Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan

Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan

Après avoir lu et apprécié D’après une histoire vraie, je souhaitais me replonger dans un roman de Delphine de Vigan. J’ai trouvé Rien ne s’oppose à la nuit dans une boîte à livres et ai très vite été happée par cette histoire.

Genèse du roman

Beaucoup d’écrivain·e·s ont écrit sur leur génitrice. On pense bien évidemment à Marcel Proust avec La Recherche du temps perdu, à La Promesse de l’aube de Romain Gary ou encore à Sido de Colette. S’agissant d’un exercice éprouvant, nous avons bien failli ne jamais lire le portrait de Lucile, la défunte mère de Delphine de Vigan.

Celle-ci s’est en effet longuement interrogée.
Qu’a-t-elle à dire de plus que ces grands auteurs ?
Connait-elle vraiment celle qui l’a mise au monde ?
Saura-t-elle faire preuve d’assez d’objectivité dans son écriture ?
Cela vaut-il la peine d’impliquer chaque membre de la famille ?

Et pourtant, Rien ne s’oppose à la nuit va s’imposer comme une évidence quand son jeune fils va lui demander si sa grand mère s’est suicidée. Le déclic se fait et avec lui, le processus d’écriture se met en branle. Delphine de Vigan y voit l’occasion rêvée d’y raconter sa vérité et la vision qu’elle porte de sa mère. Elle rassemble alors ses souvenirs, ses proches puis commence à imbriquer les pièces du puzzle familial.

De l’enfance à l’âge adulte

De l’enfant égérie d’une célèbre publicité à la jeune femme diagnostiquée bipolaire, c’est un portrait complexe et dense de Lucile que nous découvrons. Son vécu nous suggère les blessures qui ne guérissent jamais tout à fait et nous aide à comprendre le diagnostic psychiatrique qui l’a rongée. Sous les apparences d’une famille parfaite, brandissant l’étendard d’une éducation libre, les pages se tournent et le vernis se craquelle.

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Lucile dans la célèbre publicité Intexa

On ressent immédiatement de l’empathie pour Lucile mais aussi pour Delphine, qui relate à son tour sa vie auprès de cette mère pas tout à fait « comme les autres ». Faisant preuve du recul nécessaire, elle nous livre un témoignage empli de pudeur, une manière de lui dire qu’elle l’a aimé malgré tout.

J’avais apprécié Delphine de Vigan pour son rapport à l’écriture et à la vérité, déjà questionnées dans D’après une histoire vraie. Ici, elle insiste sur le fait qu’il s’agit de sa vérité, sa version de l’histoire, ses souvenirs et que ceux-ci peuvent être biaisés, influencés, tronqués. Elle l’assume et nous livre alors une version forcément personnelle mais aussi très touchante. Il y a une forme d’acceptation de qui était sa mère et l’autobiographie réalisée se révèle être une étape du deuil. Seuls les passages où elle relate ses difficultés autour de l’écriture nous font sortir de l’histoire, font perdre en rythme et n’apportent à mon sens rien de plus au récit.

Beaucoup d’émotion transparaît dans Rien ne s’oppose à la nuitle lecteur se sent mis dans la confidence et l’empathie est totale. Cette sensation est renforcée par l’universalité du thème : chaque famille possède ses secrets, ses non-dits.

 

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