Chronique de Patience de Daniel Clowes

Chronique de Patience de Daniel Clowes

Il aura fallu attendre cinq années pour enfin mettre la main sur le dernier roman graphique de Daniel Clowes. Puisque la patience paie toujours, voici… Patience, le nouveau chef d’oeuvre de l’auteur américain, véritable touche à tout qui voit d’ailleurs en ce moment l’adaptation de sa BD Wilson portée sur grand écran.

Ce n’est plus un secret, Daniel Clowes est l’un de mes auteurs préférés en ce qui concerne les comics. Je vous parlais d’ailleurs déjà ici de Ghost World et du Rayon de la mort. Le pavé de près de 180 planches colorisées qu’est Patience rejoint – en toute objectivité, donc – en bonne place les étagères de ma bédéthèque. Je tiens aussi à saluer le travail exemplaire des Éditions Cornélius sur ses parutions (j’attends avec impatience la réédition d’Eightball !).

Faille spatio-temporelle

Patience est dense, très dense. Et pour cause ! Nous voyageons à travers plusieurs époques, faisant des allers-retours entre 1985, 2006, 2012 et 2029.

En 2012, Jack Barlow retrouve Patience, sa petite amie gisant sur le sol de leur appartement. Hanté par ce meurtre jamais élucidé, Jack vit avec ses remords et sa culpabilité… Jusqu’au jour où il entend parler d’une machine à remonter le temps qui aurait été construite. Sa morne vie laisse place à une envie de justice, de vengeance. Mais changer le cours des choses n’est pas aisé et il faut prendre garde à l’effet papillon

patience daniel clowes éditions cornélius

Comme d’habitude chez Clowes, nous faisons la connaissance de personnages en marge de la société, des losers plutôt banals. Et Jack ne fait pas exception, il est loin d’être le héros fantasmé des récits de science-fiction et d’amour. Car oui, Patience est avant tout une véritable histoire d’amour. Mais cette fois encore, son auteur nous évite les clichés et nous emmène là où on ne s’y attend pas.

Jack n’est pas vraiment un héros donc, et il n’est d’ailleurs pas toujours montré de manière sympathique… Et pourtant, plus les pages se tournent et plus l’empathie est réelle. Nous avons envie qu’il sauve l’amour de sa vie, qu’il trouve enfin la paix. D’autant plus que le couple reste ce qui se fait de mieux en terme d’humanité dans Patience !

La mise en scène quant à elle est totalement maîtrisée : le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer. D’une part parce que nous voyageons sans cesse dans l’espace-temps, qu’il nous faut rattraper les instants que nous avons ratés, reconstruire l’histoire, se mettre sans cesse au parfum, d’autre part parce que Clowes mêle différents points de vue à son histoire. C’est ainsi que nous nous plaçons à un moment donné du côté de la fameuse Patience. Une BD ambitieuse pour une lecture totalement prenante ! Si Patience est un peu différente du travail que nous a offert Daniel Clowes jusque là, elle peut peut-être augurer un tournant dans la carrière de l’auteur.

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