La Recluse de Wildfell Hall d’Anne Brontë

La Recluse de Wildfell Hall d’Anne Brontë

Des sœurs Brontë, Anne est la seule que je n’avais jusqu’ici jamais lue. Il y a quelques années, j’avais terminé la lecture de Jane Eyre (Charlotte Brontë) et Les Hauts de Hurlevent (Émily Brontë), ouvrages que j’avais par ailleurs adorés.

J’ai eu la chance de recevoir les Lettres choisies de la Famille Brontë (éditions La Table Ronde) en décembre dernier. Cette correspondance me tentant énormément, j’ai décidé avant d’en entamer la lecture, d’en apprendre plus sur les écrits des célèbres sœurs Brontë et ainsi continuer mon tour d’horizon de leurs œuvres. La Recluse de Wildfell Hall est le second et ultime roman d’Anne qui décédera à peine un an plus tard.

Dans une petite ville reculée d’Angleterre, Gilbert Markham gère la ferme que lui a léguée son père. La vie suit son cours tandis qu’une rumeur se fait de plus en plus pressante. Quelqu’un aurait emménagé dans le manoir de Wildfell Hall ! La bâtisse austère et délabrée est bel et bien habitée par une mère et son enfant. C’est bientôt tout le bourg qui ne parle plus que de ça et c’est à qui aura la chance de faire la connaissance de cette nouvelle venue. Toute de noir vêtue, Helen Graham rencontre certains de ses voisins. Les questions pressantes qu’elle reçoit sont accueillies par des réponses aussi singulières qu’elle, qui reste discrète et évasive quant à son histoire.

La population oisive et bourgeoise de la ville émet alors toutes les suppositions possibles sur cette nouvelle voisine. Et avec elles, viennent les inévitables commérages. C’en est trop pour Mr Markham qui commençait tout juste à tenir la jeune femme en haute estime, il est tiraillé entre sa bonne opinion de la recluse et les bavardages incessants dont elle fait l’objet. N’y tenant plus, il décide de la confronter et celle-ci, pour toute réponse, lui confie son journal intime

Le lecteur va alors se plonger dans l’histoire d’Helen et découvrir peu à peu ce qui l’a poussée à vivre cachée au fin fond de l’Angleterre.

La condition féminine dans la société victorienne

Paru en 1848, La Recluse de Wildfell Hall ne reçoit que peu d’éloges de la presse papier. Après la mort d’Anne, sa sœur Charlotte ne cherchera d’ailleurs pas à rééditer l’ouvrage… Dans Les Lettres choisies de la famille Brontë, elle écrit à son éditeur :

Il ne me paraît guère opportun, en revanche, d’inclure Wildfell Hall. Le choix du sujet ne fut pas heureux – rien ne s’accordait si mal avec le tempérament – les goûts et les opinions doux et effacés de leur auteur encore novice. Son écriture fut une douloureuse mortification et un devoir austère qu’elle s’infligea sous l’effet de quelque étrange scrupule à demi ascétique. Elle était au-dessus de tout reproche, en tous ses gestes et presque en chacune de ses idées – mais il y avait chez elle, depuis sa plus tendre enfance, une veine de mélancolie religieuse. Je l’avais toujours pressenti – et j’en ai trouvé, parmi ses papiers, bien des preuves désolantes.

Ce manque de soutiens n’empêche pourtant pas La Recluse de Wildfell Hall d’explorer avec brio le sujet de la condition féminine et en fait dès lors, l’un des premiers romans féministes.

À l’époque de sa première édition, l’Angleterre du 19ème siècle connait une période faste sous le règne monarchique de la Reine Victoria (1832 – 1901). Le pays produit la moitié de tout l’acier du monde, est au cœur d’une révolution industrielle d’envergure et la population anglaise émet un bond démographique. L’écart entre bourgeoisie et prolétariat se creuse un peu plus encore. La misère sociale est alors très présente et conduit à la création du syndicalisme et de différents mouvements en faveur des femmes.

Les droits d’une femme – et a fortiori d’une femme mariée – sont très restreints. Elle ne peut posséder de biens propres ou de compte bancaire, porter plainte, voter, avoir un emploi (hormis en tant que Gouvernante). Les mariages étaient pourtant considérés comme une étape obligatoire afin d’atteindre une certaine réussite sociale. Ils n’étaient pas affaire d’amour mais plutôt arrangés en fonction des alliances pécuniaires et des classes sociales.

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La Recluse de Wildfell Hall

Ce n’est pas un mariage arrangé que nous conte Anne Brontë mais bien un mariage malheureux. D’abord amoureuse de Mr Huntingdon, Helen se rend compte qu’il ne correspond pas à l’image qu’elle se faisait de lui. Pire, les vices de son mari s’empirent avec le temps et elle doit subir ses affronts répétés.

Helen ne se départ pourtant jamais de son devoir envers lui. Très pieuse et dotée d’une foi infaillible, elle s’imagine pouvoir remettre son mari dans le droit chemin à coup de sermons et bonnes paroles. Elle n’a qu’un espoir : que Mr Huntingdon s’amende de ses péchés pour pouvoir un jour reposer aux côtés du Seigneur. La Recluse de Wildfell Hall possède une grande dimension religieuse qui peut parfois avoir un aspect fastidieux. Mais cela est à replacer dans le contexte spirituel de l’époque ainsi que de la famille Brontë, protestants pratiquants.

L’ouvrage se présente sous forme de correspondances. D’abord celles de Gilbert Markham à un ami à qui il s’adresse afin de raconter toute cette histoire, ces lettres ne concernent qu’un tiers à peine de l’ouvrage. Ensuite, nous avons accès très vite au journal intime d’Helen. Le choix de la forme est remarquable car il nous donne cette impression d’avoir accès à toutes les pensées de celle qui l’a écrit. Nous faisons la connaissance d’Helen de la meilleure des façons et l’empathie est totale. Ce roman est un fabuleux portrait de femme, résolument moderne et en avance sur son temps.

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