Mon midi mon minuit d’Anna Mc Partlin

Mon midi mon minuit d’Anna Mc Partlin

J’ai eu la chance d’approcher Anna Mc Partlin lors d’une rencontre organisée par Babelio et les éditions du Cherche Midi. L’autrice était à Paris pour promouvoir son livre que l’on peut enfin se procurer outre-Manche, 12 ans après sa sortie en Irlande ! Anna Mc Partlin déborde d’humour, d’énergie et fait preuve d’une grande ouverture d’esprit, à l’image de Mon midi mon minuit.

À la suite d’un drame, le monde d’Emma, jusque-là rempli de promesses, s’effondre. La jeune femme plonge dans le désespoir. Ses amis font alors bloc autour d’elle pour tenter de lui redonner le goût de vivre

Mon midi mon minuit

Le roman, intitulé Pack up the Moon dans sa version originale est un vrai casse-tête pour l’auteur et sa version française. Après moult propositions ce sera finalement Mon midi mon minuit qui sera conservé. Il s’agit d’un passage du poème Funeral Blues de W. H. Auden :

Il était mon nord, mon sud, mon est, mon ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson ;
Je croyais que l’amour jamais ne finirait : j’avais tort.

Si ces vers ne vous sont pas inconnus c’est parce qu’ils font partie de la célèbre oraison funèbre dédiée à Gareth dans le film Quatre mariages et un enterrement de Mike Newell. Moins connu en France, ce poète américain d’origine anglaise a influencé de nombreux écrivains anglo-saxons et Anna McPartlin avait étudié ce poème qui l’avait à l’époque bouleversé et qu’elle n’a jamais oublié.

Un roman très personnel

Il y a 10 ans, Anna Mc Partlin a perdu sa mère mais également un de ses meilleurs amis. Point de départ de ce roman, elle assure que ces deuils ont touché tout le monde d’une manière différente mais qu’ils ont également permis de rassembler les personnes entre elles. Ses amis, qui ont joué le rôle de seconde famille ont été présents lors de ces moments difficiles. C’est de tout cela dont Anna Mc Partlin s’est inspirée. Totalement fictionnel, ce roman reste cependant un des plus personnels de l’autrice.

Après Les derniers jours de Rabbit Hayes, Mon midi mon minuit s’attarde une nouvelle fois sur le thème de la perte. S’il n’existe pas de plus grande fatalité que la mort d’un proche, le roman ne se complaît pas dans cette disparition. Même si Emma va devoir faire face aux célèbres phases de deuil (déni, culpabilité, colère, dépression, acceptation…), Mon midi mon minuit s’avère être le parcours initiatique de la jeune femme et de tout son entourage. Anna Mc Partlin y narre la manière dont chacun va vivre cette perte, y survivre et en sortir grandi.

C’est drôle, comment tourne le monde, comment nous gagnons et perdons, sans jamais savoir ce qui nous attend alors que nous ne cessons de faire des projets. Comment nous survivons et continuons d’avancer. Une certaine tristesse apparaît avec la survie, mais aussi des bonheurs nouveaux.

Le roman profite d’une large palette de personnages construits et profonds. Chacun y a son rôle à jouer et représente un héros du livre à part entière. Mention spéciale au personnage de Nigel, le frère d’Emma qui est entré dans les ordres et y vit une profonde remise en question. Certains protagonistes et situations sont d’ailleurs si bien amenés que l’on peut regretter qu’ils n’apparaissent pas plus ou qu’elles n’aient pas de suite…

Mon midi mon minuit reste un roman léger malgré le thème abordé. Sa lecture fait naître plusieurs émotions – parfois diamétralement opposées – d’une page à l’autre et chaque lecteur en retirera quelque chose en fonction de son vécu et de sa personnalité.

En librairie le 6 avril 2017 (éditions Cherche Midi).

Demain les chats de Bernard Werber

Demain les chats de Bernard Werber

Chasse au trésor dans les rues de Paris

instagram ivre de livres demain les chats bernard werber éditions albin michel chasse au trésor daphnéeJe vous en ai parlé sur les réseaux sociaux, j’ai obtenu le roman Demain les chats à la suite d’une chasse au trésor organisée par les éditions Albin Michel. Plusieurs livres étaient disséminés et très bien cachés dans les rues de Paris.

Chaque lieu retraçait ainsi un événement-clé de l’histoire de Bastet, l’héroïne féline de Demain les Chats. Une chasse au trésor passionnante malgré la pluie ! Rien de mieux pour donner envie de découvrir un livre qu’une expérience telle que celle-ci !

Les chats, véritables héros d’internet et sauveurs de l’humanité ?

Bastet est une chatte domestiquée qui a accès à tout le confort que son espèce peut espérer. Croquettes à volonté, endroits confortables où se reposer, poisson rouge avec lequel jouer, servante humaine attitrée… Il ne lui manque rien ! Ou presque…

Sa vie prend un tournant lorsqu’elle rencontre son voisin de chatière nommé Pythagore. Ce chat semble différent des autres. Son mimétisme calqué sur celui des bipèdes et un étrange Troisième Œil sur le haut de son crâne en font un chat à part qui éveille la curiosité de Bastet. L’orifice sur sa tête est en fait un port USB par lequel ce dernier a accès à tout le savoir via Internet.

Au même moment le sort de l’Humanité est en train de basculer dans le terrorisme, la guerre, la peste et autres joyeusetés. Paris est ravagé par des incendies, des pillards et des milliers de rats. Et si le dernier espoir que nous avions résidait au cœur de nos foyers ?

Un roman où l’anthropomorphisme est roi

Demain les chats fait ressortir tout l’amour que porte Bernard Werber aux félidés. Les passages sur les chats et leur apport à l’Histoire au fil des siècles sont passionnants et nous rappellent que ces animaux désormais domestiqués n’ont pas toujours eu bonne réputation.

C’est également un roman sur la transmission de la connaissance que ce soit à travers Internet ou les livres. Il souligne l’importance de la culture et des sciences comme terme aux conflits et de ne pas faire les mêmes erreurs que répètent inlassablement les Hommes. Quant à l’anthropomorphisme, il est omniprésent. Les chats perdent leur innocence, leur détachement, leur ignorance qui faisait finalement d’eux des « imbéciles heureux ». Ils finissent par ne plus être des chats mais bien des hommes. De quoi déboussoler les amoureux des chats qui apprécient justement ces traits de caractères non-humains.

Chronique d’Une mère d’Alejandro Palomas

Chronique d’Une mère d’Alejandro Palomas

Barcelone, 31 décembre. Amalia et son fils Fernando s’affairent en attendant leurs invités. En ce dîner de la Saint-Sylvestre, Amalia, 65 ans, va enfin réunir ceux qu’elle aime. Ses deux filles, Silvia et Emma ; Olga, la compagne d’Emma, et l’oncle Eduardo, tous seront là cette année. Un septième couvert est dressé, celui des absents.

Repas de St Sylvestre en Espagne

Si le passage vers une nouvelle année est l’occasion de se réunir en famille autour d’un bon repas, il est également générateur d’angoisses. Qui n’a jamais redouté un repas de famille ? Entre les tensions et les non-dits, il n’est pas toujours facile de passer un bon moment…

Amalia attend cette soirée avec impatience, elle est l’occasion de rassembler les gens qu’elle chérit le plus : ses enfants, leurs compagnons et son frère. L’histoire de cette soirée et les nombreux flash-back nous sont contés à travers les yeux de Fer, le fils et confident attitré de la famille. Ce dernier ne sait que trop bien à quoi s’attendre entre sa sœur Emma qui a dû réapprendre à vivre, l’aînée Silvia qui semble au bord de l’implosion et l’oncle Edouardo toujours plus dans l’excès…

Je sais que Silvia ne pourra pas retenir ses piques ce soir, qu’Emma nous balancera une bombe ou deux et qu’oncle Edouardo torpillera la table avec l’une de ses frasques. Et qu’il faudra recomposer, recoudre et ramasser le verre, la porcelaine et la chair en charpie.

Comme son titre l’indique, Une mère est le portrait d’Amalia, mère de famille mais femme avant tout. Même si elle est résolument tournée vers les problèmes de ses enfants, elle n’en est pas exempte pour autant. Divorcée d’un homme qui l’a malmenée tout au long de sa vie, elle doit composer avec cette nouvelle vie qui est la sienne et réapprendre à vivre seule. Souvent extravagante et à la limite du ridicule nous avons – tout comme ses enfants – du mal à suivre ses raisonnements et il faut bien le dire à la supporter.

Pourtant, les membres de cette famille ont plusieurs faces, comme les vieilles cassettes audio. Cette facette cachée au reste du monde, cette face B est comme une deuxième personnalité aux antipodes de la première que chacun saura révéler lorsqu’on s’y attend le moins.

C’est bien ce qui fait la force d’Une mère : des personnages  authentiques, des personnalités fortes et approfondies. Les dialogues toujours justes ne tombent jamais dans les clichés faciles de ce genre de situations. Alejandro Palomas réussit le pari de nous présenter tout l’éclectisme d’une famille qui n’est finalement pas si éloignée de la nôtre. Les différents membres qu’elle compose se dévoilent au fil des pages et apprennent à se reconstruire, à ne pas avoir peur de vivre. En cela, Une mère est une ode à la vie touchante, qui fera écho en chacun de nous.

 

Chronique de Carry On de Rainbow Rowell

Chronique de Carry On de Rainbow Rowell

J’ai lu Carry On alors qu’il était le roman prévu pour le lancement du club de lecture des éditions Pocket Jeunesse auquel j’ai participé. Rainbow Rowell est l’autrice de romans Young Adult tels que FanGirl et Eleanor and Park.

Plongée dans le monde des fan-fictions

Un jeune magicien entame sa dernière année dans une célèbre école de magie d’Angleterre. Depuis plusieurs années, le Monde de la Magie est en danger et notre héros est selon une prophétie l’élu qui est capable de tout changer. Orphelin, il n’attend qu’une chose à chaque vacances d’été : retourner à l’école. Il y a ses amis, le directeur y est comme un père de substitution et il a même la meilleure chambre de l’école. Seule ombre au tableau son ennemi juré étudie au même endroit et c’est certain, les deux s’entre tueront un jour…

Cela vous rappelle quelque chose ? Ne partez pas ! Si le résumé n’est pas sans rappeler la célèbre saga Harry Potter c’est un effet voulu de Rainbow Rowell qui nous offre ainsi une plongée dans le monde des fan-fictions.

En effet, les bases de Carry On sont posées dans FanGirl. Ce roman conte l’histoire de Cath, une jeune femme introvertie qui se passionne pour la série de livres des aventures de Simon Snow au point de passer tout son temps à écrire de longues fan-fictions sur celui-ci. S’il n’est pas nécessaire d’avoir lu FanGirl avant Carry On, sa lecture apporte tout de même une énorme plus-value et permet de comprendre les rouages des relations qui naissent ou se poursuivent dans ce dernier roman de l’autrice.


Les débuts dans cette lecture peuvent être déroutants si l’on ne connaît pas l’univers de l’autrice. L’histoire peine d’abord à se mettre en place tant l’univers est riche. Une fois les bases posées, l’exercice de style est vraiment intéressant et le tout offre même un nouveau regard sur la saga Harry Potter en la mettant en lumière via un différent point de vue. Carry on est un très bon roman Young Adult, romantique et magique à souhait.

Celle dont j’ai toujours rêvé de Meredith Russo

Celle dont j’ai toujours rêvé de Meredith Russo

Adolescence rime forcément avec puberté, cette période sympathique où notre corps change et qui nécessite acceptation et réappropriation. Nous sommes tous passés (ou passerons) par là… Et si cette expérience peut parfois s’avérer difficile à vivre, elle l’est sans doute encore plus pour les personnes transgenres.

Boys don’t cry

Amanda est née homme. Devant la loi et la société elle est un homme. Mais voilà, notre héroïne se sent piégée dans une enveloppe corporelle qui ne lui correspond pas. Alors que les autres enfants veulent devenir pompier ou astronaute, elle rêve uniquement de devenir une femme. Conscients de la différence de leur enfant et en désaccord permanent quant à à son éducation, ses parents se déchirent jusqu’au divorce. Puis survient l’adolescence et ses brimades, la solitude, le repli sur soi. Amanda décide que la puberté et ses nombreux changements ne passeront pas par elle et ingère une dose mortelle de médicaments.

Elle survit à son suicide et est envoyée vivre chez son père, loin de ces mauvais souvenirs. Elle veut finir sa dernière année de lycée dans une petite ville où personne ne la connaît puis partir encore  plus loin pour l’université. Cette année, elle veut la traverser rapidement sans se faire remarquer, sans faire de vague. Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est qu’elle tomberait amoureuse de Grant.

Bien que ce roman fait partie de la catégorie Young Adult, dépeigne les vicissitudes de la vie d’une adolescente, passe par la case « bal de promo », il évite bien souvent des mièvreries inutiles. Les personnages sont recherchés, profonds. Une belle palette de personnages secondaires gravite autour d’Amanda et sa relation avec ses parents est touchante et vraie. Un joli roman sur l’acceptation de soi, le pardon et l’amour. Tout n’est pas tout blanc ou noir dans Celle dont j’ai toujours rêvé et c’est ce qui le rend si puissant. L’auteure, Mérédith Russo est-elle même une personne trans et nul doute qu’elle a mis beaucoup de sa personne dans le personnage et les expériences d’Amanda. Elle a voulu montrer qu’il s’agit avant tout d’une question d’identité et non de sexualité. Un roman rare qui aborde le transgénérisme avec subtilité, même si certains clichés ou traits forcés étaient nécessaires et voulus. Celle dont j’ai toujours rêvé est également une bonne piqûre de rappel quant à nos réactions face aux personnes LGBT et à la violence qu’elles subissent au quotidien.

 

Chronique de Riquet à la houppe d’Amélie Nothomb

Chronique de Riquet à la houppe d’Amélie Nothomb

Qui dit rentrée littéraire dit nouveau roman d’Amélie Nothomb. Après avoir donné son interprétation du conte de Charles Perrault, Barbe Bleue en 2012, elle réitère l’exercice avec Riquet à la houppe aux éditions Albin Michel.

Riquet à la houppe : de Perrault à Nothomb

Alors que les contes étaient originellement véhiculés par le bouche à oreille (on parle de conte oral), ces derniers ont fait l’objet de réécritures par des écrivains dès la Renaissance. Le travail de Charles Perrault consistait en la collecte et la retranscription des ces récits courts. La version la plus célèbre de Riquet à la Houppe est celle de Perrault datant du 17ème siècle.

L’histoire de Riquet à la Houppe ayant déjà été racontée, le principal attrait de la réécriture de Nothomb est la transposition du conte dans un univers contemporain, quatre siècle plus tard.

Déodat voir le jour doté d’un physique repoussant mais d’un intellect grandissant. Il est en avance sur tout, et a une très forte conscience de ce qui l’entoure et qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’enfance de l’autrice dans Métaphysique des tubes… L’enfant voue une passion aux oiseaux qui lui vaudra très vite son surnom de Riquet à la houppe.

Trémière naît quant à elle magnifique mais sans esprit. Rejetée par ses parents, elle est envoyée chez sa grand-mère qui va l’élever avec amour.

Ces deux êtres éprouvés par la vie (ils feront l’expérience douloureuse de l’enfance puis de l’adolescence au milieu des autres) finiront par se rencontrer pour ne faire qu’un.


Un livre court, drôle et fin autour du questionnement sur la beauté et l’amour mais aussi un hommage à la littérature. La morale de Perrault s’inscrit également dans les pages d’Amélie Nothomb : la beauté morale ou physique n’existe que dans les yeux du spectateur.

Chronique de Fête des pères de Greg Olear

Chronique de Fête des pères de Greg Olear

Fête des pères aux éditions Cherche Midi est le deuxième roman de Greg Olear après Totally Killer. A l’instar de son personnage Josh Lansky, l’auteur est père de deux enfants et vit à New Platz dans l’Etat de New York. Un livre plus personnel et inspiré de sa vie qui sort en librairie le 2 février 2017.

Tout se passait bien ou presque dans la vie de Josh Lansky. Marié, deux enfants il tente de gérer au mieux son travail à temps plein de PAF (comprendre Père Au Foyer). Les différents manques – de sommeil, de sexe, de reconnaissance pour sa situation – restent gérables et font partie intégrante de sa vie de parent d’enfants en bas âge. Pourtant, la journée de Josh bascule quand une des mamans du voisinage lui annonce que sa femme le trompe. Cette dernière est en déplacement professionnel et ne rentrera que le lendemain…

24 heures chrono dans la vie d’un père au foyer

Fête des pères se déroule sur 24 heures de 3h33 (oui, on se réveille tôt quand on a des enfants) à minuit. Cette construction permet d’apporter une certaine énergie et un rythme soutenu où tout s’enchaîne. La journée va s’articuler entre les différents rendez-vous, l’école, les sorties scolaires, la baby-sitter bref tout ce qui morcelle la vie d’un père au foyer.

Si le pitch paraît faible au premier abord et les histoires de tromperie vues et revues, Fête des pères se révèle plus profond que cela. En effet, un des enfants du couple est atteint du trouble du spectre autistique (TSA). L’occasion pour l’auteur de revenir sur un sujet qui semble lui tenir à cœur et de nous faire nous interroger en tant que lecteur sur notre jugement et notre regard à l’autre. De plus, même si l’infidélité est mise au centre de l’intrigue, la réaction de Josh à cette nouvelle est plutôt plaisante puisqu’il ne cède pas à l’énervement mais va plutôt tenter de trouver les causes de cet éloignement et de se remettre en question. La situation reste légère et drôle puisqu’en bon scénariste (il a écrit il y a plusieurs années un script qui aurait intéressé George Clooney en personne) il s’imagine les tromperies de sa femme dans des mises en scène chiadées entre les feux de l’amour et un mauvais film érotique.

Remuer les schémas ancestraux

En France, le pourcentage de pères au foyer s’élève difficilement à 4%. Dévalorisés dans leurs rôles, on a parfois l’impression que leur virilité est directement remise en question. S’il est encore difficile de sortir du schéma « femme au foyer – mari qui fait bouillir la marmite », Fête des pères prend le contre-pied des rôles imposés par une société à dominante patriarcale.

Ici, Josh a fait le choix de s’occuper de ses enfants à temps plein alors que sa femme travaille. Même s’il tente de renouer avec le métier d’auteur, père au foyer est une véritable vocation et cela apporte une bouffée de fraîcheur au tout.


Même si le statut de parent au foyer de Josh est au centre de l’intrigue, le roman aborde de nombreux autres thèmes. Il y est question d’autisme, d’embrasser un choix de vie dans lequel s’épanouir, déculpabiliser de son rôle de parent pas toujours parfait, de confiance et d’engagement. Le tout emprunte un ton léger, drôle, bourré de références (peut-être un peu trop à mon goût). Fête des pères sait s’adresser à tout le monde, pas la peine d’être nécessairement parent pour se sentir concerné !


Nos étoiles contraires de John Green

Nos étoiles contraires de John Green

On ne présente plus Nos étoiles contraires (ici aux éditions France Loisirs) ou son auteur John Green, élevés au rang d’incontournables. Sortie en 2012 il trouve de nombreux fans et bien plus encore deux ans plus tard lors de son adaptation cinématographique. Alors que je ne lis que peu de romans Young Adult, j’avais trouvé celui-ci en brocante et m’était dit « pourquoi pas » ? Je ne regrette absolument pas !

Quand Augustus rencontre Hazel…

Deux personnes qui se rencontrent, un échange de regard, le coup de foudre, l’attirance… sont autant d’incontournables du roman d’amour. Ici, on n’y échappe pas, à quelques détails près…

Hazel a 16 ans, est atteinte d’un cancer et traîne derrière elle une bonbonne de gaz censée l’aider à respirer. Augustus est lui en rémission mais a été amputé d’une jambe et se déplace en béquilles. Les deux adolescents se rencontrent pour la première fois à une réunion d’un groupe de soutien pour jeunes malades et sont tout de suite captivés par l’autre…

Seulement voilà, Hazel a la certitude de faire souffrir inévitablement ses parents à cause de sa maladie. Sa mère a même démissionné de son travail pour s’occuper de sa fille à plein temps. Elle pense gâcher leur vie et se décrit comme une « grenade dégoupillée », prête à exploser à tout moment et détruire la vie de son entourage. Il lui est donc impossible d’envisager une relation amoureuse avec le jeune homme pour lequel elle ressent néanmoins une forte attraction.

Voyage à Amsterdam

La maladie, l’humour, le cynisme, la personnalité… Tout tend à rapprocher nos deux ados qui semblent partager beaucoup de goûts en commun. La littérature n’est pas en reste et en particulier le roman Une impériale affliction de Peter Van Houten.

Véritable livre de chevet pour Hazel, elle transmet sa passion à Augustus. Ils se reconnaissent dans ce roman qui dépeint la maladie de manière juste sans jamais tomber dans le pathos. Cependant, le livre n’est pas tout à fait inachevé selon la jeune fille qui rêve d’obtenir des informations sur ses personnages favoris mais ses mails à destination de l’auteur sont jusqu’ici restés sans réponse…

Malgré la faible santé d’Hazel, Augustus décide de réaliser ce rêve. Aidé par la célèbre association Make a Wish qui exauce le vœu d’enfants gravement malades, ils entreprennent le voyage jusqu’à Amsterdam pour rencontrer l’auteur Peter Van Houten.

Nos étoiles contraires : du roman au film à succès

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C’est avec l’adaptation cinématographique que j’ai découvert Nos étoiles contraires. J’avais donc peur que cela me gâche le plaisir de la lecture mais il n’en est rien. Si l’adaptation est plutôt fidèle, elle tend tout de même beaucoup plus vers le pathos et c’est dommage. En refermant le livre j’avais certes la gorge serrée mais également un sentiment heureux teinté d’espoir.

Bref, si vous ne connaissez ni le livre ni le film je vous conseille de découvrir l’histoire avec la version papier dans un premier temps.


Un roman Young Adult sympathique qui se lit rapidement et qui s’éloigne des clichés et du pathos malgré un sujet lourd à traîter. L’attrait principal du livre est la personnalité forte, mature et quelque fois cynique de l’héroïne. Pleine de convictions, elle est également végétarienne et cela fait du bien d’avoir enfin la représentation d’un personnage végétarien et cool dans la littérature ! Un livre sincère et juste sur des adolescents condamnés à grandir trop vite…

L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

L’amie prodigieuse (aux éditions Folio), premier tome de la saga qui couvre l’enfance et l’adolescence de deux jeunes italiennes. D’Elena Ferrante on ne connaît rien puisqu’elle a décidé de rester dans l’ombre. En octobre dernier, un journaliste a tenté de révéler sa véritable identité déclenchant un tollé mêlant indignation face à une investigation intrusive et curiosité face à l’autrice très secrète. Toutefois et lors d’interviews écrites, nous avons appris qu’elle est mère de famille et que son œuvre est d’inspiration autobiographique. Traduits dans 40 langues, les livres d’Elena Ferrante bénéficient d’un lectorat nombreux en Europe et en Amérique du Nord ainsi que des meilleurs chiffres de vente en France dès leur sortie.

L’amitié au cœur d’un quartier démuni de l’Italie des années 50

Elena et Lila sont deux petites filles vivant dans un quartier pauvre de Naples dans le sud de l’Italie à la fin des années cinquante. Elles sont issues de la classe sociale défavorisée aux prises avec le miracle économique italien. L’histoire est racontée du point de vue d’Elena, dite Lenu qui voue une passion amicale presque douloureuse pour Lila. Dans la même classe, les deux enfants se tournent autour, se cherchent, s’apprivoisent. Elles inventent des jeux, des paris… La compétition alors mise en place ne cessera jamais.

Elles se découvrent une passion pour l’apprentissage, obtiennent des bonnes notes et les grâces des professeurs. Elles veulent écrire des livres comme Les quatre filles du docteur March, devenir riches, s’en sortir. Sortir de cette violence qui est monnaie courante dans un quartier où il n’y a guère d’échappatoire. La violence, elles y sont confrontées dès leur plus jeune âge dans la rue comme au sein de leur famille. La violence qui est également leur meilleur moyen de défense afin de ne pas montrer une quelconque faiblesse.

Je ne suis pas nostalgique de notre enfance: elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout: et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.

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La baie de Naples, Italie.

Etudier coûte cher et n’est pas toujours prioritaire quand on peut aider sa famille en trouvant un travail ou en aidant aux taches ménagères, d’autant plus lorsqu’on est une fille… C’est pourquoi Lila abandonne ses études et aide son père et son frère à la cordonnerie familiale. Ne se laissant jamais abattre, elle se prend de passion pour la fabrication de chaussures, déborde de projets et emprunte des livres à la bibliothèque afin d’apprendre en autodidacte le grec et le latin comme son amie. Lenu continue quant à elle ses études, poussée par ses professeurs et sa famille qui n’a pas d’autre choix qu’accepter, entre fierté et expectative.

C’est quoi pour toi, »une ville sans amour »?
-C’est une population qui ne connaît pas le bonheur.
L’Italie pendant le fascisme, l’Allemagne pendant le nazisme, nous tous, les êtres humains, dans le monde d’aujourd’hui.

Le quartier dans lequel elles grandissent est régie par l’échelle sociale des familles. Ceux qui ont réussi et sont riches et ceux qui peinent à joindre les deux bouts. La haine n’est jamais loin et les italiens apprennent dès leur plus jeune âge à respecter untel, craindre un autre, etc. Les vieilles rancunes se transmettent de génération en génération mais lorsque Don Achille, l’ogre que tout le monde respecte et craint est assassiné, les cartes sont redistribuées.

Lila et Lenu qui sont dans la fleur de l’âge voient leur corps changer et leurs relations avec les adolescents faire de même dans une société où le machisme est roi. Elles se découvrent un certain pouvoir sur ces derniers et voient là une manière de peut-être changer leur destin… Mais avec ces premiers amours sonne également l’éloignement des deux jeunes femmes.


Les deux amies, très différentes autant physiquement que mentalement ne cesseront de se pousser au meilleur. Leur relation unique, fusionnelle et parfois empreinte d’une certaine ambivalence évolue au fil des pages. On ne sait comment celle-ci va aboutir et on ne peut que continuer fébrilement notre lecture. Le contexte européen, le milieu social, politique et économique et les problèmes qu’ils génèrent sont passionnants et rendent le récit encore plus réaliste. La foule de personnages secondaires rend le tout encore plus riche et nous suivons tout ce petit monde sur plusieurs années. L’amie prodigieuse est le magnifique portrait d’une Italie non idéalisée et de ses deux héroïnes dépeintes avec tendresse.

Règne Animal de Jean-Baptiste Del Amo

Règne Animal de Jean-Baptiste Del Amo

Règne Animal (aux éditions Gallimard) faisait partie de ces livres que je souhaitais le plus lire en 2016. Très intéressée par le sujet qu’il aborde je n’ai été que confortée dans cette envie en lisant les différentes critiques mais également le classement des 20 meilleurs livres par le Magazine Lire où il figure premier dans la catégorie Révélation française. C’est donc avec joie que je l’ai découvert au pied du sapin et lu en quelques jours…

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Dans Règne animal, nous suivons une famille du début à la fin du vingtième siècle. Dans la campagne française, la génitrice, le géniteur et leur fille Éléonore tiennent une petite exploitation agricole et élèvent également quelques bêtes. Cet équilibre précaire va néanmoins basculer un peu plus avec les ravages physiques et psychologiques qu’entraînent la Guerre de 1914. Quelques années plus tard c’est au cœur d’un élevage porcin de grand ampleur que nous retrouvons les héritiers de cette famille paysanne.

« C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière »

Ce qui saute aux yeux dès les premières lignes du roman de Jean-Baptiste Del Amo ce sont les descriptions lyriques au vocabulaire très riche qu’il fait de la Nature. Le rythme est lent, notre lecture contemplative. Le quotidien de cette famille de paysans se fait au rythme des tâches à accomplir dans la ferme et les champs. Dès l’aube ils travaillent la Terre et s’endorment harassés avec le coucher de soleil. Ce choix de vie – qui s’est souvent transmis de père en fils – ne permet pas de jours de congé. Du travail fourni chaque jour dépend leur survie et le maintien d’un certain niveau de vie. Ils dépendent totalement des animaux et des soins qu’ils leur apportent ainsi que de la Terre. Cette Terre nourricière avec qui se créé ce rapport si particulier, presque sensuel.

Victimes de la guerre 14-18

Cette première partie à la portée historique marque une réelle rupture dans le récit avec la première guerre mondiale et ses conséquences. Les hommes partent au front laissant derrière eux les femmes, les enfants et les vieillards. En plus des tâches domestiques, les femmes vont alors prendre le relais sur le travail à la ferme durant des années, parfois sans nouvelles de leur mari, père, frère.

Ils savent qu’il faudra tuer, ils savent, c’est un fait acquis, une certitude, une vérité, la raison même, il faut tuer à la guerre, sinon quoi d’autre ? Ils ont enfoncé des lames dans le cou des porcs et dans l’orbite des lapins. Ils ont tiré la biche, le sanglier. Ils ont noyé les chiots et égorgé le mouton. Ils ont piégé le renard, empoisonné les rats, ils ont décapité l’oie, le canard, la poule. Ils ont vu tuer depuis leur naissance. Ils ont regardé les pères et les mères ôter la vie aux bêtes. Ils ont appris les gestes, ils les ont reproduits. Ils ont tué à leur tour le lièvre, le coq, la vache, le goret, le pigeon. Ils ont fait couler le sang, l’ont parfois bu. Ils en connaissent l’odeur et le goût. Mais un Boche ? Comment ça se tue un Boche ? Et est-ce que ça ne fera pas d’eux des assassins bien que ce soit la guerre ?

Le bétail est racheté pour une bouchée de pain par l’armée, les bêtes transportées durant des heures sans eau ni nourriture dans des wagons à bestiaux. Leur destination : des terrains aménagés en abattoir géant à ciel ouvert afin de nourrir les nombreux soldats. Des bouchers s’y relaient sans discontinuer pour un rythme d’abattage effréné. Les hommes craquent, en viennent à détester les animaux, à les brutaliser, les humilier. Devenus eux-mêmes des victimes, ce sublime passage n’est pas sans rappeler l’actualité et les désormais célèbres vidéos de l’association L214 sur les abattoirs.

Règne Animal : Marcel, gueule cassée de la guerre 14-18
Les gueules cassées de la guerre 14-18

A la fin de la Guerre, les hommes « chanceux » qui rentreront finalement chez eux se terreront dans le silence. Beaucoup seront désormais impuissants, d’autres des fameuses « gueules cassées« .  C’est le cas de Marcel, le mari d’Éléonore revenu complètement défiguré et violent… A la mort de la génitrice, le couple trouve un butin caché par cette dernière et décident de développer la ferme, d’acheter des terrains, des bêtes.

Industrialisation rapide de l’élevage

Dans la deuxième partie du livre nous retrouvons les descendants d’Éléonore lancés dans un élevage industriel porcin à grande échelle. Ici plus de bête libres, les cochons sont parqués, remodelés par l’homme, bourrés d’antibiotiques. Il faut faire du rendement, produire toujours plus de viande à moindre coût. Les animaux ne sont plus des êtres vivants mais des produits de consommation lambda, les hommes sont déshumanisés, leurs gestes mécaniques. Ils deviennent esclaves de l’industrie qu’ils ont créée.

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Ces hommes ne connaissent que ce métier. Dans cette « famille qui paie pour la folie de toute une humanité », ils sont voués à perpétuer un héritage maudit difficile tant sur le plan physique que moral. Dans cet environnement contradictoire où l’on prend soin d’êtres fragiles uniquement dans le but de les mener à la mort, les hommes apprennent dès leur plus jeune âge la désensibilisation.

Règne Animal : une fresque familiale

Au cœur de cet environnement dominé par l’omniprésence des animaux, cinq générations traversent le cataclysme d’une guerre, les désastres économiques et le surgissement de la violence industrielle, reflet d’une violence ancestrale.

Dans Règne Animal, nous suivons une famille pendant presque cent ans dans une temporalité pas si éloignée de la nôtre. Si nous sommes donc tout disposés à nous sentir proches de ses personnages, le récit laisse peu de place aux sentiments. Certains membres de la fratrie – plus sensibles – s’isolent parfois jusqu’au mutisme. Et lorsque amour et affection ne se trouvent pas aisément au sein d’une famille tous les moyens sont bons pour compenser, y compris dans des unions qualifiées de « contre nature« . C’est dans une relation incestueuse taboue, dans des relations homosexuelles « hors norme » où l’industrie fait pourtant la part belle à la virilité ou tout simplement auprès des bêtes que le réconfort se trouve.

Qui dit plusieurs générations dit transmissions. Ici l’héritage est avant tout celui d’un « savoir-faire », d’une industrie mais c’est finalement la transmission de cette violence, de cette folie d’une génération à l’autre qui pose la question de notre humanité.

Les êtres vivants – porcs et hommes – se confondent. Chacun dépend de l’autre, n’a pas vraiment de vie en dehors de la ferme. Et cette ferme ils ne la quitteraient pour rien au monde… Elle est tout ce qu’ils connaissent, un endroit de misère finalement rassurant. Cette vie, qui n’en est pas tout à fait une est la seule qu’ils possèdent. De « chair à canon » à « chair à saucisson » leurs vies sont plus liées que ce que l’on pourrait croire au premier abord.


Règne Animal est dur, Jean Baptiste Del Amo ne nous épargne rien ou presque. Il faut parfois se forcer à lire certains passages tant la violence y est inouïe et omniprésente. Cependant, une fois la lecture entamée impossible de la lâcher. Un roman sur la dérive de l’humanité qui tend à vouloir tout contrôler parfois jusqu’à sa perte. Dans un monde de surconsommation, les hommes deviennent alors victimes au même titre que ceux qu’ils veulent dominer, les grands oubliés de notre temps : les animaux.