Chronique d’Abigaël de Magda Szabó

Chronique d’Abigaël de Magda Szabó

Magda Szabó (1917-2007) est une des autrices hongroises les plus traduites dans le monde. Ses premiers textes paraissent au lendemain de la seconde guerre mondiale. Après ce conflit puis la montée en puissance des communistes, elle se fera plus discrète et n’écrira pas pendant plusieurs années. Touche-à-tout, elle publie au cours de sa vie des pièces de théâtre, des poèmes et romans pour lesquels elle a d’ailleurs remporté plusieurs prix littéraires.

Abigaël

Publié en 1970 en Hongrie, Abigaël est traduit et publié par les éditions Viviane Hamy à l’occasion du 100ème anniversaire de la naissance de Magda Szabó.

Gina, 14 ans a tout pour être heureuse. Elle vit à Budapest auprès de ceux qu’elle aime : son père avec qui elle est très proche, sa nourrice française qui l’élève depuis sa naissance, sa tante extravagante mais néanmoins attachante. Elle a même un prétendant plus âgé qu’elle, avec qui elle danse aux bals organisés par sa tante. Alors qu’elle s’apprête à faire sa rentrée scolaire et ainsi retrouver ses deux meilleures amies, son monde s’écroule.

La Seconde Guerre Mondiale fait de plus en plus rage et Gina commence à en subir les conséquences.  En effet, sa nourrice est obligée de rejoindre la France mais lui promet de revenir une fois le conflit terminé. Cette séparation est douloureuse, d’autant plus qu’elle était pour Gina comme une mère de substitution… Un malheur n’arrivant jamais seul son père – d’habitude si expansif – lui annonce sans autre forme de procès qu’elle doit partir le lendemain en pension.

N’ayant même pas pu faire ses adieux ni à son prétendant, ni à sa tante et encore moins à ses amies, Gina quitte son foyer sans réponses à ses questions.  « Ne dis au revoir à personne, amie ou connaissance. Tu ne dois pas dire que tu quittes Budapest. Promets-le-moi ! » lui demande son père. La route est longue et elle réalise bien vite que ce dernier l’emmène le plus loin possible de Budapest, à Árkod, près de la frontière. Totalement désemparée et meurtrie elle n’a d’autre choix que d’accepter son sort lorsque son père la laisse dans cette grande bâtisse aux airs de prison qu’est Matula. L’institution calviniste est très stricte et reconnue pour la qualité de son enseignement, Gina devra y passer la fin de sa scolarité. Elle n’a même pas le temps de jeter un dernier regard à son père que déjà, Zsuzsanna la préfète la pousse vers ses quartiers.

Elle doit alors oublier son ancienne vie et jusqu’à sa personnalité en se séparant de ses effets personnels et en revêtant l’uniforme terne de l’institution. Habituée à être choyée et à faire uniquement ce qu’il lui plaît, Gina a bien du mal à se plier aux exigences du pensionnat. De même, elle se brouille instantanément avec ses camarades de classe et s’apprête à vivre une scolarité faite de brimades et solitudes. Mais de nombreux événements vont venir rythmer ses jours dont l’énigmatique Abigaël. Antique tradition matulienne, il s’agit d’une statue qui aurait le pouvoir de venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin…


Un roman jeunesse initiatique qui aborde la Seconde Guerre Mondiale du point de vue de son héroïne Gina qui se montre tantôt égoïste tantôt généreuse, puérile puis étonnamment mature. Magda Szabó nous plonge dans une ambiance si spéciale où le quotidien aseptisé et rude de Matula se confronte aux personnalités et frasques joyeuses de ses jeunes résidentes. Bien que sévère, nous avons nous aussi envie de faire partie de cette institution, d’en arpenter les couloirs, de suivre les cours de ses professeurs, d’assister aux cérémonies religieuses. La fin un peu trop abrupte peut laisser un sentiment de frustration lié au fait que Gina et son entourage nous sont devenus si sympathiques et attachants. Abigaël est prenant de bout en bout, ses mystères et leurs résolutions sont bien amenés et il est quasiment impossible de le lâcher jusqu’à la dernière page. Un coup de cœur qui donne envie de découvrir l’intégralité des œuvres de son autrice !


Rien n’est foutu d’Anne-Marie Gaignard et Gaëlle Rolin

Rien n’est foutu d’Anne-Marie Gaignard et Gaëlle Rolin

Anne-Marie Gaignard n’en est pas à son coup d’essai en ce qui concerne les ouvrages qui traitent de grammaire et d’orthographe. Célèbre pour sa série de manuels et de cahiers d’exercices Hugo, elle est également l’autrice de La Revanche des nuls en orthographe. Rien n’est foutu est paru le 31 août dernier (éditions Le Robert) et est un recueil de témoignages de ceux qu’elle appelle « les cabossés du français ».

Rien n’est foutu

Des cabossés du français, on en trouve de tous âges et de tous milieux, avec des histoires singulières qui charrient les mêmes poids. J’ai souhaité réunir leurs témoignages dans ce livre pour dédramatiser leurs souffrances, leur dire qu’ils ne sont pas seuls, que comme eux, des milliers d’autres ont connu le mépris, les ambitions giflées, les rêves de devenir astronaute, journaliste ou vétérinaire, anéantis, parce qu’il fallait savoir rédiger correctement pour y parvenir.

Écrit Anne-Marie Gaignard au début de Rien n’est foutu. Et si le sujet lui tient tant à cœur, c’est qu’elle se décrit elle-même comme une « ancienne cancre ». À travers son recueil de témoignages, elle fait d’ailleurs la différence entre eux (ceux pour qui l’orthographe est facile) et nous (ceux pour qui il est un parcours du combattant).

L’ère de l’instantané, de l’électronique dans laquelle nous vivons a changé notre rapport à l’écriture. Aujourd’hui, n’importe qui peut écrire n’importe où sur la toile et rendre cette publication visible par tous. Cela ne nécessite pas de compétences spéciales si ce n’est une connexion internet et un clavier… Et si nous ne sommes pas tous égaux vis-à-vis de l’orthographe les internautes eux, ne laisseront rien passer. Nous avons tous été témoins et parfois même instigateurs de la correction plus ou moins virulente d’une faute laissée par un usager du web… Pourtant, les lacunes orthographiques ne sont pas à relier à l’intellect et sont pour certain·e·s une réelle souffrance…

La fameuse supériorité des « sachants », qui pensent avoir droit de vie et de mort sur l’expression des autres, encore plus sur ces autoroutes anonymes de l’Internet. Caché derrière un écran et un pseudonyme, toutes les barrières à l’indélicatesse sont levées.

Rien n’est foutu évoque le parcours d’hommes, de femmes, d’enfants et d’adolescents, âgés de 7 à 55 ans et issus de tous les milieux qui ont un jour capitulé face à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Sur les bancs de l’école…

Ce recueil soulève au fil de ses pages un sujet important : la scolarité. Époque charnière, elle a le pouvoir d’élever un individu mais aussi parfois de le mettre de côté ou pire, l’humilier, le dégoûter des études. Cette exclusion, ils l’ont tous – ou presque – vécue dans Rien n’est foutu. Que ce soit vis-à-vis des parents qui se sentent impuissants, des camarades pas toujours tendres ou des professeurs dépassés.

Chaque enfant est pourtant différent, n’a pas le même rythme, la même manière d’apprendre, comprendre, visualiser… Ni les mêmes inclinations, attentes, envies. Ces élèves « hors-norme » sont alors bien souvent mis de côté, dirigés vers des classes spécialisées qui ne leur conviennent pas, redoublent. Ils sont aussi presque toujours diagnostiqués dys… (dyslexie, dysorthographie, dysphasie, dyspraxie, dyscalculie) à tort.

Un système éducatif non adapté, un mauvais accompagnement du corps enseignant et des parents peut avoir des conséquences graves sur ces enfants… mais pas irréversibles. C’est ce que nous prouve ici Anne-Marie Gaignard grâce notamment à la méthode qu’elle a mise au point pour réconcilier ces anciens bonnets d’âne avec l’écriture.

À travers des portraits poignants, bouleversants mais surtout pleins d’espoir, nous imaginons à peine ce qu’a pu être la vie des ces personnes avant la fameuse formation de l’autrice. Alors qu’ils supportaient une estime de soi proche de zéro et cela parfois depuis de nombreuses années, ils en sont ressorti grandis. Pardon alors à ceux que j’ai repris, corrigé voire méprisé par le passé…

Règne Animal de Jean-Baptiste Del Amo

Règne Animal de Jean-Baptiste Del Amo

Règne Animal (aux éditions Gallimard) faisait partie de ces livres que je souhaitais le plus lire en 2016. Très intéressée par le sujet qu’il aborde je n’ai été que confortée dans cette envie en lisant les différentes critiques mais également le classement des 20 meilleurs livres par le Magazine Lire où il figure premier dans la catégorie Révélation française. C’est donc avec joie que je l’ai découvert au pied du sapin et lu en quelques jours…

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Dans Règne animal, nous suivons une famille du début à la fin du vingtième siècle. Dans la campagne française, la génitrice, le géniteur et leur fille Éléonore tiennent une petite exploitation agricole et élèvent également quelques bêtes. Cet équilibre précaire va néanmoins basculer un peu plus avec les ravages physiques et psychologiques qu’entraînent la Guerre de 1914. Quelques années plus tard c’est au cœur d’un élevage porcin de grand ampleur que nous retrouvons les héritiers de cette famille paysanne.

« C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière »

Ce qui saute aux yeux dès les premières lignes du roman de Jean-Baptiste Del Amo ce sont les descriptions lyriques au vocabulaire très riche qu’il fait de la Nature. Le rythme est lent, notre lecture contemplative. Le quotidien de cette famille de paysans se fait au rythme des tâches à accomplir dans la ferme et les champs. Dès l’aube ils travaillent la Terre et s’endorment harassés avec le coucher de soleil. Ce choix de vie – qui s’est souvent transmis de père en fils – ne permet pas de jours de congé. Du travail fourni chaque jour dépend leur survie et le maintien d’un certain niveau de vie. Ils dépendent totalement des animaux et des soins qu’ils leur apportent ainsi que de la Terre. Cette Terre nourricière avec qui se créé ce rapport si particulier, presque sensuel.

Victimes de la guerre 14-18

Cette première partie à la portée historique marque une réelle rupture dans le récit avec la première guerre mondiale et ses conséquences. Les hommes partent au front laissant derrière eux les femmes, les enfants et les vieillards. En plus des tâches domestiques, les femmes vont alors prendre le relais sur le travail à la ferme durant des années, parfois sans nouvelles de leur mari, père, frère.

Ils savent qu’il faudra tuer, ils savent, c’est un fait acquis, une certitude, une vérité, la raison même, il faut tuer à la guerre, sinon quoi d’autre ? Ils ont enfoncé des lames dans le cou des porcs et dans l’orbite des lapins. Ils ont tiré la biche, le sanglier. Ils ont noyé les chiots et égorgé le mouton. Ils ont piégé le renard, empoisonné les rats, ils ont décapité l’oie, le canard, la poule. Ils ont vu tuer depuis leur naissance. Ils ont regardé les pères et les mères ôter la vie aux bêtes. Ils ont appris les gestes, ils les ont reproduits. Ils ont tué à leur tour le lièvre, le coq, la vache, le goret, le pigeon. Ils ont fait couler le sang, l’ont parfois bu. Ils en connaissent l’odeur et le goût. Mais un Boche ? Comment ça se tue un Boche ? Et est-ce que ça ne fera pas d’eux des assassins bien que ce soit la guerre ?

Le bétail est racheté pour une bouchée de pain par l’armée, les bêtes transportées durant des heures sans eau ni nourriture dans des wagons à bestiaux. Leur destination : des terrains aménagés en abattoir géant à ciel ouvert afin de nourrir les nombreux soldats. Des bouchers s’y relaient sans discontinuer pour un rythme d’abattage effréné. Les hommes craquent, en viennent à détester les animaux, à les brutaliser, les humilier. Devenus eux-mêmes des victimes, ce sublime passage n’est pas sans rappeler l’actualité et les désormais célèbres vidéos de l’association L214 sur les abattoirs.

Règne Animal : Marcel, gueule cassée de la guerre 14-18
Les gueules cassées de la guerre 14-18

A la fin de la Guerre, les hommes « chanceux » qui rentreront finalement chez eux se terreront dans le silence. Beaucoup seront désormais impuissants, d’autres des fameuses « gueules cassées« .  C’est le cas de Marcel, le mari d’Éléonore revenu complètement défiguré et violent… A la mort de la génitrice, le couple trouve un butin caché par cette dernière et décident de développer la ferme, d’acheter des terrains, des bêtes.

Industrialisation rapide de l’élevage

Dans la deuxième partie du livre nous retrouvons les descendants d’Éléonore lancés dans un élevage industriel porcin à grande échelle. Ici plus de bête libres, les cochons sont parqués, remodelés par l’homme, bourrés d’antibiotiques. Il faut faire du rendement, produire toujours plus de viande à moindre coût. Les animaux ne sont plus des êtres vivants mais des produits de consommation lambda, les hommes sont déshumanisés, leurs gestes mécaniques. Ils deviennent esclaves de l’industrie qu’ils ont créée.

élevage de porcs truie porcelets parqués élevage industriel règne animal

Ces hommes ne connaissent que ce métier. Dans cette « famille qui paie pour la folie de toute une humanité », ils sont voués à perpétuer un héritage maudit difficile tant sur le plan physique que moral. Dans cet environnement contradictoire où l’on prend soin d’êtres fragiles uniquement dans le but de les mener à la mort, les hommes apprennent dès leur plus jeune âge la désensibilisation.

Règne Animal : une fresque familiale

Au cœur de cet environnement dominé par l’omniprésence des animaux, cinq générations traversent le cataclysme d’une guerre, les désastres économiques et le surgissement de la violence industrielle, reflet d’une violence ancestrale.

Dans Règne Animal, nous suivons une famille pendant presque cent ans dans une temporalité pas si éloignée de la nôtre. Si nous sommes donc tout disposés à nous sentir proches de ses personnages, le récit laisse peu de place aux sentiments. Certains membres de la fratrie – plus sensibles – s’isolent parfois jusqu’au mutisme. Et lorsque amour et affection ne se trouvent pas aisément au sein d’une famille tous les moyens sont bons pour compenser, y compris dans des unions qualifiées de « contre nature« . C’est dans une relation incestueuse taboue, dans des relations homosexuelles « hors norme » où l’industrie fait pourtant la part belle à la virilité ou tout simplement auprès des bêtes que le réconfort se trouve.

Qui dit plusieurs générations dit transmissions. Ici l’héritage est avant tout celui d’un « savoir-faire », d’une industrie mais c’est finalement la transmission de cette violence, de cette folie d’une génération à l’autre qui pose la question de notre humanité.

Les êtres vivants – porcs et hommes – se confondent. Chacun dépend de l’autre, n’a pas vraiment de vie en dehors de la ferme. Et cette ferme ils ne la quitteraient pour rien au monde… Elle est tout ce qu’ils connaissent, un endroit de misère finalement rassurant. Cette vie, qui n’en est pas tout à fait une est la seule qu’ils possèdent. De « chair à canon » à « chair à saucisson » leurs vies sont plus liées que ce que l’on pourrait croire au premier abord.


Règne Animal est dur, Jean Baptiste Del Amo ne nous épargne rien ou presque. Il faut parfois se forcer à lire certains passages tant la violence y est inouïe et omniprésente. Cependant, une fois la lecture entamée impossible de la lâcher. Un roman sur la dérive de l’humanité qui tend à vouloir tout contrôler parfois jusqu’à sa perte. Dans un monde de surconsommation, les hommes deviennent alors victimes au même titre que ceux qu’ils veulent dominer, les grands oubliés de notre temps : les animaux.

 

La nuit de la rentrée littéraire 2016 à la librairie Decitre

La nuit de la rentrée littéraire 2016 à la librairie Decitre

Qui dit fin des vacances et reprise dit également rentrée littéraire et cette année , ce sont 560 romans dont 363 français (66 premiers romans) et 197 étrangers qui font leur rentrée.  S’il est parfois difficile de s’y retrouver parmi toutes ces sorties alors quoi de mieux pour se faire une idée d’un roman que de rencontrer directement l’auteur et de l’entendre parler de la genèse de celui-ci ?

Conviée à la nuit de la rentrée littéraire qui s’est déroulée mercredi 14 septembre dernier, j’ai eu la chance de rencontrer quatre auteurs venus présenter leur nouveau roman. Cet événement a été organisé par le centre commercial So Ouest et la librairie Decitre de Levallois-Perret où il a d’ailleurs eu lieu.

Decitre, une librairie résolument axée vers le client

Depuis 1907, Decitre a pour objectif quotidien de permettre à chaque lecteur de trouver ses livres et à chaque livre de trouver ses lecteurs. Cette librairie organise également des  rencontres  avec des auteurs, offre des invitations pour des manifestations culturelles, la reprise des manuels scolaires d’occasion et la couverture des livres à la rentrée, des idées cadeaux toute l’année, la possibilité de déposer un avis sur un livre et de consulter ceux laissés par d’autres internautes, des actions pour la lecture, l’écriture et la culture avec le Fonds Decitre.

Je ne connaissais pour ma part pas les librairies Decitre mais je dois avouer avoir été agréablement surprise. Même si l’espace est très grand et différent de nos librairies habituelles préférées, tout est fait pour qu’on s’y sente bien. Les différents coups de cœur des libraires jalonnent les allées et permettent de mieux s’y retrouver. L’accueil quant à lui est chaleureux et mené par une équipe de professionnel(le)s à l’image de Charlotte et Zoé dont je vais  maintenant vous présenter les coups de cœur de cette rentrée littéraire.

Les coups de cœur des libraires

 

Guillaume Decitre et une partie de l'équipe de libraires
Guillaume Decitre et une partie de l’équipe de libraires ©Actualitte

Les libraires lisent en avant première les romans de cette rentrée littéraire et font une sélection en toute impartialité de leurs coups de cœur. Voici donc celle de Zoé et Charlotte :

  • Là où les lumières se perdent de David Joy (aux éditions Sonatine) : « Sonatine ne cessera jamais de nous surprendre ! Habitué à ses thrilles rythmés, on découvre ici un petit chef d’œuvre. David Joy nous emmène dans une magnifique contemplation qui ne cesse de monter en puissance. Du fils qui ne veut pas ressembler à son père à l’espoir qu’une rencontre peut donner, on se sent transporté dans un monde dur et sans concession. Là où les lumières se perdent est un de ces bijoux qui nous font aimer la littérature et nous font ressentir toutes sortes d’émotions fortes. Un sans-fautes ! »

 

  • Amour monstre de Katherine Dunn (aux éditions Gallmeister) : « Sous le chapiteau des Binewski, le spectacle est permanent. Cette famille ambulante extraordinaire est composée de parents normaux du moins physiquement, qui ont créé, non sans quelques ratés, cinq enfants difformes. Ainsi faits, ils pourront gagner leur vie en étant eux-mêmes. Mais dans cette fratrie de monstres de foire, la rivalité accroît avec le succès au prix de conséquences surprenantes ! C’est Oly, la naine bossue albinos, quatrième enfant du couple de forains, qui nous livre son histoire pour la transmettre à Miranda, sa fille ignorante de ses origines et dotée d’une simple queue, vestige familial. Katherine Dunn dérange et passionne dans ce roman fascinant où la différence, la beauté et la décence sont bouleversées, et marque durablement ses lecteurs avec le fabuleux cirque Fabulon ! »

 

  • Le grand jeu de Céline Minard (aux éditions Rivages) : « Un texte surprenant, à la fois poétique, philosophique voire sociologique. Une jeune femme s’isole en montagne, non sans avoir fait installer un abri high-tech et mis en place tout un environnement afin de demeurer là en ermite. Autarcie et escalade sont au programme. S’isoler pour mieux se retrouver, prendre la mesure de soi-même, de ses limites, mais surprise, elle n’est pas seule dans la montagne… Céline Minard nous emporte avec son style impeccable, maîtrisé, dans ce conte philosophique qui nous met face à de grands questionnements sur notre monde, notre rapport à l’autre. C’est une prouesse littéraire, un livre puissant, troublant et envoûtant. Céline Minard a définitivement un immense talent ! »

 

  • Ecouter nos défaites de Laurent Gaudé (aux éditions Actes Sud) : « Difficile, exigeant mais tellement beau, actuel et terrible. L’auteur croise plusieurs périodes de l’Histoire et leurs personnages emblématiques avec tous le même point commun : leurs défaites. Que révèlent de nous nos défaites – ou nos victoires – ces choix qui nous définissent lorsque l’Histoire s’écrit sous nos yeux ? Que reste-t-il, après, lorsque tout a été joué ? Laurent Gaudé fait se croiser Hannibal, Grant, Sélassié et enfin l’époque contemporaine. L’humanité tragique et l’humanité qui s’aime; le renoncement, la souffrance, la jouissance, la transmission à travers les siècles. Tout ceci est rattaché à notre histoire contemporaine grâce à Mariam et Assem qui se sont aimés l’espace d’une nuit. D’abord la jouissance des corps puis l’amour qui perdure par delà les frontières et les mers. Un livre qui nous lie à ce qui a été, qui traverse ce que nous sommes aujourd’hui, et qui affirme une seule et même chose : seules la beauté et l’humanité valent la peine qu’on meure pour elles. »

 

  • Watership down de Richard Adams (aux éditions Monsieur Toussaint Louverture) : « Watership Down est un roman d’aventure épique avec scènes de combat, épreuves terribles à affronter et moments de bravoure, qui met en scène… un groupe de lapins. On pense autant au Seigneur des anneaux de J.R.R Tolkien qu’aux fourmis de Bernard Werber. L’auteur joue malicieusement avec la culture classique et cite Homère ou Shakespeare à propos de la reconquête d’un terrier ou la traversée d’une rivière. Ce roman est aussi une fable écologique servie par une très belle écriture. C’est drôle, émouvant, prenant. A lire pour les personnages très réussis, l’évocation de la nature, l’originalité du projet ! »

couverture watership down les garennes éditions monsieur toussaint louverture richard adams

Pour ma part, je me suis laissée convaincre par ce « petit » dernier : Watership down. Je veux dire… un groupe de lapins, un roman d’aventure épique, un ode à la nature le tout à la sauce Tolkien ! Il ne m’en fallait pas plus pour craquer. Si ce roman fait partie de cette sélection c’est qu’il s’agit d’une réédition, et pas n’importe laquelle ! L’objet livre est magnifique ! En réalité, Watership down ou Les Garennes de Watership down, a été publié en 1972 et a connu un énorme succès. Je ne vous en dis pas plus et vous montrerai tout ça dans un prochain article…

Quatre auteurs incontournables de la rentrée littéraire

 

la nuit de la rentrée littéraire à la librairie decitre
De gauche à droite, Charlotte, Leïla Slimani, Véronique Ovaldé, Olivia de Lamberterie, Négar Djavadi, Luc Lang et Zoé. ©Actualitte

Le moment majeur de cette soirée était bien entendu la rencontre avec les auteurs, animée par Olivia de Lamberterie, Directrice des pages livres chez Elle Magazine. Étaient présents quatre auteurs venus présenter leur roman : Véronique Ovaldé avec Soyez imprudents les enfants, Leïla Slimani avec Chanson douce, Négar Djavadi avec La désorientale et Luc Lang avec Au commencement du septième jour.

Soyez imprudents les enfants est le quatorzième roman de Véronique Ovaldé. Elle a reçu pour Et mon cœur transparent le prix France-Culture Télérama en 2008 et en 2009 pour Ce que je sais de Vera Candida le prix Renaudot des lycéens, le prix Roman France Télévision et le grand prix des lectrice Elle. Chanson douce de Leïla Slimani est son troisième roman après le très remarqué Dans le jardin de l’ogre. Négar Djavadi signe son premier roman avec La désorientale quant à Luc Lang il s’agit ici de son dix-septième roman après Voyage sur la ligne d’horizon qui a reçu le prix Jean Freustié en 1988 et le prix Goncourt des lycéens avec Mille six cents ventres.

Deux romans sélectionnés pour le prix Goncourt

A noter que Au commencement du septième jour et Chanson douce font partie de la sélection pour le prix Goncourt 2016 qui sera décerné le 3 novembre prochain.

Au commencement du septième jour de Luc Lang aux éditions Stock

4 h du matin, dans une belle maison à l’orée du bois de Vincennes, le téléphone sonne. Thomas, 37 ans, informaticien, père de deux jeunes enfants, apprend par un appel de la gendarmerie que sa femme vient d’avoir un très grave accident, sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver. Commence une enquête sans répit alors que Camille lutte entre la vie et la mort. Puis une quête durant laquelle chacun des rôles qu’il incarne : époux, père, fils et frère devient un combat.
Jour après jour, il découvre des secrets de famille qui sont autant d’abîmes sous ses pas. De Paris au Havre, des Pyrénées à l’Afrique noire, Thomas se trouve emporté par une course dans les tempêtes, une traversée des territoires intimes et des géographies lointaines. Un roman d’une ambition rare.

Luc Lang s’est inspiré de La trilogie des confins de Cormac Mc Carthy qui l’a bouleversé et il a voulu transposer cela dans un univers européen avec son urbanisme. Reconstituer l’errance des personnages mais en voiture et non pas à cheval comme dans le récit initiatique de Mc Carthy.

 

Soyez imprudents les enfants de Véronique Ovaldé aux éditions Flammarion

Soyez imprudents les enfants, c’est le curieux conseil qu’on a donné à tous les Bartolome lorsqu’ils n’étaient encore que de jeunes rêveurs – et qui explique peut-être qu’ils se soient aventurés à changer le monde. Soyez imprudents les enfants, c’est ce qu’aimerait entendre Atanasia, la dernière des Bartolome, qui du haut de ses 13 ans espère ardemment qu’un événement vienne bousculer sa trop tranquille adolescence.
Ce sera la peinture de Roberto Diaz Uribe, découverte un matin de juin au musée de Bilbao. Que veut lui dire ce peintre, qui a disparu un beau jour et que l’on dit retiré sur une île inconnue ? Atanasia va partir à sa recherche, abandonner son pays basque natal et se frotter au monde. Quitte à s’inventer en chemin. Dans ce singulier roman de formation, Véronique Ovaldé est comme l’Espagne qui lui sert de décor : inspirée, affranchie et désireuse de mettre le monde en mouvement.

Véronique Ovaldé a choisit ce titre parce qu’elle est convaincue qu’il faut apprendre ce qu’est le danger mais reprendre son éducation vis à vis de la peur. Celle-ci est notre premier empêchement, biaise notre façon de vivre. Pour elle ce roman est celui d’un apprentissage.

 

Chanson douce de Leïla Slimani aux éditions Gallimard

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.
A travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Chanson douce est un livre très violent dont l’effroi se fait sentir dès le premier chapitre. C’est un thriller domestique tiré d’un fait divers qui s’est déroulé aux Etats-Unis en 2012 dont l’auteure avait été particulièrement marquée. Le titre est né par une image, celle construite sur les apparences : de la nounou, des parents, etc. Chanson douce raconte ce que c’est d’être une mère aujourd’hui.

 

Désorientale de Négar Djavadi aux éditions Liana Levi

La nuit, Kimiâ mixe du rock alternatif dans des concerts. Le jour, elle suit un protocole d’insémination artificielle pour avoir un enfant avec son amie Anna. Née à Téhéran en 1971, exilée en France dix ans plus tard, elle a toujours tenu à distance sa culture d’origine pour vivre libre. Mais dans la salle d’attente de l’unité de PMA de l’hôpital Cochin, d’un rendez-vous médical à l’autre, les djinns échappés du passé la rattrapent.
Au fil de souvenirs entremêlés, dans une longue apostrophe au lecteur, elle déroule toute l’histoire de la famille Sadr. De ses pétulants ancêtres originaires du nord de la Perse jusqu’à ses parents, Darius et Sara, éternels opposants au régime en place ; celui du Shah jusqu’en 1979, puis celui de Khomeiny. Ce dernier épisode va les obliger à quitter définitivement l’Iran. La France vécue en exilés n’a rien à voir avec le pays mythifié par la bourgeoisie iranienne… Alors, jouant du flash-back ou du travelling avant, Kimîa convoque trois générations et une déesse du rock and roll au chevet de sa  » désorientalisation « .
On y croise, entre autres, Siouxie, Woody Allen, Michel Foucault, des punks bruxellois et des persans aux yeux bleus, six oncles et un harem.

A l’issu de ces rencontres, j’ai choisi d’acheter Désorientale et je vous en parle ici.

 

Si comme moi vous vous sentez un peu perdu(e) lors de cette rentrée littéraire, j’espère que cette sélection vous donnera quelques idées lecture !