Sans oublier d’être heureux de Marie-Dominique Lelièvre

Sans oublier d’être heureux de Marie-Dominique Lelièvre

Marie-Dominique Lelièvre n’en est pas à son coup d’essai biographique. Elle a déjà relaté la vie de Gainsbourg (Gainsbourg sans filtre), Françoise Sagan (Sagan à toute allure) ou encore B.B. (Brigitte Bardot, plein la vue). Paru le 7 septembre dernier aux éditions Stock « Sans oublier d’être heureux » retrace la vie de Claude Perdriel. Cette biographie est le fruit d’une série d’entretiens menés avec ce dernier en 2014. Perdriel est un homme de presse, créateur du Nouvel Observateur mais aussi un inventeur et industriel, propriétaire du groupe SFA.

Claude Perdriel, un homme sans passé

De son enfance, Claude Perdriel n’a rien conservé. L’auteure de sa biographie se heurte à une enfance sous forme de case vide. Il ne possède pas d’archives et d’ailleurs cela ne l’intéresse pas. Pourquoi revenir en arrière lorsque l’on aime aller toujours de l’avant ?

Heureusement pour nous lecteurs, sa femme a su trouver les premiers éléments nécessaires au travail de recherche de notre biographe.

Né en 1926 d’une famille bourgeoise du Havre, Claude Perdriel ne bénéficiera pas du confort de ses origines. Son père, soldat de la guerre de 14 sera à son retour de service abandonné par sa femme et ruiné par la crise. Claude a quatre ans et grandit avec cette image de père très abîmée.

Sa mère – figure majeure du livre – n’aura de cesse d’éloigner ses fils de sa vie. Sévère, froide, les deux frères ne recevront que peu d’amour de leur génitrice mais c’est peut-être Roland, le frère aîné qui en souffrira le plus toute sa vie… Tantôt élevé par sa grand-mère tantôt par sa marraine, Claude suivra sa scolarité dans un pensionnat catholique stricte. Solitaire c’est auprès de son chien Mickey et des livres qu’il trouve du réconfort. Réconfort de courte durée puisque Mickey sera donné à quelqu’un d’autre par sa mère en l’absence de Claude…

La naissance d’un industriel et homme de presse

Conscience politique et artistique

Très tôt, Claude Perdriel se prend de passion pour la littérature. Il lit tout ce qui lui tombe sous la main, parfois même en cachette de ses parents. Ses goûts pour le jazz, la peinture s’affirment ainsi que sa conscience politique, résolument de gauche. Artiste dans l’âme, il se passionne également pour la mécanique.

A sa sortie de Polytechnique, il se met à fréquenter assidûment la librairie des éditions de Minuit. Les rencontres qu’il y fera seront déterminantes pour la suite et lui permettront d’être introduit dans les milieux littéraires. Il y retrouve notamment son ami Jacques Brenner et se lie d’amitié avec Françoise Sagan, Jeanne Moreau, etc.

Premier succès financier et création du Nouvel Observateur

Claude Perdriel n’a pas d’argent mais il sait très tôt comment en gagner. En 1958, il fonde la société SFA. Rendue célèbre grâce à ses toilettes à broyeur mécanique : les sanibroyeurs. La marque, utilisée d’ailleurs comme nom  – à l’instar du caddie ou de la fermeture Éclair – n’a pas de concurrent sur le marché. Cette invention lui assure son premier succès financier. Tout au long de sa carrière l’argent gagné va être réinvesti dans d’autres projets, va lui permettre d’automatiser les machines de la SFA et de ne licencier personne (et ce, même en temps de crise).

Campagne publicitaire de 1972
Campagne publicitaire de 1972 dessinée par André François

En 1964 il réalise son rêve en rachetant France Observateur et le relance avec son ami Jean Daniel sous le nom Le Nouvel Observateur. Cet hebdomadaire, il le veut porté par des combats et des grandes personnalités. Il s’entoure des meilleurs tels que Maurice Clavel, Gilles Martinet et André Gorz. Le but du magazine est également de soutenir l’arrivée de la gauche non communiste au pouvoir. Sa force réside dans ses prises de position notamment lors de la publication du Manifeste des 343. La pétition rédigée par Simone de Beauvoir en 1971 est signée par 343 Françaises ayant eu recours à un avortement alors que ce dernier était alors encore illégal. Parmi ces femmes (s’exposant alors à des poursuites pénales pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement) figurent entre autres Catherine Deneuve, Marguerite Duras, Jeanne Moreau, Françoise Sagan, Agnès Varda. Précurseur, il évoque de nombreux sujets politiques, économiques, sociétaux.

Fort de cette réussite il créé en 1977 le journal quotidien Le Matin De Paris, très engagé aux côtés du PS.

En pleine campagne présidentielle

En juin 1973, François Mitterrand s’intéresse de plus près aux idées novatrices de Claude Perdriel. Ses prises de risques en terme de communication lui plaisent et il décide de l’engager pour sa campagne présidentielle. Perdriel sait qu’il va devoir lever des fonds pour payer cette campagne et qu’il va devoir le faire rapidement. Il se tourne alors vers le pionnier de la collecte de fonds, le sénateur démocrate McGovern qui en 1972 a financé sa campagne en grand partie grâce aux dons. Il va s’en inspirer jusqu’à mener Mitterrand au pouvoir.

François Mitterrand et Claude Perdriel
François Mitterrand aux côtés de Claude Perdriel

1981 : Mitterrand au pouvoir et perte du journal Le Matin

Après avoir mené la campagne présidentielle de Mitterrand, les relations avec celui-ci vont vite se détériorer. Bien que politiquement de gauche, Claude Perdriel se sent plus proche d’un Pierre Mendès France. S’il n’a jamais caché son envie de voir la gauche au pouvoir, il critique la politique menée par Mitterrand à travers son journal Le Matin. Cet événement plus tard associé à d’autres coûtera la vie au journal. Parallèlement, 1981 marque également l’année où Le Nouvel Observateur perd de sa superbe…


Ceci n’est qu’une infime partie de l’étonnante success-story de Claude Perdriel. Cela serait dommage d’en dévoiler plus mais sachez qu’il y est aussi question de la création du minitel rose, de ses différents mariages et soirées mondaines…

Je n’étais probablement pas la lectrice cible pour Sans oublier d’être heureux. Je ne lis que très peu (pas assez) de biographies, je suis en général peu réceptive à la politique et ne connaissais même pas Claude Perdriel ! Une lecture de hasard donc, où je suis sortie de ma zone de confort. Et pourtant ! Le hasard fait souvent bien les choses puisque j’ai adoré cette biographie. La vie de Claude Perdriel qui a tout d’un roman est un véritable page-turner. Chacun y trouve son compte, pour ma part j’ai adoré découvrir le monde de la presse à son apogée, vivre une campagne présidentielle de l’intérieur et faire la connaissance de grands journalistes. Le tout est très rythmé, riche et documenté.

 

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