Sexe et mensonges, la vie sexuelle au Maroc par Leila Slimani

Sexe et mensonges, la vie sexuelle au Maroc par Leila Slimani

Vous connaissez sûrement Leila Slimani, gagnante du Prix Goncourt de l’année dernière avec Chanson Douce. J’ai pour ma part eu la chance de la rencontrer lors de La nuit de la rentrée littéraire 2016 à la librairie Decitre. J’ai beaucoup aimé ce qu’elle dégage, sa personnalité et ses combats. Je vous présente aujourd’hui Sexe et mensonges, la vie sexuelle au Maroc un recueil de témoignages publié en 2017 chez Les Arènes.

Leila Slimani est née au Maroc, elle entame une carrière de journaliste pour Jeune Afrique avant de se consacrer entièrement à la littérature. Élevée dans une famille qui l’a poussée à se découvrir, elle n’en a pas moins constaté l’hypocrisie autour de la sexualité dans son pays. C’est en faisant la promotion de son livre Dans le jardin de l’ogre qu’elle ressent de la part de ses lecteurs un besoin de communiquer autour de ce « tabou ».

Le roman a ceci de magique qu’il institue un rapport très intime entre l’écrivain et son lecteur et qu’il fait tomber les barrières de la pudeur ou de la méfiance. Avec elles, j’ai passé des heures extraordinaires. Cette parole-là, j’ai voulu la restituer, comme le témoignage poignant d’une époque et d’une souffrance.

Selon la loi au Maroc (article 490 du Code pénal), toutes personnes de sexe différent qui ne sont pas unies par les liens du mariage et qui ont entre elles des relations sexuelles encourent l’emprisonnement d’un mois à un an.

En partant du principe que cette loi est respectée, cela voudrait donc dire que les concubins, homosexuel(le)s et prostitué(e)s n’existent pas. Pourtant, la réalité est toute autre et, sachant que les avortements sont également interdits, il est aisé d’imaginer le nombre d’événements dramatiques qui ont lieu chaque jour.

Afin de dénoncer l’hypocrisie de cette société et de faire avancer le débat, Leila Slimani donne la parole à 16 femmes et hommes qui témoignent bien souvent sous un nom d’emprunt. Plusieurs thèmes sont abordés comme la prostitution, le « mythe de la virginité », les célèbres bakchichs, le port du voile, l’homosexualité, etc.

L’émancipation, est d’abord conscientisation. Si les femmes n’ont pas pris la pleine mesure de l’état d’infériorité dans lequel elles sont maintenues, elles ne feront que le perpétuer.

Bien qu’au cœur des sujets, les femmes qui doivent représenter l’image fantasmée de la nation ne sont pas les uniques lésées. Ce sont bien tous les marocains qui subissent cette « misère sexuelle« . Elle est une manière pour l’État d’avoir la mainmise sur ses sujets, de les contrôler jusque dans leur intimité et d’engendrer de la frustration. On retrouve d’ailleurs cette notion dans le King Kong Théorie de Virginie Despentes. Cette frustration profite également aux intégristes qui s’emparent du puritanisme comme gardien du Maroc et de ses valeurs. Allez à l’encontre de cela équivaudrait à renier ses racines, envier l’Occident, etc. Ils sont partagés entre l’évolution rapide de leur pays et de ses habitants et l’envie de perpétuer les traditions


Leila Slimani s’efface pour laisser la parole à celles qui sont contraintes au silence, ces femmes courageuses qui sont l’avenir de son pays. Elle met sa notoriété au service des causes qui lui tiennent à cœur et nous livre un ouvrage nécessaire. Les témoignages sont le reflet de plusieurs générations et de personnes venant de milieux sociaux différents. Nous avons ainsi accès à plusieurs points de vue qui – malgré la dureté de leur propos – contiennent un message d’espoir d’un pays en pleine mutation et plus ouvert au dialogue qu’avant.

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