Les Dieux du tango de Carolina de Robertis

Les Dieux du tango de Carolina de Robertis

Les Dieux du tango débute comme bien des histoires avant elle, celle de la traversée d’immigrants partis s’installer sur le nouveau continent. Tous ont un désir en tête : prendre un nouveau départ, souhaiter de meilleures conditions de vie en Amérique du sud. En Argentine il y a du travail pour tous à ce que l’on dit et des fortunes à se faire.

Notre héroïne Leda s’est fiancée très jeune avec son cousin. Une promesse faite à l’abri des regards, protégée par les branches tombantes d’un arbre. Ce n’était alors qu’un serment d’enfants qui ne se connaissent pas vraiment ni l’un ni l’autre, ni eux-même. C’est elle qui est sur le bateau en ce moment, avec pour seul bagage, le violon familial que lui a laissé son père.

Les Dieux du tango est le récit d’un exode, d’une urgence de vivre et à travers ses pages nous découvrons toute une galerie de personnages. C’est un melting pot de personnalités que l’on va accompagner pour certains l’espace d’un instant seulement et pour d’autres jusqu’au bout de notre histoire. Nous découvrons alors leur passé, leurs espoirs et leurs peurs.

Le docteur n’entendrait pas les cimetières cachés dans son cœur. Il ne verrait pas, en examinant ses dents, les mots jamais prononcés qui hantaient sa bouche. Combien de secrets entraient clandestinement, ce jour-là, dans le Nouveau Monde ?

A peine a-t-elle le pied posé sur cette nouvelle terre d’accueil que Leda apprend qu’elle est veuve. Son cousin est décédé dans des circonstances d’ordre politique. Totalement vulnérable, l’ami de son cousin la prend sous son aile et l’emmène dans le conventillo – logement de fortune où se rassemblent les immigrés – où il vit.

conventillos buenos aires argentine
Leur nom signifie « petit couvent », ils sont formés d’une cour entourée de chambre rappelant les cellules des nonnes. Ils furent un des berceaux de la création du Tango.

S’ensuit alors la découverte de Buenos Aires, ville de tous les péchés, inhospitalière pour une femme seule. L’autrice décrit avec précision les odeurs, les bruits, les couleurs. Et puis, la musique ! Le tango, sa sensualité… En empathie totale avec Leda, tous nos sens sont en éveil et nous découvrons en même temps qu’elle un lieu aussi bien dangereux que synonyme de liberté. C’est de cette liberté que va s’emparer Leda.

Alors que tout s’écroule, que son mari est mort et qu’elle est loin de tout ce qui faisait son foyer, elle décide de tourner la situation à son avantage et de ne pas s’apitoyer. N’est-ce pas là l’opportunité de se découvrir toute entière ? D’apprendre à appréhender ses désirs, à connaître sa vraie nature, à réaliser ses rêves ?


Les Dieux du tango nous met sans cesse en déroute, c’est l’inattendu à chaque page puis, on se laisse finalement guider. Du déracinement à l’éclosion, il est un fabuleux roman sur l’acceptation de soi. Il perd malheureusement en puissance dans sa deuxième partie qui se perd à décrire les errements sensuels de son héroïne au détriment du reste…

La servante écarlate de Margaret Atwood

La servante écarlate de Margaret Atwood

La servante écarlate paraît pour la première fois en 1985 et se vend à plusieurs millions d’exemplaires à travers le monde. Banni dans certains lycées, il est – au même titre que le 1984 d’Orwell – devenu un classique de la littérature anglophone. Son autrice est Canadienne où elle a enseigné la littérature et sort en 1969, son premier roman intitulé La Femme comestible. Elle y aborde ce qui sera ses thèmes de prédilection : l’aliénation de la femme et la société de surconsommation. Elle est désormais l’autrice d’une quarantaine de livres dont certains primés.

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

J’ai découvert La Servante écarlate avec la série diffusée sur OCS puis avec le roman d’Atwood. Normalement, je préfère toujours lire l’oeuvre originale avant de voir son adaptation mais je dois avouer que c’est la seule fois où cela ne m’a pas dérangée. Après avoir regardé plus de la moitié de la saison en quelques heures, je suis totalement prise par l’intrigue et passe ma nuit à en faire des cauchemars !
Dès lors, je n’ai plus qu’une idée en tête : me procurer le livre aussi vite que possible.

la servante écarlate the handmade's tale margaret atwood série ocs
Elisabeth Moss, « Defred » dans la série The Handmaid’s Tale

Dans La Servante écarlate nous suivons June, renommée Defred. Ici, même le prénom désigne les femmes fertiles comme étant la possession d’hommes hauts placés. Le récit est assez court et Defred en est la narratrice. Elle nous y relate son quotidien partagé entre cérémonies, sorties pour aller faire les courses alimentaires et nombreux temps morts. C’est durant ces derniers qu’elle se livre, s’oublie dans ses pensées. Elles peuvent parfois sembler décousues comme si Defred cherchait à prendre de la distance vis-à-vis des événements.
La plupart du temps, elle pense à sa famille… Séparée de force de son mari, on lui a également enlevé sa fille. C’est pour eux qu’elle tient, qu’elle se bat et reste en vie. Elle veut les retrouver coûte que coûte.

Dystopie féministe ?

Rappelons-le, une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur. Bien souvent, elle est la critique d’une système politique ou idéologique.

La servante écarlate décrit les évolutions politiques visant à prendre le contrôle des femmes, particulièrement celui de leur corps et de leurs fonctions reproductrices.

la servante écarlate the handmaid's tale illustration par Anna Elena BalbussoCela en fait-il pour autant une dystopie féministe ? L’autrice s’explique à ce sujet : « Dans une dystopie pure et simple, tous les hommes auraient des droits bien plus importants que ceux des femmes. […] Mais Gilead est une dictature […] construite sur le modèle d’une pyramide, avec les plus puissants des deux sexes au sommet à niveau égal – les hommes ayant généralement l’ascendant sur les femmes -, puis des strates de pouvoir et de prestige décroissants, mêlant toujours hommes et femmes. »

Ce qui fait la force du roman est la règle que s’est imposée son autrice Margaret Atwood : « Je n’inclurais rien que l’humanité n’ait pas déjà fait ailleurs ou à une autre époque, ou pour lequel la technologie n’existerait pas déjà. » Les pendaisons en groupe, les victimes déchiquetées par la foule, les tenues propres à chaque caste et à chaque classe, les enfants volés par des régimes et remis à des officiels de haut rang, l’interdiction de l’apprentissage de la lecture, le déni du droit à la propriété… La Servante écarlate est un condensé des pires aptitudes humaines… La véracité de ces traits d’Histoire rend l’oeuvre encore plus glaçante, crédible et nous pousse à nous demander « Combien de temps nous reste-t-il avant que cela n’arrive ? »

La servante écarlate – Margaret Atwood (Pavillons Poche, Robert Laffont)

Écoute-moi bien de Nathalie Rykiel

Écoute-moi bien de Nathalie Rykiel

« Écoute-moi bien », voilà l’invitation d’une fille à sa mère. « Écoute-moi bien à travers ce portrait, cette déclaration d’amour, cette lettre d’au revoir que je te fais » semble dire Nathalie à sa mère Sonia Rykiel.

Courageuse, indépendante, avant-gardiste et mère.

Quoi de plus personnel que de coucher sur papier ses pensées et souvenirs d’une mère sur le point de nous quitter ? Et pourtant il n’est pas difficile d’imaginer que « l’exercice » devient délicat lorsqu’il s’agit de narrer une figure publique, icône de la mode mondialement connue…

nathalie et sonia rykiel Écoute-moi bien

En effet, Sonia Rykiel qui a ouvert sa maison en 1968, s’est fait connaître avec ses tricots et rayures. En quarante ans de créations, elle a fait souffler sur la mode un vent de liberté.

Écoute-moi bien ne met pas pour autant le lecteur lambda dans une position voyeuriste. Nathalie Rykiel réussit à transmettre des émotions universelles tout en force et délicatesse.

Elle y dépeint la relation si spéciale qui les lie l’une à l’autre, en tout sincérité. Dans la forme, si le manque de ponctuation peut tout d’abord surprendre, on se laisse emporter par le tourbillon des souvenirs dévoilés au rythme des pensées de son autrice. Écrire pour continuer à lui parler, pour se souvenir, ne pas oublier. Écoute-moi bien est plein de cette urgence, de cette évidence, de cette énergie. Un texte pour faire le deuil mais avant tout un texte sur la vie et la transmission.

Pourtant il suffisait de regarder ma mère, de la regarder vivre pour vouloir que la vie lui ressemble, tout paraissait mièvre et fade à part elle. Et dans son existence visiblement, rien n’était figé, mesuré, immuable. C’était cela avant tout qu’elle me transmettait.

 

Écoute-moi bien, Nathalie Rykiel publié aux Éditions Stock.

Chronique d’Une mère d’Alejandro Palomas

Chronique d’Une mère d’Alejandro Palomas

Barcelone, 31 décembre. Amalia et son fils Fernando s’affairent en attendant leurs invités. En ce dîner de la Saint-Sylvestre, Amalia, 65 ans, va enfin réunir ceux qu’elle aime. Ses deux filles, Silvia et Emma ; Olga, la compagne d’Emma, et l’oncle Eduardo, tous seront là cette année. Un septième couvert est dressé, celui des absents.

Repas de St Sylvestre en Espagne

Si le passage vers une nouvelle année est l’occasion de se réunir en famille autour d’un bon repas, il est également générateur d’angoisses. Qui n’a jamais redouté un repas de famille ? Entre les tensions et les non-dits, il n’est pas toujours facile de passer un bon moment…

Amalia attend cette soirée avec impatience, elle est l’occasion de rassembler les gens qu’elle chérit le plus : ses enfants, leurs compagnons et son frère. L’histoire de cette soirée et les nombreux flash-back nous sont contés à travers les yeux de Fer, le fils et confident attitré de la famille. Ce dernier ne sait que trop bien à quoi s’attendre entre sa sœur Emma qui a dû réapprendre à vivre, l’aînée Silvia qui semble au bord de l’implosion et l’oncle Edouardo toujours plus dans l’excès…

Je sais que Silvia ne pourra pas retenir ses piques ce soir, qu’Emma nous balancera une bombe ou deux et qu’oncle Edouardo torpillera la table avec l’une de ses frasques. Et qu’il faudra recomposer, recoudre et ramasser le verre, la porcelaine et la chair en charpie.

Comme son titre l’indique, Une mère est le portrait d’Amalia, mère de famille mais femme avant tout. Même si elle est résolument tournée vers les problèmes de ses enfants, elle n’en est pas exempte pour autant. Divorcée d’un homme qui l’a malmenée tout au long de sa vie, elle doit composer avec cette nouvelle vie qui est la sienne et réapprendre à vivre seule. Souvent extravagante et à la limite du ridicule nous avons – tout comme ses enfants – du mal à suivre ses raisonnements et il faut bien le dire à la supporter.

Pourtant, les membres de cette famille ont plusieurs faces, comme les vieilles cassettes audio. Cette facette cachée au reste du monde, cette face B est comme une deuxième personnalité aux antipodes de la première que chacun saura révéler lorsqu’on s’y attend le moins.

C’est bien ce qui fait la force d’Une mère : des personnages  authentiques, des personnalités fortes et approfondies. Les dialogues toujours justes ne tombent jamais dans les clichés faciles de ce genre de situations. Alejandro Palomas réussit le pari de nous présenter tout l’éclectisme d’une famille qui n’est finalement pas si éloignée de la nôtre. Les différents membres qu’elle compose se dévoilent au fil des pages et apprennent à se reconstruire, à ne pas avoir peur de vivre. En cela, Une mère est une ode à la vie touchante, qui fera écho en chacun de nous.

 

Culottées tome 2 de Pénélope Bagieu

Culottées tome 2 de Pénélope Bagieu

Paru le 26 janvier dernier aux éditions Gallimard, Culottées 2 est le second (et dernier) tome des portraits de femmes racontées par Pénélope Bagieu.

Je vous avais déjà fait part ici-même de mon amour pour le premier tome des Culottées et de ma rencontre avec Pénélope Bagieu. De Temple Grandin (ma préférée) s’impliquant pour la défense du bien-être animal à Nelly Blye pionnière du journalisme d’investigation en passant par Mae Jemison astronaute et première rôle d’astronaute réelle à apparaître dans Star Trek, ce tome 2 nous offre 15 portraits de « femmes qui ne font que ce qu’elles veulent ».

mae jamison astronaute star trek pénélope bagieu culottees 2 éditions gallimard

Culottées 2 nous permet donc de découvrir encore plus de femmes méconnues et qui pourtant devraient résider dans les manuels scolaires. Il est touchant de découvrir dans ces portraits la place importante des mères. Certaines de ces femmes ont en effet su compter sur le soutien et l’amour indéfectibles d’une mère qui les a poussé à s’accomplir.

N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.

Je finirai pompeusement avec cette citation de Simone de Beauvoir plus que jamais d’actualité et dont les portraits de Pénélope Bagieu font l’écho. Culottées 2 nous fait prendre conscience du combat mené par les femmes partout dans le monde, combat qui ne cessera d’être et nous donne envie de faire bouger les choses, de nous battre pour nos droits acquis ou non.


Les héroïnes de Pénélope Bagieu ne connaissent pas de frontières et nous rendent fières d’être des femmes, nous rebooste et nous rappelle que dans chaque femme réside une force incommensurable. Aussi bon que le premier tome, Culottées 2 est une BD à lire et à offrir de toute urgence.

Rencontre et dédicace de Pénélope Bagieu pour Culottées Tome 2

Rencontre et dédicace de Pénélope Bagieu pour Culottées Tome 2

La librairie du Publicis Drugstore qui propose quelques 3000 références de livres organise également des événements. C’est ainsi que je me suis rendue ce jour à la dédicace de Pénélope Bagieu autrice de California Dreamin’ et de Culottées.

pénélope bagieu dédicace les culottées tome 2 à la librairie publicis drugstore à paris

J’avais déjà beaucoup aimé le premier tome des Culottées mais je dois dire que le second fut un réel coup de cœur. Et oui, « second » puisqu’il n’y en aura pas de troisième, j’en ai eu la confirmation auprès de Pénélope (tristesse !). La rencontre bien que brève a été pour moi l’occasion de rencontrer une autrice que j’aime tout particulièrement et m’a permis d’échanger avec elle quelques instants. Je vous laisse contempler ma jolie dédicace et vous dit à bientôt pour parler de Culottées 2 !

culottées 2 dédicace pénélope bagieu

 

L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

L’amie prodigieuse (aux éditions Folio), premier tome de la saga qui couvre l’enfance et l’adolescence de deux jeunes italiennes. D’Elena Ferrante on ne connaît rien puisqu’elle a décidé de rester dans l’ombre. En octobre dernier, un journaliste a tenté de révéler sa véritable identité déclenchant un tollé mêlant indignation face à une investigation intrusive et curiosité face à l’autrice très secrète. Toutefois et lors d’interviews écrites, nous avons appris qu’elle est mère de famille et que son œuvre est d’inspiration autobiographique. Traduits dans 40 langues, les livres d’Elena Ferrante bénéficient d’un lectorat nombreux en Europe et en Amérique du Nord ainsi que des meilleurs chiffres de vente en France dès leur sortie.

L’amitié au cœur d’un quartier démuni de l’Italie des années 50

Elena et Lila sont deux petites filles vivant dans un quartier pauvre de Naples dans le sud de l’Italie à la fin des années cinquante. Elles sont issues de la classe sociale défavorisée aux prises avec le miracle économique italien. L’histoire est racontée du point de vue d’Elena, dite Lenu qui voue une passion amicale presque douloureuse pour Lila. Dans la même classe, les deux enfants se tournent autour, se cherchent, s’apprivoisent. Elles inventent des jeux, des paris… La compétition alors mise en place ne cessera jamais.

Elles se découvrent une passion pour l’apprentissage, obtiennent des bonnes notes et les grâces des professeurs. Elles veulent écrire des livres comme Les quatre filles du docteur March, devenir riches, s’en sortir. Sortir de cette violence qui est monnaie courante dans un quartier où il n’y a guère d’échappatoire. La violence, elles y sont confrontées dès leur plus jeune âge dans la rue comme au sein de leur famille. La violence qui est également leur meilleur moyen de défense afin de ne pas montrer une quelconque faiblesse.

Je ne suis pas nostalgique de notre enfance: elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout: et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.

la baie de naples italie l'amie prodigieuse elena ferrante folio éditions livres
La baie de Naples, Italie.

Etudier coûte cher et n’est pas toujours prioritaire quand on peut aider sa famille en trouvant un travail ou en aidant aux taches ménagères, d’autant plus lorsqu’on est une fille… C’est pourquoi Lila abandonne ses études et aide son père et son frère à la cordonnerie familiale. Ne se laissant jamais abattre, elle se prend de passion pour la fabrication de chaussures, déborde de projets et emprunte des livres à la bibliothèque afin d’apprendre en autodidacte le grec et le latin comme son amie. Lenu continue quant à elle ses études, poussée par ses professeurs et sa famille qui n’a pas d’autre choix qu’accepter, entre fierté et expectative.

C’est quoi pour toi, »une ville sans amour »?
-C’est une population qui ne connaît pas le bonheur.
L’Italie pendant le fascisme, l’Allemagne pendant le nazisme, nous tous, les êtres humains, dans le monde d’aujourd’hui.

Le quartier dans lequel elles grandissent est régie par l’échelle sociale des familles. Ceux qui ont réussi et sont riches et ceux qui peinent à joindre les deux bouts. La haine n’est jamais loin et les italiens apprennent dès leur plus jeune âge à respecter untel, craindre un autre, etc. Les vieilles rancunes se transmettent de génération en génération mais lorsque Don Achille, l’ogre que tout le monde respecte et craint est assassiné, les cartes sont redistribuées.

Lila et Lenu qui sont dans la fleur de l’âge voient leur corps changer et leurs relations avec les adolescents faire de même dans une société où le machisme est roi. Elles se découvrent un certain pouvoir sur ces derniers et voient là une manière de peut-être changer leur destin… Mais avec ces premiers amours sonne également l’éloignement des deux jeunes femmes.


Les deux amies, très différentes autant physiquement que mentalement ne cesseront de se pousser au meilleur. Leur relation unique, fusionnelle et parfois empreinte d’une certaine ambivalence évolue au fil des pages. On ne sait comment celle-ci va aboutir et on ne peut que continuer fébrilement notre lecture. Le contexte européen, le milieu social, politique et économique et les problèmes qu’ils génèrent sont passionnants et rendent le récit encore plus réaliste. La foule de personnages secondaires rend le tout encore plus riche et nous suivons tout ce petit monde sur plusieurs années. L’amie prodigieuse est le magnifique portrait d’une Italie non idéalisée et de ses deux héroïnes dépeintes avec tendresse.

Culottées Tome 1 de Pénélope Bagieu

Culottées Tome 1 de Pénélope Bagieu

Culottées rend hommage aux femmes qui ont marqué l’Histoire par leur caractère, leur personnalité, leurs actions, leur art, etc. Condensées en une bande dessinée sortie en septembre dernier, Pénélope Bagieu nous livre les mini-biographies de femmes aussi courageuses qu’inspirantes. J’ai eu la chance de trouver le premier tome sous le sapin, j’avais très envie de découvrir ce nouveau travail de l’auteure après avoir adoré sa biographie de Mama Cass dans California Dreamin.

pénélope bagieu auteure des culottées éditions gallimard
Pénélope Bagieu, auteure des Culottées

Une femme, une histoire

Dans Culottées, nous découvrons les portraits d’Agnodice, gynécologue dans la Grèce antique qui va se travestir afin de pouvoir exercer son métier, de Christine Jorgensen, première personne à avoir subi une opération chirurgicale de réassignation sexuelle, de Tove Jansson, créatrice des Moumines et de 12 autres femmes.

Si le fond est admirable la forme n’est quant à elle pas en reste. Les photos ne rendent malheureusement pas justice à la magnifique couverture aux reflets brillants ! A l’intérieur et entre chaque biographie, une double page d’illustration aux couleurs flamboyantes dépeint l’univers des Culottées.

pénélope bagieu culottées éditions gallimard joséphine baker
La double page d’illustration concernant Joséphine Baker

Chaque histoire est relativement courte, Pénélope Bagieu va à l’essentiel et nous offre un résumé de la vie de chaque femme en nous donnant toujours l’envie d’en savoir plus. S’il est parfois frustrant de quitter aussi vite une personnalité à laquelle on s’est attaché, le besoin de faire ses recherches en parallèle est inévitable.

Ce qui m’intéressait, ce n’était pas forcément de rentrer dans le détail de la vie de chacune d’entre elles, mais de faire apparaître un fil rouge. Ce sont des destins qui me touchent et qui m’inspirent. Ces femmes ont rencontré l’adversité, elles ont subi la pression familiale et ont été confrontées pour beaucoup d’entre elles à l’impossibilité de faire des études. Mais elles ont toujours trouvé des plans B pour réussir à prendre leur destin en main et finir par faire ce qu’elles voulaient. J’ai essayé de montrer la diversité de leurs histoires, en piochant dans toutes les époques et dans toutes les cultures, mais avec les mêmes constantes. (source : Nouvel Obs)

L’auteure nous donne les outils qui nous permettent de nous imprégner de ces histoires et c’est comme si elle nous passait le relais. A nous de raconter ces femmes, à nous de les transmettre. A l’instar des contes, ces chapitres deviennent alors aussi importants pour la mémoire collective. Ou en tout cas une mémoire que l’on déciderait de se construire, là où l’Histoire enseignée comporte des lacunes.


joséphine baker dans les culottées tome 1 de pénélope bagieu aux éditions gallimardUn très bel objet aussi beau à l’intérieur qu’à l’extérieur. On y retrouve l’humour de Pénélope Bagieu et on sent qu’elle a mis beaucoup de sa personne dans cet album, l’admiration qu’elle voue à ces femmes y étant palpable ! Finalement il ne reste que peu de temps à attendre le retour des Culottées puisque le tome 2 est prévu pour le 26 janvier prochain, toujours aux éditions Gallimard ! Mais pour celles et ceux qui ne pourraient pas attendre les planches sont disponibles sur le blog Culottées hébergé par le Monde.


Chronique de Kobané Calling de Zerocalcare

Chronique de Kobané Calling de Zerocalcare

Kobané Calling est sortie le 7 septembre dernier aux éditions Cambourakis. On me l’a offerte le mois dernier à l’occasion de mon anniversaire (dédicacé s’il vous plaît !) et cette BD a tout de suite été un gros coup de cœur. Son auteur italien Zerocalcare nous offre ici sa deuxième BD éditée en France après La Prophétie du Tatou en 2014. L’auteur qui connaît un certain succès dans son pays natal (plus de 400 000 exemplaires de la bande dessinée s’y sont écoulés), tient un blog « Zerocalcare » où il raconte son quotidien. Artiste engagé, il raconte dans Kobané Calling la résistance kurde, aux confins de la Turquie, de la Syrie et de l’Irak.

Voyages au Kurdistan

kobane calling zerocalcare exemplaire dédicacé bande dessinée
Mon exemplaire dédicacé par Zerocalcare

Cet « appel de Kobané », Zerocalcare le ressent alors qu’il assiste aux flash info télévisé qui relaient une cité assiégée par Daech. La ville syrienne située à la frontière turque était le théâtre d’une importante bataille entre l’Etat islamique et le peuple (depuis, le peuple à libéré la ville du joug de Daech mais cette dernière est détruite). Le dessinateur et des amis décident de s’y rendre afin d’apporter de l’aide (matériel sanitaire, technologique, etc) mais également de mieux comprendre les causes et enjeux, d’être au cœur de ce qu’ils avaient le sentiment d’assister à une révolution. En effet, les Kurdes de Syrie du Rojava (au nord de la Syrie) tentent d’instaurer une société fondée sur des principes d’égalité et de démocratie.

On avait du mal à comprendre comment tout cela était arrivé. On a demandé des explications aux Kurdes et on a découvert qu’une sorte de révolution était en marche. Une révolution qui parlait un peu notre langue: avec la femme au centre des domaines social, économique et militaire, mais également, c’est moins connu, la redistribution des richesses et la cohabitation entre les religions et les cultures.

Par deux fois ils feront le voyage. Une première pour se rendre au Kurdistan turc dans un village proche de Kobané et une seconde fois dans la région du Rojava au Kurdistan syrien. Sur le terrain, ils feront la rencontre de ces peuples en plein conflit se battant pour leurs libertés et leurs idéaux.

Un chapitre en particulier retient l’attention : celui consacré aux combattantes kurdes vivant dans les montagnes. Ces dernières ont totalement remis en question la hiérarchie hommes/femmes, elles apprennent à se battre aux côtés des hommes et à être respectées par ces derniers.

illustration kobane calling zerocalcare syrie kurdistan

Les sujets évoqués dans Kobané Calling ne sont pas des plus légers mais la présence de son auteur distillée à travers les pages apportent un peu de fraîcheur à l’ensemble notamment à travers son humour et son autodérision. Assez souvent, il prend le temps de faire un point (utile et bienvenue) sur la situation géopolitique des endroits où il se rend. Un glossaire est également ajouté en fin d’ouvrage et regroupe les expressions romaines utilisées (et leurs significations) par Zérocalcare et ses amis.


Un reportage qui mêle témoignages puissants et portraits admirables. Avec Kobané Calling, Zerocalcare a voulu nous montrer une image différente de celle que veut bien nous montrer les politiciens et médias « qui font de l’audience avec les croisades contre l’islam ». C’est également notre regard, notre ignorance et nos préjugés que nous remettons en cause au fil des pages. Un reportage puissant et inspirant, plus que jamais d’actualité et donc à mettre entre toutes les mains.