La rentrée littéraire des éditions Stock

La rentrée littéraire des éditions Stock

C’est au neuvième et dernier étage de l’Institut du monde arabe que se sont retrouvés aujourd’hui les féru.e.s de littérature en tout genre à l’occasion de la Rentrée littéraire des éditions Stock. Le beau temps n’était malheureusement pas au rendez-vous mais cela ne nous a pas empêché de découvrir de jolies promesses littéraires pour cet été !

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On ne va pas se mentir, j’ai eu envie de lire chacun des livres présentés. Surtout quand ils le sont avec autant de passion, d’émotion  et d’humour. Pardon messieurs, mais pour cette rentrée littéraire mon cœur de lectrice se tourne vers les autrices dont j’ai particulièrement hâte de découvrir les écrits. Cela tombe plutôt bien puisque j’ai décidé de ne lire que des femmes en 2018 !

Laissez-moi maintenant vous présenter les douze romans à paraître dès le 22 août.

Le Mars Club de Rachel Kushner

Romy Hall, 29 ans, ancienne strip-teaseuse au Mars Club, vient d’être transférée à la  prison pour femmes de Stanville, en Californie. Elle doit y purger deux peines de réclusion à perpétuité plus six ans pour avoir tué l’homme qui la harcelait. Confrontée à la perspective de cette vie qui n’en est plus une, Romy n’a qu’une consolation : savoir que sa mère s’occupe de Jackson, son fils de sept ans, qu’elle élevait seule avant le drame. Quand Romy apprend que sa mère vient de décéder dans un accident de voiture, et qu’elle-même a été déchue de ses droits parentaux, elle doit agir.

La marcheuse de Samar Yazbek

Rima vit avec son mère et son frère dans la banlieue de Damas. La jeune fille, qui ne parle pas, est atteinte d’une étrange maladie : ses jambes fonctionnent indépendamment de sa volonté. Dès qu’elle en a l’occasion, elle marche sans pouvoir s’arrêter. Ainsi, Rima a-t-elle grandi attachée à sa mère, à son frère, au lit, à la bibliothèque où elle dévore tous les livres, pour éviter que ses jambes ne la portent loin de chez elle.

Un jour d’août 2013, alors qu’elle traverse la ville en bus avec sa mère, un soldat leur tire dessus à un check-point. Sa mère succombe sous les balles tandis que Rima, blessée, est emmenée dans un hôpital pénitencier où elle découvre la terrible réalité de la guerre.

Son frère vient la chercher quelques jours plus tard pour la conduire dans la zone assiégée de la Ghouta, et c’est là, dans cet enfer sur terre, que Rima, réfugiée dans la cave d’une imprimerie encerclée par les bombes, écrit son histoire.

Capitaine d’Adrien Bosc

Le 24 mars 1941, le Capitaine Paul-Lemerle quitte le port de Marseille, avec à son bord les réprouvés de la France vichyste et d’une Europe en feu, les immigrés de l’est, les républicains espagnols en exil, les juifs et apatrides, les écrivains surréalistes et artistes décadents, les savants et marchands, les affairistes et créateurs de journaux, et des femmes et des enfants.

Ce qu’Adrien Bosc, après Constellation, imagine et ressuscite, au terme d’une recherche de quatre années, c’est l’épaisseur historique de ce temps qu’on croit passé, d’un souvenir tel qu’il brille à l’instant d’un péril. Temps du roman où l’on croise le long des côtes espagnoles, du Maroc, puis de la haute mer, jusqu’en Martinique, André Breton et Claude Lévi-Strauss dialoguant, Anna Seghers, son roman et ses enfants, VictorSerge, son fils et ses révolutions, Wifredo Lam et sa peinture, et tant d’inconnus, tant de trajectoires jetées là par les aléas de l’agonie et du hasard, de l’ombre à la lumière. Et croyant s’échapper, en fin de parcours, avant le saut final, face à l’Amérique si loin, si proche, l’enfermement dans un Lazaret en face de Fort-de-France, et à la faveur d’un ruban bleu la rencontre inattendue avec aimé et Suzanne Césaire.

Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie

« Critique littéraire, les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions. Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la nécessité d’écrire. Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, au-delà de toute mesure, m’a mise aussi dans une colère folle. Parce qu’une suicide, c’est la double peine, la violence de la disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de se souvenir des jours heureux.

Moi, je ne voulais pas me taire, je ne voulais pas que la mort de mon frère recouvre sa vie d’un manteau sinistre. Alex était un être flamboyant, drôle, brillant, il a eu une existence belle, pleine, passionnante, aimante et aimée. Il s’est battu contre la mélancolie, elle a gagné. Raconter son courage, dire la chance que j’ai eu de l’avoir comme frère, m’a semblé vital. Écrire pour prolonger les morts, on n’a rien trouvé de mieux. « Ça va passer », me répétait-on souvent, mais je refusais de toutes mes forces que « ça » passe. Je désirais inventer une nouvelle manière d’être triste. Je ne voulais ni faire mon deuil ni céder à la désolation. J’ai cherché à explorer une troisième voie, grâce aux livres toujours, à ma famille, mes amis de Paris et de Montréal. Mon frère était gai, cela m’a paru une bonne ligne de conduite dans la vie et dans l’écriture.

La mort coupe le souffle. Mais, au bout d’un chemin éprouvant et riche, les morts peuvent nous rendre plus vivants, plus libres et plus sensibles à une humanité invisible. C’est ce que je souhaitais exprimer Avec toutes mes sympathies. »

Le guetteur de Christophe Boltanski

« Dossier Polar ». Cette chemise étiquetée qui dort dans un tiroir attire soudain l’attention : histoires de serial killer, d’épidémies, de boucher, de jumelles et de brouillard humide – avec pour seuls compagnons sa machine à écrire Olivetti et son chien Chips, sa mère écrivait donc des romans policiers. A l’insu de tous. Du moins, elle les amorçait, sans jamais les achever, comme une noire rêverie restée en suspens.

Maintenant qu’elle est morte, le mystère autour d’elle s’épaissit. Cette femme qui aimait le frisson, comment a-t-elle occupée ses années, enfermée dans son appartement du XIIIe arrondissement ? Elle qui fut une adolescente révoltée et une étudiante militante, pourquoi s’est-elle coupée du monde ? Comment a-t-elle basculé de l’action au fantasme de l’action ?

Pour le narrateur du Guetteur, l’énigme de sa mère devient une obsession. Il décide alors de la prendre en filature. Et de remonter le temps. Est-ce dans ses années étudiantes à la Sorbonne, en pleine guerre d’Algérie, où l’on tracte et l’on se planque, où la prudence peut basculer à la paranoïa, que progressivement son caractère s’infléchit ?

La femme de Dieu de Judit Sibony

Robert Pirel est marié à Élisabeth depuis très longtemps. Et depuis très longtemps il additionne les maîtresses. Qu’il dirige sur scène, auprès de sa femme (laquelle garde toujours le rôle principal). Sous les yeux de sa fille Julie qui ne voit rien. Et de sa vieille mère Luce, qui sait tout. Car Robert Pirel est un homme curieux – et assez romanesque. Il est dramaturge et metteur en scène de ses pièces, ce qui titille ses instincts de démiurge. Mais il ne croit en rien tant qu’en l’improvisation : c’est alors que souffle la vie. Or lorsqu’il rencontre par hasard dans la métro Natacha Walz, qui tombe amoureuse de lui jusqu’à vouloir un enfant, tout en incarnant sur les planches le rôle de l’amante, les coups de théâtre s’accumulent. Il y a les lois de la nature, et les lois de l’amour…

La révolte de Clara Dupont-Monod

Aliénor d’Aquitaine racontée par son fils Richard Coeur de Lion : Clara Dupont-Monod convoque des voix fortes, élégantes, étonnamment actuelles. L’adoration du fils pour sa mère, l’abnégation de la mère pour son fils, résonnent encore longtemps après avoir refermé le livre.

Et pourtant, comme cette intrigue est tragique ! Historiquement, elle est bien exacte : une reine tente de renverser son mari avec l’aide de ses fils. Comment et pourquoi convaincre ses enfants de se retourner contre leur père ? Et comment, en tant qu’enfant, vivre ce conflit de loyauté ? C’est un livre sur la guerre, que Richard ne condamne pas, au contraire. Elle est le moteur qui sert à lever les armes contre son père, mais aussi à partir en croisade pour reconquérir Jérusaleme.

Écoute de Boris Razon

Un homme devant une boutique d’appareils photos anciens sur l’avenue des Gobelins. Il attend, hésite à entrer. Dans un van de surveillance, un officier de police le repère. Il est chargé d’une station d’écoute officieuse et est abreuvé, chaque jour, du flux des textos, messages, photos, snaps que s’envoient chaque minute, chaque seconde, les passants de son secteur. Un flot continu qui sème le chaos dans son esprit. Mais qui est cet homme face à lui ? Il n’émet rien. C’est étrange.

Est-il normal, de nos jours, de ne pas utiliser de téléphone portable ? Ce silence est suspect. Le policier n’arrive pas à détacher son attention de l’homme qui sort maintenant du magasin lesté d’un appareil photo métallique. Le temps d’une brève marche sur l’avenue des Gobelins, son destin se fige. Qui est-il ? Que fait-il là ? Autour, tous s’agitent dans cet autre monde que sont nos vies invisibles, numériques. Pour le policier, il est une menace. Un lycéen du quartier reconnaît en lui le Morse, une rock star qui a disparu en Norvège dans les années 1980.

Vivre ensemble d’Émilie Frèche

Le vendredi 13 novembre 2015, Pierre et Déborah descendent la rue de la Fontaine-au-Roi dans le Xe arrondissement de Paris lorsque, à 21h30, le commando terroriste surgit et mitraille les terrasses. Par chance, ils ne sont pas touchés. Ils ne sont donc pas des victimes, seulement des miraculés, mais l’état d’urgence émotionnel dans lequel cette situation les propulse leur intime l’ordre de ne plus perdre de temps, de profiter tout de suite de ce qui leur est offert, à commencer par leur histoire naissante. Ainsi décident-ils de vivre ensemble, c’est à dire d’emménager avec leurs fils respectifs, Léo, 13 ans, et Salomon, 11 ans.

Dans cet emballement, ils ont oublié que ces enfants-là ne se sont pas choisis. Qu’ils n’ont pas choisi non plus leurs beaux-parents, lesquels n’ont eux-mêmes eu aucun mot à dire sur l’enfant de l’autre. Or comment peut-on partager son espace vital avec des gens qui nous sont imposés, et peut-être même en tous points étrangers ?

Confessions d’une cleptomane de Florence Noiville

En apparence, Valentine de Lestrange est une vieille dame tout à fait « comme il faut ». Une femme d’un certain âge, distinguée, fortunée, épouse de ministre qui plus est. Mais d’un ministre très absent. Si bien que, dans la vie quotidienne, Valentine qui est seule et qui s’ennuie, s’adonne, pour tromper ce vide, à un sport épatant : la cleptomanie.

Frisson de l’interdit, griserie de la transgression : rien de tel que cs shoots d’adrénaline pour la mettre de bonne humeur. Pour Valentine, chaque « clep » est un jeu. Un défi qu’elle se lance : une journée sans « clep » est une journée ratée. Jusqu’au jour où, presque sans le vouloir, elle va voler « l’objet de trop ». Tomber sur un document qu’elle n’aurait jamais dû voir. Et qui va changer le cours de son destin.

Simple de Julie Estève

On ne l’appelle jamais Antoine Orsini dans ce village perché dans les montagnes corses mais le baoul, l’idiot du coin. À la marge, bizarre, farceur, sorcier, bouc émissaire, Antoine raconte à sa chaise son histoire, celles des autres habitants, et son lien avec Florence Biancarelli, une gamine de seize ans retrouvée morte au milieu des pins et des années 1980. Qui est coupable ?

L’Évangile selon Youri

C’est un ps aux méthodes peu orthodoxes, spécialisé dans la prise en charge des migrants. Il s’appelle Elie. Vieillissant, désabusé, divorcé, il s’est installé dans un petit deux-pièces du quartier Mouffetard. Par habitude, Il continue à se rendre au centre clinique où il a consulté durant des décennies. Et c’est là qu’il rencontre un nouveau cas, le jeune Youri, ramassé sur le trottoir en train de mendier, tzigane, immigré de Roumanie.

Mais sitôt les professionnels essaient d’aider l’enfant, surviennent des événements étranges. Un garçon hébergé dans le même foyer fait une chute dans l’escalier et se trouve dans le coma. Les enfants accusent Youri de sorcellerie. On le place en famille d’accueil chez des Gitans de Champs-sur-Marne, mas il n’y tient pas plus d’une semaine.

Elie, le vieux psy, a ses habitudes chez Samuel, un fripier du boulevard Aago. C’est là qu’il rencontre ses amis du quartier, Old-New-Sex, à la langue pendue, le Poète, qui ne rate jamais une occasion de réciter un poème classique, le Professeur, qui ne cesse d’évoquer ses problèmes cardiaques… et Samuel, surtout, l’inquiet, qui s’interroge sur la lassitude du monde. C’est là, entre le petit appartement d’Elie et la friperie de Samuel, que le jeune Youri prend ses quartiers. Et c’est dans la boutique qu’il accomplira ses premières guérisons, et ses miracles.


 

 

 

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