Chronique de Mon ami Dahmer de Derf Backderf

Chronique de Mon ami Dahmer de Derf Backderf

Ma rencontre avec cette BD s’est faite totalement par hasard quand je l’ai piochée à la médiathèque. La couverture m’intriguait et notamment son style graphique dans la pure veine comics. Je n’avais alors aucune idée du sujet et savait seulement qu’il s’agissait d’un coup de cœur des bibliothécaires.

Mon ami Dahmer, jeunesse d’un tueur en série

Ne vous fiez pas au titre de la bande dessinée de Derf Backderf qui évoquerait une belle histoire d’amitié. Si Mon ami Dahmer parle bien des liens qui peuvent se nouer à l’adolescence dans un lycée lambda, son sujet principal est quelque peut différent. Jeff Dahmer, personnage central de l’oeuvre en question deviendra tristement célèbre pour ses futurs meurtres; 17 au total.

Mon ami Dahmer se penche sur l’adolescence du jeune homme et se termine juste avant qu’il ne commette son premier crime. La BD s’attarde sur les causes qui l’ont poussé à devenir ce qu’il est, cherche à comprendre… De fait, elle ne tombe jamais dans la facilité du sensationnalisme et cela est d’autant plus vrai que son auteur a connu Dahmer, a été dans la même classe que lui et on peut alors facilement imaginer les réflexions que cela a entraîné.

Le « cannibale de Milwaukee »

Aujourd’hui, c’est sous ce surnom que nous le connaissons. Dans les années 70, il est un adolescent comme les autres. Effacé, il se fond tout d’abord dans la masse d’un lycée surpeuplé. Il se fera de plus en plus remarquer à travers ses frasques ou dahmerismes (il simule des crises d’épilepsie et singe le discours inarticulé et tics spasmodiques d’une personne atteinte d’infirmité motrice cérébrale) qui lui attireront des « fans ». Il devient une sorte de « héros » qui fait rire son assemblée mais n’a pas pour autant de réel ami. Il reste un enfant « bizarre » et différent des autres qui remarquent son penchant pour l’alcool et sa fascination pour la mort.

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Alors, comment a-t-il pu en arriver là ? semble s’interroger Derf Backderf.
Comment un adolescent qui montre des troubles psychologiques évidents n’a-t-il jamais pu avoir accès à de l’aide ? En cela, Mon ami Dahmer soulève des questions pertinentes. Que ce soit à travers son entourage proche (famille, « amis ») ou éloigné (tout le corps enseignant), l’adolescent a toujours été comme transparent.

On ne saura jamais si sa malheureuse notoriété aurait pu être évitée mais ces 200 pages posent la question. Pour Dahmer qui avait déjà de fragiles bases, nous pouvons imaginer que ce sont plusieurs causes qui se sont accumulées jusqu’à le plonger dans l’irrémédiable. Mais alors, combien de jeunes gens sont perdus de la sorte, manquent d’encadrement, de structure familiale ou tout simplement d’une oreille attentive ? S’ils sont une minorité à franchir le pas d’une vie faite de crimes, c’est bien le « système sociétal » qui est mis en cause.

Mon ami Dahmer laisse également transparaître l’effroi d’adolescents qui apprennent à se construire et prennent tout à coup conscience qu’il peut exister des êtres mus par de telles pulsions et parfois même sur les bancs de la même école qu’eux.

Un témoignage de longue haleine

mon ami dahmer derf backderf éditions ça et làAu total, il aura fallu à son auteur 20 ans pour être satisfait de Mon ami Dahmer. Pourquoi tant de temps ? Backderf a dû faire face à ses propres démons et décider de ce qu’il ferait de ses propres souvenirs, de son propre rôle dans cette histoire. Au départ, il s’agissait d’une histoire courte de huit pages qui a ensuite bien évolué. Plusieurs versions ont vu le jour, dont certaines auto éditées et la bande dessinée a tout de suite connu un succès retentissant, allant jusqu’à être nominé pour un Eisner Award.

Il a tout de même repris le tout, a rassemblé ses souvenirs et s’est lancé dans des recherches approfondies. Car Derf Backderf n’a pas fait que retranscrire des souvenirs un peu effacés par le temps mais s’est appuyé sur divers témoignages. Celui du père de Dahmer (dans son livre intitulé A Father’s Story), d’anciens camarades et professeurs, d’entretiens entre Dahmer et des psychologues et enquêteurs ou encore des dossiers du FBI.

En l’état, Backderf est satisfait de ce qu’il a réussi à faire avec Mon ami Dahmer, ouvrage qui lui était nécessaire et cathartique. Une adaptation cinématographique a d’ailleurs été tournée et présentée en sélection officielle du Festival de Deauville qui s’est tenu ce mois-ci.

C’est le grand final d’une vie gâchée et le résultat en est atrocement déprimant… L’histoire d’une vie misérable, pathétique et malsaine, rien de plus.

  • Jeff Dahmer
Nos étoiles contraires de John Green

Nos étoiles contraires de John Green

On ne présente plus Nos étoiles contraires (ici aux éditions France Loisirs) ou son auteur John Green, élevés au rang d’incontournables. Sortie en 2012 il trouve de nombreux fans et bien plus encore deux ans plus tard lors de son adaptation cinématographique. Alors que je ne lis que peu de romans Young Adult, j’avais trouvé celui-ci en brocante et m’était dit « pourquoi pas » ? Je ne regrette absolument pas !

Quand Augustus rencontre Hazel…

Deux personnes qui se rencontrent, un échange de regard, le coup de foudre, l’attirance… sont autant d’incontournables du roman d’amour. Ici, on n’y échappe pas, à quelques détails près…

Hazel a 16 ans, est atteinte d’un cancer et traîne derrière elle une bonbonne de gaz censée l’aider à respirer. Augustus est lui en rémission mais a été amputé d’une jambe et se déplace en béquilles. Les deux adolescents se rencontrent pour la première fois à une réunion d’un groupe de soutien pour jeunes malades et sont tout de suite captivés par l’autre…

Seulement voilà, Hazel a la certitude de faire souffrir inévitablement ses parents à cause de sa maladie. Sa mère a même démissionné de son travail pour s’occuper de sa fille à plein temps. Elle pense gâcher leur vie et se décrit comme une « grenade dégoupillée », prête à exploser à tout moment et détruire la vie de son entourage. Il lui est donc impossible d’envisager une relation amoureuse avec le jeune homme pour lequel elle ressent néanmoins une forte attraction.

Voyage à Amsterdam

La maladie, l’humour, le cynisme, la personnalité… Tout tend à rapprocher nos deux ados qui semblent partager beaucoup de goûts en commun. La littérature n’est pas en reste et en particulier le roman Une impériale affliction de Peter Van Houten.

Véritable livre de chevet pour Hazel, elle transmet sa passion à Augustus. Ils se reconnaissent dans ce roman qui dépeint la maladie de manière juste sans jamais tomber dans le pathos. Cependant, le livre n’est pas tout à fait inachevé selon la jeune fille qui rêve d’obtenir des informations sur ses personnages favoris mais ses mails à destination de l’auteur sont jusqu’ici restés sans réponse…

Malgré la faible santé d’Hazel, Augustus décide de réaliser ce rêve. Aidé par la célèbre association Make a Wish qui exauce le vœu d’enfants gravement malades, ils entreprennent le voyage jusqu’à Amsterdam pour rencontrer l’auteur Peter Van Houten.

Nos étoiles contraires : du roman au film à succès

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C’est avec l’adaptation cinématographique que j’ai découvert Nos étoiles contraires. J’avais donc peur que cela me gâche le plaisir de la lecture mais il n’en est rien. Si l’adaptation est plutôt fidèle, elle tend tout de même beaucoup plus vers le pathos et c’est dommage. En refermant le livre j’avais certes la gorge serrée mais également un sentiment heureux teinté d’espoir.

Bref, si vous ne connaissez ni le livre ni le film je vous conseille de découvrir l’histoire avec la version papier dans un premier temps.


Un roman Young Adult sympathique qui se lit rapidement et qui s’éloigne des clichés et du pathos malgré un sujet lourd à traîter. L’attrait principal du livre est la personnalité forte, mature et quelque fois cynique de l’héroïne. Pleine de convictions, elle est également végétarienne et cela fait du bien d’avoir enfin la représentation d’un personnage végétarien et cool dans la littérature ! Un livre sincère et juste sur des adolescents condamnés à grandir trop vite…

Chronique de Black Hole de Charles Burns

Chronique de Black Hole de Charles Burns

Black Hole est sans doute l’œuvre la plus connue de Charles Burns. Né en 1955, ce dernier fait ses études artistiques aux côtés de Matt Groening à qui il aurait inspiré le personnage des Simpsons Charles Montgomery Burns. Black Hole a été publiée aux États-Unis en 12 volumes de 1995 à 2005. L’intégrale publiée par les éditions Delcourt paraît en novembre 2006 et fait partie des « Essentiels d’Angoulême » décernés lors du Festival d’Angoulême 2007.

Adolescents pestiférés dans une Amérique prostrée

black hole charles burns éditions delcourtEn 1973 dans la banlieue de Seattle, la rumeur d’une maladie mystérieuse ne fait qu’enfler après la disparition de plusieurs adolescents. Proche d’une MST, « la crève » (« The Bug » ou « the teen plague » en VO) se transmet par contact sexuel mais également à travers la salive et provoque d’étranges changements physiques allant du plus petit bouton à la mutation impossible à dissimuler. Les adolescents qui en sont atteints préfèrent abandonner le lycée afin de se réfugier dans les bois à l’abri des regards. La crève va modifier l’échelle sociale et brutalement changer les rapports entre les lycéens.

Des thèmes récurrents chers à l’auteur

Charles Burns a ses thèmes de prédilection et n’hésitent pas à y revenir. Avant Black Hole, il s’était déjà penché sur sur l’Amérique profonde et sa jeune génération. En effet dans Detective stories il fait état d’un monde de personnages hybrides à l’animalité troublante. Dans Big Baby il explore les désordres mentaux et la violence ordinaire dans une ambiance de noirceur empreinte de cauchemar. Et enfin dans Fleur de peau, il réunit trois histoires sur l’Amérique et ses peurs, dans lesquelles l’auteur s’inspire d’éléments disparates pour créer un univers névrosé et macabre. Derrière son humour décalé, surgissent la violence et la folie du modèle américain. (source : Wikipédia)

Un travail de longue haleine

Black Hole est le fruit de onze années de travail où le perfectionniste Charles Burns raconte une histoire qu’il a peaufinée, structurée. Durant cette période il n’aura de cesse de prendre des notes et les relire, enlever des détails superflus ou en condenser d’autres, etc.

C’est un peu comme si, par exemple, vous prenez une histoire qui est transmise de génération en génération, au point qu’elle finit par délaisser les passages inutiles, et se retrouve structurée de manière plus efficace. Les mêmes idées pour la même histoire, mais en trouvant les mots justes et la manière juste pour la raconter.

black hole charles burns éditions delcourt

Si Charles Burns est satisfait du résultat final de sa bande dessinée c’est parce qu’il a pu la réaliser de manière libre tout en s’entourant de professionnels qui étaient également des amis. Cela se ressent et donne un livre complet, des personnages entiers loin d’un schéma manichéen et une histoire dense. Il a pris le soin de développer chacun de ses personnages qui grandissent au gré des évolutions et changements avant de finalement trouver leur place.  C’est en cela que Black Hole – son œuvre la plus longue – donne également l’impression d’être sa plus personnelle et aboutie.

Le mal-être adolescent

black hole charles burns éditions delcourt

L’adolescence, heure des premiers émois, des premières expériences sexuelles, d’un corps qui opère ses premières transformations jusqu’à la puberté. En somme une période difficile, empreinte d’angoisses et de rejets : celui des autres mais aussi celui de son propre corps qui en devient tout à coup presque monstrueux. Plus tout à fait enfant mais pas encore tout à fait un adulte. C’est cette fracture entre deux mondes que réussit à retranscrire parfaitement Charles Burns (qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler Daniel Clowes et son Ghost World), qui pense à ses personnages d’une manière très tendre.

Que ce soit dans le manque de dialogue avec les adultes (les parents sont quasi inexistants dans Black Hole) ou dans l’optimisme et l’amour naïfs, l’auteur a tout simplement fait appel à ses propres souvenirs afin d’être au plus près de ces adolescents qu’il dépeint.

charles burns black hole éditions delcourt

Une interview complète et très intéressante sur Charles Burns.


Malgré l’aspect physique de ces adolescents monstrueux en marge d’une société qui les rejette totalement, nous suivons avec tendresse le parcours de chacun. Un récit initiatique sur le passage à l’âge adulte, un classique du comics par Charles Burns qui nous offre ici son récit le plus personnel et abouti et à la perfection graphique monochrome.


 

Chronique de Bridget Jones, folle de lui d’Helen Fielding

Chronique de Bridget Jones, folle de lui d’Helen Fielding

Heureuse gagnante d’un concours organisé par les éditions J’ai Lu sur Instagram, j’ai eu le plaisir de recevoir le roman Bridget Jones – Folle de lui d’Helen Fielding. J’adore l’univers décalé de la fameuse trentenaire célibatatante mais je dois bien avouer n’avoir jamais lu les livres dont sont tirés les films éponymes… « Folle de lui » se situe après le dernier film en date diffusé dans les salles obscures. Pour celles et ceux qui n’ont pas envie de se faire gâcher l’après Bridget Jones 3, je vous conseille donc de ne (malheureusement) pas lire ce qui va suivre…

Drague 2.0 à Londres

Dans Folle de lui, nous retrouvons une Bridget endeuillée par la perte de son mari. Et oui, l’inénarrable Mark Darcy a passé l’arme à gauche dans un tragique accident. Bridget élève donc seule ses deux enfants et travaille sur l’écriture d’un scénario. Se retrouvant malgré elle de nouveau célibataire, elle ne se sent plus désirable et a du mal à s’imaginer de nouveau en couple. Poussée par ses ami(e)s à refaire surface elle s’inscrit sur des sites de rencontre et une célèbre application de micro-blogging (air du temps oblige). Twittant ses moindre faits et gestes elle finit par se lier avec un homme de vingt ans son cadet.

Renée Zellweger dans le rôle de BJ (Le journal de Bridget Jones)
Renée Zellweger dans le rôle de BJ (Le journal de Bridget Jones)

La forme du roman reste la même et c’est à travers le journal pas si intime que cela que nous retrouvons les états d’âme de Bridget. Chaque chapitre commence par des listes, des bonnes résolutions, le nombre de ses followers, les calories ingurgitées en une journée, etc. Malgré les années, notre héroïne reste la même et c’est avec un certain plaisir qu’on l’y retrouve aussi gaffeuse et attachante que dans les premiers opus.


N’ayant jamais lu les précédents romans sur Bridget Jones il m’est difficile de juger l’œuvre dans sa globalité. Folle de lui est léger, simple et parfois un peu maladroit… A l’image de son héroïne ! Un livre qui vous l’aurez compris ne révolutionnera pas la littérature – et par ailleurs ce n’est pas sa vocation – mais qui reste agréable à lire. Si l’on réussit à soi-même faire le deuil de Mark Darcy…

Les chemins de l’école, Zahira au Maroc

Les chemins de l’école, Zahira au Maroc

J’ai reçu Les chemins de l’école via la masse critique Babelio consacrée alors aux livres jeunesse. Cette série documentaire conseillée à partir de 8 ans, nous emmène aux quatre coins du monde à la découverte d’enfants qui effectuent un véritable périple pour se rendre sur les bancs de l’école.

Les livres du film à succès

Le documentaire Sur le chemin de l’école est porté à l’écran par Pascal Plisson en 2013. L’équipe suivait alors quatre enfants. Jackson au Kenya, Zahira au Maroc, Carlos en Argentine et Samuel en Inde. Très bien accueilli par le public et la critique, les éditions Nathan publient quelques années plus tard une série de livres qui retracent le parcours de chacun.

On oublie trop souvent que l’école est une chance. Dans certaines régions du monde, le chemin de l’école est un parcours du combattant et le savoir une conquête. Chaque matin, parfois au péril de leur vie, des enfants héroïques s’engagent sur le chemin de la connaissance. Ces écoliers sont les héros de leur propre histoire, de vraies histoires…

Dans les montagnes de l’Atlas avec Zahira

Zahira est une jeune fille marocaine de 12 ans qui vit auprès de sa famille le week-end et en internat la semaine. Elle rêve de devenir médecin et pour se faire doit se rendre à l’école la plus proche située à… 22 km ! C’est chaque lundi matin qu’elle entame sa longue marche de 4 heures à travers les montagnes du Haut-Atlas.

Le chemin parcouru par Zahira chaque semaine pour se rendre à l'école
Le chemin emprunté par Zahira chaque semaine pour se rendre à l’école

Pour Zahira et sa famille, le fait qu’elle puisse étudier est une chance. A l’époque de sa grand-mère, les enfants n’étudiaient que le Coran à la mosquée. La jeune fille possède le soutien de ses proches qui la poussent à être la meilleure pour s’élever, « mieux comprendre la vie » et changer leurs conditions de vie. L’éducation a cependant un prix que peu de familles peuvent se permettre de débourser. Par chance, Zahira bénéficie de l’aide d’associations et travaille très dur, consciente de son statut de privilégiée. En effet, ses grandes sœurs avant elle ont été contraintes d’arrêter leurs études, faute de moyens. Le foyer de jeunes filles où elle réside pendant la semaine est situé dans la ville d’Asni. 21 jeunes filles de tous les âges y sont logées gratuitement à condition d’habiter loin de l’école (qui se trouve en face) et d’obtenir de bons résultats.

Accès des filles à l’éducation dans le monde

Dans Les chemins de l’école, nous découvrons les difficultés des enfants vivant en zone rurale qui doivent parcourir des kilomètres pour se rendre à l’école. Et plus précisément avec le reportage sur le quotidien de Zahira, un autre sujet s’offre à nous : celui du manque d’éducation pour des millions de filles à travers le monde. Si Zahira a la chance d’accéder à des études rien n’est pour autant acquis. On le constate notamment à travers l’évocation d’une de leur camarade, retirée de l’école par ses parents du jour au lendemain…

Selon un rapport de l’UNESCO datant de 2013, 31 millions de filles en âge de fréquenter l’école primaire ne sont pas scolarisées. Il est probable que 17 millions d’entre elles n’iront jamais à l’école. Le nombre de filles scolarisées en primaire est inférieur de 5 millions à celui des garçons. Les jeunes femmes représentent 58 % des personnes qui n’ont pas achevé leurs études primaires. Les deux tiers des 774 millions d’analphabètes à travers le monde sont des femmes. L’éducation des filles a un impact énorme sur toute la société. En effet, si elles y avaient accès leurs conditions de vie se verraient améliorées. Baisse de la mortalité infantile, des grossesses et mariages chez les adolescentes, des écarts de salaires hommes/femmes mais également l’augmentation de la qualité de nutrition chez les enfants ainsi qu’une plus grande possibilité de trouver un emploi…

Aujourd’hui, ce sont les filles qui ont le moins accès à l’éducation. Ce problème se retrouve principalement dans les États arabes (où vit Zahira), en Asie centrale et en Asie du Sud et de l’Ouest et s’explique principalement par la préférence traditionnelle et culturelle accordée aux garçons. Les filles sont vouées à travailler au sein du foyer familial, alors que les garçons auront le droit de bénéficier d’une éducation. Dans les pays pauvres, quand une famille a la possibilité de scolariser un enfant, c’est le garçon qu’elle choisit. La fille, dès la prime enfance, est reléguée aux tâches domestiques, puis doit travailler pour aider les siens.


Un petit reportage contenant de nombreuses photos d’illustration qui ouvre à de nombreuses réflexions, une remise en perspective de notre situation où nous avons la chance d’un accès à l’éducation favorisé. Il est touchant de partir à la rencontre de ces familles qui souhaitent le meilleur pour leur enfant, de voir le courage de ces derniers pour qui l’éducation reste encore aujourd’hui un droit difficilement accessible. Un message d’espoir pour les générations à venir qui souhaitent de meilleures conditions de vie.
Chronique de Ghost World de Daniel Clowes

Chronique de Ghost World de Daniel Clowes

Les Editions Cornélius ont sorti une nouvelle édition de Ghost World de Daniel Clowes. Fan de l’auteur devant l’Éternel je me devais de me procurer ce petit bijou dès que possible. C’est chose faite et je vous en parle tout de suite !

Daniel Clowes, icône de la bande dessinée underground américaine des années 90

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A l’origine, Ghost World paraît de 1989 à 2004 dans le comic book Eightball créé par Daniel Clowes. L’auteur évolue dans une ambiance fifties et des thèmes intimistes, fantastiques, de science-fiction, d’auto-fiction, etc. Avec cette bande dessinée devenue culte auprès des adolescents, il détient le record des ventes de son éditeur (Fantagraphics Books). Fort de ce succès commercial, Clowes s’impose comme l’interprète de toute une génération qui peine à trouver ses marques.

Un « Monde Fantôme » contemplatif

Début des années 1990. Enid Coleslaw et Rebecca Doppelmeyer sont deux meilleures amies qui viennent de terminer leurs études secondaires. Nous suivons leurs journées d’errance dans leur ville natale américaine. Ces adolescentes sarcastiques, cyniques et pleines de contradictions portent un regard critique sur la culture populaire et les gens qu’elles rencontrent.

De la sortie de l’enfance jusqu’au passage à l’âge adulte

Les adolescentes oscillent entre ces périodes charnières. Tantôt Enid lors d’un vide grenier n’arrive pas à se séparer des objets rassurants qui ont fait sa jeunesse, tantôt les deux amies parlent de manière crue de la perte de leur virginité respective. Elles s’amusent à faire des blagues cruelles aux habitants de la ville qui avec le temps ne les amuseront même plus tant elles sont blasées par leur quotidien. Elles rêvent de changer de ville pour ainsi repartir de zéro même si à long terme cela n’est sans doute pas la solution.

Bien qu’inséparables, leurs choix ainsi que leurs prédispositions vont pourtant être décisifs quant à leur amitié. En effet, Enid est moins mesurée dans ses propos et jugements que Becky. Décrite comme la jolie fille du duo, elle se sent évincée par la forte personnalité d’Enid et développera une jalousie latente envers celle-ci… Becky de son côté est amenée à prendre une décision pour la poursuite de ses études…

 

« Ghost World est l’examen de la vie de deux jeunes diplômées du secondaire depuis l’avantageuse et (globalement) indétectable position d’une table d’écoute, avec le détachement bancal d’un scientifique qui s’est mis à apprécier les microbes prisonniers dans sa boîte de Petri. » D.C

 

Un nouveau scénario pour un nouveau format

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Thora Birch et Scarlett Johansson dans l’adaptation de Terry Zwigoff

En 2001, Terry Zwigoff avec l’aide de Daniel Clowes adapte Ghost World suite au succès de la bande dessinée. Dans cette nouvelle intrigue c’est Enid le personnage principal. Même si le film est fortement éloigné du roman graphique celui-ci a reçu une ovation critique et plusieurs prix internationaux (dont celui du meilleur scénario adapté écrit par Clowes). A voir ne serait-ce que pour le génial personnage joué par Steve Buscemi !

Si le regard posé sur l’adolescence et l’amitié est ironique il n’en est pas moins empreint de tendresse de la part de Daniel Clowes.

 

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Chiens perdus sans collier – Gilbert Cesbron

Chiens perdus sans collier – Gilbert Cesbron

J’ai pioché Chiens perdus sans colllier (Edition J’ai lu) totalement au hasard dans ma PAL et je ne le regrette absolument pas ! Je ne connaissais pas du tout l’histoire et après avoir fait des recherches il s’avère que celui-ci a été un très grand succès de librairie dans les années 1950 et 1960 pour avoir été édité à environ quatre millions d’exemplaires. Il a également fait l’objet d’une adaptation cinématographique avec Jean Gabin.
film chiens perdus sans collier avec jean gabin

Délinquance d’enfants nés sous la mauvaise étoile

Dans ce livre, nous suivons plusieurs histoires et personnages au gré des chapitres. Alain Robert, jeune orphelin placé de famille en famille et l’adolescent Marc retiré à sa la sienne pour avoir volé (puis rapporté) un panier de pommes. Ils se rencontreront au centre d’éducation surveillé de Ternerey qui accueille déjà beaucoup d’autres enfants, tous plus attachants les uns que les autres.

L’intrigue ne se déroule pas seulement de leurs points de vue mais également à travers celui des différents adultes. En effet, nous faisons la connaissance des divers employés de Ternerey ainsi que du juge pour enfants Mr Lamy. Ce dernier donne toute son énergie à ce métier qu’il affectionne au point de délaisser son propre fils. C’est d’ailleurs le cas de la plupart des adultes que nous croisons, le métier qu’ils exercent étant plus que prenant et ne laissant que peu de place à une vie privée.

Gilbert Cesbron nous trace ici les pistes qui nous permettent de comprendre la divagation de ces enfants. C’est tout le contexte social qui joue ici un rôle non négligeable. L’environnement, la famille sont autant de prémices à ces errements, cette colère enfouie au fond de chacun d’eux. Eux qui ont du mal à donner leur confiance, à aimer, il leur faudra compter et s’appuyer les uns sur les autres pour enfin devenir adultes.

Ce livre a été un réel coup de cœur. C’est émouvant et à la fois profondément triste, certains passages sont durs et d’autres touchants. On a l’impression d’assister à quelque chose qui est de nos jours révolu, le système administratif commençant dès lors à évoluer et à amener avec lui beaucoup de changements, pas tous bénéfiques. Car ce sont bien les rouages administratifs et toute la « paperasserie » qui compliquent et déshumanisent ce métier d’accompagnement d’enfants en difficulté.

Un livre poignant sur l’enfance et les contextes sociaux qu’ils subissent de plein fouet.

On en ressort tout comme nos personnages, grandi.

Le silence des agneaux – Thomas Harris

Le silence des agneaux – Thomas Harris

Le Silence des agneaux (paru aux éditions Pocket) fait partie d’une tétralogie écrite par Thomas Harris, ancien journaliste qui couvrait des faits divers avant de se lancer dans l’écriture de romans. Celui-ci entretient des rapports étroits avec le FBI et plus particulièrement avec la Division des Sciences Comportementales de l’académie de Quantico, celle-là même où son héroïne du Silence des agneaux étudie alors.

J’avais envie de lire depuis longtemps ce roman étant grande admiratrice de son adaptation cinématographique par Jonathan Demme. J’étais tombée par hasard dessus lors d’une brocante et avait donc sauté sur l’occasion ! L’histoire n’est plus à présenter mais pour rappel l’on suit l’enquête menée par Clarice Starling, étudiante au sein du FBI dans l’affaire Buffalo Bill, tueur en série qui s’en prend aux femmes du coin. Celle-ci va trouver de l’aide de la part du « coéquipier » le plus inattendu qui soit : Hannibal Lecter. Lecter est un ancien psychiatre purgeant une peine à perpétuité après avoir tué – puis mangé – neuf personnes.

Hannibal le cannibale, du roman à l’écran

La nouveauté pour moi était donc de découvrir les différences ou similitudes du film au livre, donc (ou inversement). L’adaptation cinématographique reste très fidèle à sa source mais comme souvent le roman apporte de nouvelles choses intéressantes.

Celui-ci est peut-être moins axé sur la relation Lecter-Starling même si leurs échanges constituent des moments charnières dans l’intrigue et sont très plaisant à lire. Bien que l’on sait qu’il est un des pires sociopathes, on ressent tout de même de l’empathie à son égard peut-être à cause de sa personnalité, de son côté cultivé ou tout simplement de la relation particulière qu’il entretient avec Starling.

J’ai toujours personnellement adoré le personnage de celle-ci. Son ambition la pousse à vouloir se faire une place dans le monde essentiellement masculin et misogyne au milieu duquel elle évolue. Tout comme dans le film, on retrouve cette idée qu’elle-même devient une proie au milieu de tous ces hommes. On se rend compte qu’Hannibal est finalement un des seuls hommes à lui apporter respect et civisme bien que leurs échanges restent basés sur la règle du « donnant-donnant ». La monnaie d’échange étant les souvenirs d’enfance de la jeune femme.

Le roman comporte une dimension psychologique importante et l’on y découvre toute une batterie de tests mettant en jeu des processus mentaux très divers. On peut notamment y lire quelques détails sur l’échelle de Wechsler-Bellevue, le test personne-arbre-maison, le Rorschach, la thémathique de Murray, le MMPI et le Jenkins. C’est assez pointu et on a envie d’en savoir plus. Cela m’a personnellement poussée à faire quelques recherches de mon côté (et je ne suis d’ailleurs plus très loin de l’expertise en criminologie). Les détails sur l’enquête et sur le fameux Buffalo Bill sont aussi beaucoup plus nombreux…

Bien que connaissant le film par cœur, je me suis surprise à trembler avec le personnage de Clarice Starling, à être étonnée par les réactions d’Hannibal Lecter et d’une manière générale à avoir envie que l’enquête soit résolue. Je n’ai pas pu lâcher le livre surtout vers la fin tant l’urgence se fait.  On brûle de savoir si enfin l’héroïne va pouvoir se libérer et profiter du « silence des agneaux »…

 

Avez-vous lu/vu le Silence des agneaux et/ou le reste de la tétralogie ?