère en elle, elle n’en a pas moins de place pour l’amour. Un livre en hommage aux enfants non désirés et aux femmes qui n’ont pas désiré être mère.


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